‹ Les théories de M. LoisyChapitre 89 sur 235 · Lettre citée, du 26 décembre 1904. Op. cit., p · texte numérisé non relu

Lettre citée, du 26 décembre 1904. Op. cit., p

La foi DiJ CRITIQUÉ 12Ô

un passage de l'Encyclique, fait profession de n'être point philosophe. Je n'en considère pas moins l'existence du sentiment religieux comme un fait certain, et comme le fondement psychologique et historique de la religion. Ce sentiment n'est pas, d'ailleurs, une simple émotion, mais une sorte d'impulsion naturelle et de connaissance implicite et confuse, qui deviennent conscientes d'ellesmêmes et de leur objet par l'exercice de la raison. Dans l'énergie de ce sentiment, comme dans le travail de l'intelligence, Dieu peut agir, il agit, et cette action divine est lumière et grâce, vérité et force pour le bien ^ »

C'est donc le sentiment religieux, l'expérience intime de la conscience, qui prouveront la vérité du christianisme, la divinité de son fondateur et celle de l'Eglise. « En fait, dit-il, ces croyances n'ont jamais été démontrées par des preuves rigoureuses, historiques ou philosophiques. » Mais « des âmes innombrables ont senti vivre Dieu dans le Christ et dans l'Eglise ; celles qui étaient capables de réflexion et d'étude ont exprimé leur foi dans des méditations et des argumentations théologiques, dans une interprétation raisonnéede l'histoire évangélique et chrétienne. De même que la théologie restait au-dessous du mystère divin, l'apologétique restait au-dessous de la vie religieuse et morale dont elle s'efforçait de produire une justification rationnelle-. »

1. Lettre du 29 septembre 1907, au Gard. Merry del Val. Op. cit., p. 234.

2. Lettre citée, du 17 juin 1907. Op. cit.,p 151. — Cf. Autour

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Objectera-t-on à M. Loisy que, malgré tout, son catholicisme, comme son christianisme, n'est guère qu'une forme extérieure, une enveloppe mystique qui recouvre au fond un vague déisme : il vous répondra qu'il est chrétien et catholique à sa manière, qui est la seule vraie. Ainsi ripostait-il vivement à Dom Chamard : « Je dois faire observer à Votre Révérence qu'il ne lui appartient pas de décider si je suis encore catholique et chrétien. Etes-vous bien sûr que la foi ne saurait subsister sans l'enveloppe mythologique dont les premières générations chrétiennes l'ont revêtue, et qui compromet maintenant la religion plus qu'elle ne la sert *? »

On insistera peut-être en faisant observer que l'Eglise catholique romaine est une société, que, comme toute société, elle a ses principes propres,

d'unpetit lifre, p. 116: a Est-ce que le croyant n'a pas toujours, pour fondement et appui solide » de sa foi, « l'étonnante puissance, à travers les siècles, de l'idée du règne de Dieu, et l'efficacité actuelle, l'expérience personnelle de cette idée, toujours vivante, nonobstant les limitations de son origine et les modifications qu'elle n'a pas cessé de subir? Et la foi à la divinité du Christ ne tient-elle pas également à l'influence divine qu il n'a pas cessé d'exercer sur les âmes, nonobstant le sens proprement juif qui ne laisse pas de s'attacher à sa qualité de Messie... ? » — Dans une interview avec M. Louis Vauxcelles, publiée dans V Humanité, 23 avril 1904, M. Loisy disait : « La critique exégétique est d ordre scientifique ; la religion, affaire de philosophie morale et de sentiment. Vous pouvez vous en passer pour apprécierle monde et l'histoire ; moi, je ne puis m'en passer. C'est mon devoir strict de rester prêtre; je crois que la société a encore besoin de l'influence religieuse. Il n'est rien de comparable au catholicisme bien entendu pour satisfaire aux besoins de l'humanité. )!

