‹ Les théories de M. LoisyChapitre 4 sur 235 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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les conditions extérieures aussi bien que les conditions intérieures, en sorte que l'on peut parler de Tavènement du royaume comme d'un fait qui couronne l'histoire et qui ne se confond nullement avec la conversion de ceux qui y sont appelés. Elle se rapporte et ne peut se rapporter qu'à l'avenir, ainsi qu'il convient à sa nature d'espérance; et cet avenir n'est pas le sort prochain de l'individu en ce monde, mais le renouvellement du monde, la restaurationdel'humanité dans la justice et le bonheur éternels ^ »

Enfin, l'espérance du royaume se complète, dans l'Evangile primitif, parla mission des apôtres chargés de propager cette espérance, et par le rôle personnel de Jésus qui doit présider à l'avènement du royaume en qualité de Messie.

« L'idée du royaume céleste, l'idée du Messie O agent du royaume, l'idée de Vapostolat ou de la ■*-?^ prédication du royaume », tels sont, en définitive, « les trois éléments essentiels de l'Evangile vivant ^. »

L'essence de l'Evangile étant ainsi déterminée, M. Loisy n'avait pas de peine à montrer qu'elle ne se trouve réalisée en aucune façon, mais bien plutôt éliminée positivement, dans la théorie du christianisme luthérien. Là, plus de royaume attendu pour l'avenir, le royaume étant tout entier dans l'âme du chrétien. Plus de fonction messianique réservée à Jésus, puisque cette fonction n'a sa raison d'être que par rapport au royaume futur. Enfin, plus de

2, Ibid., p. 112.

l'église catholique et l'essence de l'évangile 5

lien social entre les croyants, dès lors que toute l'affaire religieuse se traite dans l'âme des individus. A y bien regarder, « la théorie du. royaume paiement intérieur... supprime » donc simplement les « éléments essentiels » du christianisme ; elle « fait abstraction de l'Evangile réel ^ »

Et M. Loisy de railler finement cette prétention du protestantisme libéral de rejoindre le pur Evangile par un christianisme sans organisation extérieure, sans dogmes et sans culte. « Cas singulier d'une religion qui semblerait faite pour des légions angéliques, dont chaque individu constituerait une espèce, et non pour des hommes destinés à vivre, ensemble sur la terre ^! » La société du Christ, comprenant ceux qui adhéraient à l'Evangile de Jésus, « n'étaitpas formée de purs esprits qui n'auraienteu d'autre lien entre eux que la communauté d'un sentiment^. » En ce qui concerne le développement dogmatique, « dès que l'on croit à l'Evangile, il est impossible qu'on ne pense pas ce que l'on croit, qu'on ne travaille pas sur cette pensée, et qu'on ne produise pas la théologie de sa foi''. » « Ce n'est pas sans cause que Luther avait gardé un dogme, et que le protestantisme organisé tend malgré lui à l'orthodoxie"". »

Quant à l'idée que les théologiens protestants se font volontiers du culte en esprit, elle n'est « pas plus rationnelle qu'évangélique. Il est impossible

■2. Ibid., p. 177.

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