Autour d'un petit livre, p
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comme mission providentielle, et comme grâce de Dieu. Prédestination unique d'un être humain à un rôle unique, auquel cet être humain est adapté par une communication unique de vie divine qui s'épanouit en une perfection unique de foi, d'espérance et d'amour : voilà tout ce qu'on trouve dans l'histoire du Christ^. »
« Ce tout, ajoutait-on, n'est pas peu. » Et cela est très vrai. Ce qui était dit de la « prédestination » de Jésus comme Messie n'ajoutait sans doute pas grand'chose, puisque tout homme peut être dit prédestiné éternellement à sa mission, et qu'il y a un abîme entre « prédestination » dans la pensée de Dieu et « préexistence » réelle en Dieu. Mais ce que l'on affirmait du « rapport tout particulier d'union entre Dieu et l'homme-Christ », de la « communication unique de vie divine » qui apparaît dans le Christ de l'histoire, se présentait comme un complément de haute signification apporté à l'exposé précédent. Et peut-être aurait-il suffi de creuser cette idée, de la développer, de faire valoir ce qui dans l'histoire réelle de Jésus accuse cette union incomparable avec Dieu et tend à en montrer le caractère unique, substantiel et transcendant, pour trouver un fondement très légitime au dogme de la consubstantialité du Christ Fils de Dieu avec Dieu. Pourquoi la chose n'était-elle donnée qu'en
1. Autour d'un petit Itère, p. 13'*. — Cf. p. H7 : « Ses discours, sa conduite, l'atlitude de ses disciples et celle de ses ennemis, tout montre que le Christ était homme parmi les hommes, « en tout semblable à eux, sauf le péché » (Hébr., ii, 17; IV, 15), sauf encore, doit-on ajouter, le mystère intime et indéfinissable de son rapport avec Dieu. >
passant, nullement mise en relief? Pourquoi surtout le contexte, loin de la faire ressortir, semblait-il destiné à en affaiblir et annihiler la portée?
M. Loisy, en effet, ne craignait pas d'afTirmer que la divinité du Christ était complètement étrangère à l'Evangile.
« La divinité de Jésus, disait-il, n'est pas un fait de l'histoire évangélique dont on puisse vérifier critiquement la réalité, mais c'est la définition du rapport qui existe entre le Christ et Dieu, c'est-à-dire une croyance dont l'historien ne peut que constater l'origine et le développement. Cette croyance appartiendrait à l'enseignement de Jésus, et l'historien devrait le reconnaître, si le quatrième Evangile était un écho direct de la prédication du Sauveur, et si la parole des Synoptiques sur « le Père qui seul connaît le Fils, et le Fils qui seul connaît le Père » (Matth., XI, 27; Luc, x, 22), n'était pas un produit de la tradition. Mais le quatrième Eva:ngile est un livre de théologie mystique, où l'on entend la voix de la conscience chrétienne, non le Christ de l'histoire, et j'ai expliqué, dans L'Evangile et rEglîse{pA5,/é6), pourquoi le passage de Matthieu et de Luc a chance d'être un fruit de la spéculation théologique, l'œuvre d'un prophète chrétien, comme le quatrième Evangile '. »
Le critique faisait entendre ailleurs assez clairement que Jésus s'était toujours personnellement distingué deDieu etn'avait pas eu conscience d'être Dieu. « N'est-il pas vrai », déclarait-il, « que la conciliation de la théorie (christologiquc) avec