Lettre du 20 juin 1907, à M. Bricout. Op. cit., p
112 DE LA CONDAMNATION A l'enCYCLIQUE
Mais comme, malgré tout, l'Eglise continue de revendiquer le droit de régler ce quïl faut croire pour être catholique, cette prétention paraît à M. Loisy une odieuse tyrannie. Il s'en indigne en termes véhéments. « Je n'admets », déclare-t-il, « ni cette autorité absolue, irresponsable, qui n'exige une soumission aveugle que parce qu'elle-même est aveuglée, ni ces droits nécessaires, dont je sais pertinemment que les titres sont caducs. Non, il n'est pas nécessaire que l'on torture son intelligence pour embrasser des dogmes vieillis! Non, il n'est pas nécessaire que l'on se courbe en esclaves et silencieusement devant des potentats qui, en dépit de leurs prétentions, ne sont que les mandataires de l'Eglise et non ses maîtres ! Non, il n'est pas nécessaire, et il serait honteux de mentir pour garder l'apparence de la foi en ces dogmes, et de l'obéissance à ces potentats! Que ceux-ci écoutent la pa.role éwAngélique : Les rois des nations dominent sur elles; mais il nensera pas ainsi parmi i>ous, et celui qui voudra y être le premier sera le seri>>iteur de tous. Qu'ils s'y reconnaissent, s'ils peuvent, et s'ils ne s'y reconnaissent pas, qu'ils s'amendent * ! »
C'est donc de la façon la plus catégorique que M. Loisy met Rome en demeure de transformer son dogme et de restreindre son autorité. Rien n'égale son assurance à parler des résultats de sa critique et à les signifier à l'autorité ecclésiastique.
Il lui arrive sans doute de porter sur ses théories une appréciation assez modeste. « Je sais fort bien,
1 Lettre du 28 juin 1907, au même. Op. cit., p. ■183-184, — Cf. Lettre du '>.3 juin 1907, p. 177, citée ci-dessus, p. 102 .
dit-il, que je ne suis pas infaillil»le, et je ne tiens pas plus qu'un autre à mes opinions personnelles*. » « Je sais fort bien que mes opinions sont imparfaites, pleines de lacunes et même d'erreurs; je les corrige moi-même tous les jours ^. » « Comme je n'ai pas cessé de les compléter et de les corriger, selon mon pouvoir, pendant de longues années de travail, je suis assuré qu'elles seront complétées et corrigées, par moi-même ou par d'autres, dans l'avenir'. »
Cela ne l'empêche pas de se déclarer absolument convaincu, de persister dans son sentiment avec opiniâtreté, de refuser obstinément toute soumission confiante de son esprit à une autorité étrangère, à celle de l'Eglise moins qu'à toute autre. « Je n'entends pas », écrit-il au Cardinal Merry del Val, « abandonner ni rétracter les opinions que j'ai émises en qualité d'historien et d'exégète critique... En l'état présent de mes connaissances, et jusqu'à information plus ample et plus solide, elles sont la seule forme sous laquelle je puisse me représenter l'histoire des Livres saints et celle de la religion^ ». « Il n'est pas en mon pouvoir, répète-t-il au Pape, de détruire en moi-même le résultat de mes travaux'. » « Mes erreurs, c'est toute mon existence laborieuse, c'est toute ma pensée, c'est moi-même. La rétracta-
1. Lettre du 19 octobre 1907, à M. l'abbé X., séminariste. Op. cit., p. 243.
2. Lettre du 8 janvier 1904, à M. B. Saunders. Op. cit., p. 22.
3. Lettre du 11 janvier 1904, au Cardinal Merry del Val, Op, cit., p. 26-27. Citée ci-dessus, p. 84.