1. Lettre du 3 juillet 1907, à Dom Chamard. O^. cit., p. 1U5.

ses règles obligatoires, qu'on n'est autorisé à s'en déclarer membre qu'autant qu'on accepte sa discipline et son autorité : M. Loisy finira par répondre que telle est bien l'Eglise catholique actuelle; mais cette Eglise, qui opprime les consciences individuelles, au lieu de leur donner la liberté, cette Eglise qui s'est faite dominatrice, au lieu de rester simplement éducatrice, ne représente pas pour lui la véritable Eglise catholique. La véritable Eglise est celle qui est conforme à son idéal, c'est l'Eglise de l'avenir qui saura apprécier ses travaux, qui adoptera les conclusions de sa critique et qui se réformera en conséquence.

« Certes, dit-il, c'était en vue de défendre l'Église contre ses adversaires, et surtout contre elle-même, que j'ai mis au jour les livres autour desquels on a fait tant de bruit, et c'est pour elle que je travaille depuis plus de trente ans'. » « Je me console de l'insuccès apparent de ma vie, en pensant que rien ne se perd en ce monde. Si je n'ai pas servi, autant que je l'aurais voulu d'abord, l'établissement catholique romain, j'ai servi la pure et immortelle Eglise, celle qui est toujours en train de se faire, centre idéal de vérité, de justice et de fraternité^. » « L'Eglise quej'ai servie, etqueje crois servir encore, n'est pas, en réalité, l'institution papale, devenue une source d'obscurantisme, d'oppression et de division, au lieu d'être une source de lumière,

1. Lettre du 19 octobre 1907, à M. l'abbé X., séminariste. Op.

2. Lettre du dS juin 1907, au chanoine Debout. Op. cit., p. 144.

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de liberté et d'union ^, mais la société invisible des amis de la vérité, qui doivent être aussi, je présume, les amis de Dieu^. »

Cette Eglise de demain est bien près de n'être que la simple humanité, progressant dans la justice et tendant au bonheur, selon l'idéal de l'Évangile. « La théologie de l'avenir », écritM. Loisy, « respectera l'autonomie de la raison, tout en faisant valoir le dépôt de la tradition. Mais », ajoute-t-il, « il serait prématuré de décrire ses perfections, puisqu'elle n'existe pas encore, et qu'elle n'est pas sans doute près d'exister'. » Ce qui existera et durera, c'est l'humanité elle-même. Et c'est pourquoi le critique se rend le témoignage d'avoir « travaillé à l'avènement d'une plus parfaite lumière », non seu-

1. Cf. Simples réflexions, p. 234 : « Dans le monde où nous vivons, ce à quoi les âmes aspirent,... c'est à quelque chose qui conserverait ce que j'oserai appeler tout l'actif des siècles chi'éliens, ce qu'il y a de meilleur et de plus fécond dans le catholici*me, et aussi dans le protestantisme, en laissant tomber le passif, l'excès de l'individualisme protestant, l'absolutisme catholique. » P. 239 :(( Il n'était pas possible de signaler en termes plus modérés l'espèce d'idolâtrie hiérarchique dont souffre l'Eglise... »

2. Lettre du 28 juin 1007, à M. Bricout. Op. cit., p. 186. — C'est sans doute pour cela que M . Loisy pouvait écrire à M. B. Saunders, le 8 janvier 1904, op. cil., p. 23 : a Je n'ai jamais envisagé l'avenir avec plus de confiance que dans ce temps où l'on dirait que 1 Eglise à laquelle j'appartiens condamne l'œuvre de toute ma vie. Peut-être ne la condamne-t-elle pas autant qu'il le semble. Pour un peu j'oserais dire qu'elle ne la condamne pas autant qu'elle-même le croit. »

Et c'est sans doute pour une raison analogue que, dans ses Simples léflexious, p. 251, parlant des prêtres modernistes et de la sévérité que leur témoigne le Souverain Pontife, il s'exprime delà sorte : (t Si Votre Sainteté avait le droit de les excommunier. Elle n'aurait pas pour cela le droit de les insulter. »

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