Lettre du 2 février Î9Û3, citée ibid,, p. vn
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En rappelant cette lettre, il la commentait en ers termes : « L'auteur condamnait bien volontiers tous les contresens que l'on commettait sur son texte, en prenant pour un système de doctrine théologique ce qui était un modeste essai de construction historique. Il avait utilisé les Evangiles comme documents d'histoire, selon les garanties que présentent les divers éléments qui y sont entrés : il ne touchait pas au dogme de l'inspiration biblique, ni à l'autorité qui appartient à l'Eglise pour l'interprétation dogmatique de l'Ecriture. Il s'était efTorcé de peindre la physionomie historique du Sauveur: il ne formulait aucune définition touchant le rapport transcendant du Christ avec la Divinité. Il avait analysé l'enseignement de Jésus touchant le royaume des cieux et son prochain avènement : il n'en tirait aucune conclusion par rapport à la question théologique de la science du Christ. Il avait attribué à saint Paul la conception théorique de la rédemption : il se gardait bien de contester que Jésus fût le Sauveur de l'humanité. Il avait observé que la résurrection du Christ n'est pas un fait d'ordre proprement historique et qu'elle n'est pas 1 iffoureusement démontrée en cette qualité : Il ne niait pas que le Christ fût ressuscité. Il avait tâché de marquer la relation historique des sacrements chrétiens, notamment de l'eucharistie, celle de la liiérarchie ecclésiastique, du pontificat romain et Je l'épiscopat, avec la réalité de l'Evangile et les circonstances dans lesquelles le christianisme est né et a grandi : il ne mettait aucunement en doute la légitimité de la doctrine catholique touchant
l'institution divine de l'Eglise et des sacrements. 11 s'était borné à exposer l'état et la signification des témoignages, s'occupant de ce quiestmatière d'histoire, réservant ce qui est matière de foi^ ».
L'auteur ne craignait pas de revenir sur la même idée, de façon à en bien pénétrer le lecteur. « Comme le naturaliste ne nie pas Dieu en nous racontant le monde, déclarait-il, l'historien ne le nie pas davantage; il ne détruit pas le surnaturel de la religion, ni la divinité du Christ, ni l'Esprit qui agit dans l'Eglise, ni la vérité du dogme, ni la surnaturelle efficacité des sacrements, quand il décrit le ministère de Jésus dans les humbles conditions de sa réalité, le développement extérieur de l'institution ecclésiastique, celui de la doctrine chrétienne et celui du culte catholique. La représentation naturelle des choses, selon qu'elles paraissent au regard de l'observateur, est parfaitement compatible avec leur explication surnaturelle -. »
Prises en elles-mêmes, ces réflexions permettaient de croire que M. Loisy n'entendait nullement nier la vérité objective de ce que la foi nous enseigne touchant l'inspiration des Ecritures, la divinité de Jésus, sa science infaillible, sa résurrection, le caractère rédempteur de sa mort, l'institution des sacrements. Il avait parlé en historien, et il s'était borné à constater que le document historique, tel qu'il est aujourd'hui accessible à l'exégète, ne suffit pas à justifier de tout point le dogme ; mais celui-ci, semblait-il dire, peut trouver ailleurs son