Lettre du 8 juin 1907, à M. Roussel. Op. cit.. p
3. Lettre du 20 juin 1907, à M. Bricoiit. Op. cit.,^. 159. Cf. les lettres aux rédacteurs de VUnivers, où M. Loisy expose, au sujet de la résurrection et de la sépulture, les idées que nous trouverons développées dans ses Evangiles synoptiques.
106 DE LA CONDAMNATION A l'eNCYCLIQUE
A son tour, « toute l'économie théologique de la rédemption, dont il ne semble pas que Jésus luimême ait eu la moindre idée, nous apparaît comme artificielle et fictive : symbole suranné, qui nous cacherait maintenant plutôt qu'il ne nous révélerait, les vérités qu'il a eu pour objet de signifier^ ».
Le dogme de la divinité de Jésus, tel que l'entend l'Eglise, n'est pas davantage l'expression de ce que le Sauveur a pensé et de ce qu'il a déclaré au sujet de sa personne. « Qu'il se soit donné comme l'incarnation d'une personne divine, et qu'il ait eu conscience d'être Dieu fait homme, c'est non seulement ce qu'on ne peut démontrer vrai, mais ce que l'on peut démontrer faux, tant par ce que l'on sait de sa doctrine, que par ce que l'on connaît de ses sentiments, La conscience de Jésus se manifeste comme une conscience humaine très pure, intimement unie à Dieu, et sincèrement persuadée d'une mission providentielle, mais humble devant le Père céleste, et se tenant, à son égard, dans l'attitude de la prière^. »
« On se demande nécessairement, après cela, sur quoi repose et ce que signifie le dogme de la divinité de Jésus-Christ. » « Il me semble... que le dogme de la divinité de Jésus-Christ n'a jamais été
1. Lettre du 21 janvier 1907, à M, l'abbé X., professeur. Op. cit., p. 71.
2. Lettre citée, du 17 juin 1907. Op. cit., p. 148. Comp. les affirmations de Renan, Vie de Jésus, 13«édit., p. 78: « Jésus n'énonce pas un moment l'idée sacrilège qu'il soit Dieu » ; p. 252: « Que jamais Jésus n'ait songé à se faire passer pour une incarnation de Dieu lui-même, c'est ce dont on ne saurait douter » ; p. 260 : « 11 demande à son Père de lui épargner des épreuves; il est soumis à Dieu comme un fils. »
et n'est encore qu'un symbole plus ou moins parfait, destiné à signifier le rapport qui unit à Dieu l'humanité personnifiée en Jésus. La contradiction que recèle la formule théologique du Dieu-homme correspond à l'antinomie contre laquelle vient se heurter la spéculation philosophique, à savoir : Dieu n'est rien s'il n'est tout; pourtant le monde et l'homme ne sont pas simplement Dieu, ils subsistent en lui comme réellement distincts de lui. Ce qui n'empêche pas que l'individu conscient peut être présenté presque indifféremment comme la conscience de Dieu dans le monde, par une sorte d'incarnation de Dieu dans l'humanité, et comme la conscience du monde subsistant en Dieu, par une sorte de concentration de l'univers dans l'homme. C'est l'humanité entière qui est fille de Dieu, qui procède de lui, qui lui est immanente, et en qui il est immanent, par cette circumincession dont les théologiens parlent à propos de la Trinité divine. Jésus a eu le sentiment profond de ce rapport, que l'humanité, on peut le dire, a perçu en lui et par lui, pour la première fois, avec cette lumière intense. La spéculation chrétienne s'est emparée de l'idée christologique, et, comme le Messie d'Israël était, en un sens, la nation religieusement personnifiée, Jésus-Christ est devenu la personnification divine de l'humanité*. »
1. Lettre citée, du 17 juin 1907. Op. cit., p. 149-150. Comp. les réflexions de Renan, Vie de Jésus, 13* édit., p. 254 : « L idéalisme transcendant de Jésus ne lui permit jamais d'avoir une notion claire de sa propre persoii lalité. Il est son Père, son Père est lui )); p. 78 : « Dieu ne lui parle pas comme à quelqu'un hors de lui; Dieu est en lui ; il se sent avec Dieu, et il tire de son cœur
108 DE LA COKDXMNATtON K L^ENCYCLIQTJ'E
D'une façon générale, « les grands dogmes chrétiens sont des poèmes semi-métaphysiques où un philosophe superficiel pourrait ne voir qu'une mythologie un peu abstraite. Ils ont servi à garder l'idéal chrétien : c'est ce qui fait leur mérite. En tant que définition scientifique de la religion, ce qu'ils ont voulu être, ils se trouvent nécessairement arriérés dans le temps présent, étant, par rapport à la science d'aujourd'hui, des œuvres d'ignorance*. » Ce sont « des formules d'enseignement traditionnel qui ont pour objet de contribuer à » l'œuvre « d'éducation religieuse et morale, mission véritable de l'Eglise». «Tous ont répondu à un besoin de la conscience chrétienne, et conséquemment recèlent un sens moral qu'il s'agit d'extraire quand le symbole lui-même est frappé de caducité-. »
co qu'il dit de son Père. Il vit au sein de Dieu par une communiculion de tous les instants... Il se croit en rapport direct avec Dieu, il se croit fils de Dieu. La plus haute conscience de Dieu qui ait existé au sein de l'humanité a été celle de Jésus » ; p. 474 : « Cette sublime personne, qui chaque jour préside encore au destin du monde, il est permis de l'appeler divine, non en ce sens que Jésus ait absorbé tout le divin, ou lui ait été identique, mais en ce sens que Jésus est l'individu qui a fait faire à son espèce le plus grand pas vers le divin. »