Lettre citée, du 28 juin 1907. Ibid
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cependant, semble-t-il, il faut affirmer ce que l'on appelle communément la personnalité.
« La question qui est au fond du problème religieux dans le temps présent », dit-il, est « de savoir si l'univers est inerte, vide, sourd, sans âme, sans entrailles, si la conscience de l'homme y est sans écho plus réel et plus vrai qu'elle-même. »
« Du oui ou du non il n'existe pas de preuve rationnelle qu'on puisse qualifier de péremptoire^. La connaissance que nous avons de l'univers est trop superficielle et insuffisante pour que nous puissionsintellectuellement en construire le système adéquat. Mais cette impuissance même ne permet pas de nier Dieu ; elle n'autoriserait qu'un point d'interrogation. D'autre part, nous ne sommes pas, nous n'avons pas la conscience intime de l'univers; nous ne possédons pas l'intuition de son mystère. Nous disposons donc d'une expérience incomplète que nous pratiquons comme du dehors sur le monde, — bien que, dans la réalité, nous soyons partie intégrante et non distincte de l'objet expérimenté ^, — et de je ne sais quel sentiment vague
1. Cf. Lettre du 29 septembre 1907, au Gard. Merry del Val. Op. cit., p. 233 : « Je n'ai pas dit que Dieu soit inconnaissable, mais qu'il est incompréhensible, ce qui est défini par le concile du Valican. Quand j'ai écrit que Dieu n'est pas objet de science, j'entendais qu'il n'est pas objet de science expérimentale, comme les réalités du monde physique. Quand j'ai écrit que Dieu n'est pas un personnage de l'histoire, j'entendais que jamais Dieu ne s'est manifesté dans l'histoire humaine comme un agent particulier. Cela ne veut pas dire que Dieu ne soit pas objet de connaissance certaine, et que cette connaissance ne soit, en définitive, la clef de la science et de l'iiistoire. »
2. Cf. Simples réflexions, 1908, p. 153-154. « Au fond, la philosophie à&\' immanence n'est pas autre chose qu'une évolution dans
de ce qu'est en son fond l'immensité où nous sommes perdus, à savoir quelque chose qui en plus grand nous ressemble, dont nous sommes un reflet, bien que l'idée que nous en avons ne soit qu'un reflet de nous-mêmes. L'acte par lequel nous affirmons notre confiance dans la valeur morale de l'univers, dans la fin morale de l'être, est en soi et nécessairement un acte de foi. Ce n'en est pas moins un acte souverainement raisonnable, non seulement parce qu'il est entouré de probabilités rationnelles qui militent contre la thèse négative de l'athéisme matérialiste, mais parce que cet acte, où nous posons Dieu (il ne s'agit pas, pour l'instant, de le définir), nous pose nous-mêmes, nous équilibre, nous parfait, nous adapte à la vie, est une expérience directe de la vérité qu'il contient, et permet conséquemment de négliger les chances d'illusion que Vextrinsécisme purement rationnel pourra toujours alléguer. »
« Voilà... ce que je médis à moi-même, et il ne dépend pas de moi que je puisse vous en dire davantage, et plus clairement, ou en termes plus persuasifs. Je suis commevous devant ce grand mur éternel. Je l'interroge, et, dans la réponse que je me fais, je crois que c'est lui, si insensible en apparence, qui me parle ou qui parle en moi. Car, après tout, je
l'attitude, substantiellement la même, de l'être humain devant le problème éternel de Dieu. C'est une observai ion plus attentive de l'univers en tant que résumé dans l'individu conscient, et cette observation est incontestablement plus sûre et plus pénétrante que la considération extérieure et superficielle d'où est née historiquement la religion». P. 150 : «Dieu «esta le mot de l'énigme » que posent, devant les hommes, le monde et l'histoire.
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suis une pierre de ce mur, cœlestis urbs Jérusalem^ il est, d'une certaine manière, tout en moi, comme je suis tout en lui ; il doit être vivant comme moi, et ce n'est pas un mur de pierre, mais une construction animée; il souffre en moi, j'aurai la paix en lui. Le monde moral est aussi réel que le monde physique. Les deux ne sont point séparés, bien qu'ils soient distincts pour notre entendement. La loi du devoir n'est pas moins certaine que celle de l'attraction. Leur rapport nous échappe, mais l'une et l'autre font partie d'un système unique où la force est le bien. Vais-je verser dans le monisme, dans le panthéisme ? Je l'ignore. Ce sont des mots. Je tâche de parler des choses. La foi veut le théisme ; la raison tendrait au panthéisme. Sans doute elles envisagent deux aspects du vrai, et la ligne d'accord nous est cachée^. »
L'auteur écrivait au même correspondant : « L'effort constant de l'humanité vers un idéal toujours plus élevé de savoir, de justice et de bonheur, ne peut se réduire à une illusion. C'est la poussée même de l'être vers une fin qui lui est essentielle. Il y a là quelque chose. » Sans doute, « philosophiquement parlant, il paraît impossible d'affirmer la vérité complète, immuable, d'une croyance déterminée. Mais cela n'empêche pas cette croyance d'avoir une autorité pratique, indiscutable, si elle est, hic et nunc, une condition de vie. Notre existence, dans tous les ordres où elleprend conscience d'elle-même, repose sur des postulats que l'on cor-
1. Lettre du 28 janvier 190G, à M. l'abbé X., professeur. Op. cit., p. 45-?.S.
rige à mesure qu'on les reconnaît défectueux, mais dont on ne saurait se passer. Il y a ainsi un postulat de la vie morale et sociale, qui est le droit et le devoir, la justice et l'amour, qui est Dieu, la Loi suprême. »
« Qu'est-ce que Dieu?... Est-ce un être personnel avecqui jepuisseentretenir des relations ?Dieu, c'est le mystère de la vie, et il n'est pas douteux qu'en lui attribuant la personnalité, l'on commet un anthropomorphisme des moins déguisés. Cependant, en fait, ce n'est pas une loi abstraite qui gouverne le monde, même le monde moral; c'est une réalité profonde, une force éminemmentvivante ; et si notre intelligence peut émettre des réserves sur tous les symboles où Dieu apparaît en ^/-«n^ individu, pratiquement nous devons nous conduire comme si la loi de notre vie nous était donnée par une volonté personnelle qui aurait un droit absolu sur la nôtre. Que cette volonté supérieure et la nôtre ne soient pas, dans le fond, essentiellement distinctes, c'est affaire de métaphysique, elles ne se confondent pas dans l'ordre de la vie phénoménale ^ »
Plus nettement, dans Autour d'un petit livre, M. Loisy déclarait : « Je crois qu'il faut maintenir la personnalité de Dieu comme symbole de son absolue perfection et de la distinction essentielle qui existe entre Dieu réel et le monde réel. » 11 se contentaitd'ajouter : « N'est-il pas évidentque cette personnalité divine est d'un autre ordre que la personnalité de l'homme^? »