‹ Les théories de M. LoisyChapitre 96 sur 235 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

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plus de modération et durbanité ! Et dire que l'auteur présentait ses Simples réflexions comme un « modeste travail, entrepris sans aucune intention de polémique ' » !

Or, il suffit d'examiner les soi-disant rectifications du critique pour constater qu'il est mal fondé à reprocher si aigrement aux théologiens de Rome, ce qu'il appelle les transformations et les altérations graves de sa pensée.

Exagérations et méprises

Tout d'abord, la prétention qu'a M. Loisy d'exiger une correspondance parfaite entre, dune part, les propositions du Décret et le système moderniste décrit par l'Encyclique, d'autre part, ses propres idées et les moindres nuances d'expression avec lesquelles il les a formulées, ne parait aucunement justifiée.

Le Décret ni l'Encyclique ne nomment personne. Lorsqu'on cite une proposition, extraite en fait de U Evangile et r Eglise ou d'Autour d'un petit livre, jamais la proposition n'est donnée comme tirée de ces ouvrages, ni attribuée le moins du monde à M. Loisy : on ne s'engageait donc pas à reproduire avec la dernière rigueur le texte ni la pensée de cet auteur.

Il est visible qu'en plusieurs endroits c'est tout à fait à dessein que le Décret a modifié les termes employés par le critique, non certes pour lui attribuer une proposition plus hétérodoxe que celle

qu'il a soutenue en réalité, puisqu'on évite justement d'indiquer l'origine de la proposition, mais pour donner à celle-ci la forme précise sous laquelle elle méritait plus indiscutablement d'être condamnée,et qui était d'ailleurs celle àlaquelle prêtait légitimement le texte de l'écrivain, celle qui répondait au fond le plus réel de sa pensée, et dont il ne devait pas hésiter à accepter la responsabilité.

Le plus souvent, les reproches d'altération que l'auteur adresse aux rédacteurs pontificaux sont de mauvaises chicanes, inspirées par le dépit et où l'on sent le désir malin de prendre les théologiens en défaut de critique^. Les théories de M. Loisy sont

1, En voici quelques exemples. La proposition xv est ainsi conçue : « Les Évangiles, jusqu'à la fixation et la constitution du canon, se sont accrus d'additions et de corrections continuelles; c'est pourquoi il n'y est demeuré de la doctrine du Christ qu'une trace faible et incertaine ». M. Loisy cite quelques lignes de ses Etudes éi'angéliques, p. 13, et le passage suivant de L'Evangile et l'Eglise, p. xx-xxi : « Il ne reste dans les Evangiles qu'un écho, nécessairement affaibli et un peu mêlé, de la parole de Jésus. » Et il ajoute : « Si la proposition condamnée a été extraite de ces passages, on a encore gravement altéré ma pensée. Echo affaibli n'est pas la même chose que trace faible ; Echo mêlé n'est pas la même chose que trace incertaine » (p. 51). Or, il suffît de lire le récent commentaire sur les Evangiles synoptiques pour constater qu'à suivre les interprétations de M. Loisy, il est très malaisé de retrouver dans les Evangiles la pensée authentique du Sauveur, de la démêler des additions et corrections apportées par la tradition chrétienne, et que, somme toute, cette pensée du Maître ne se trouve plus que sous une forme inconsistante et incertaine.

D'après le texte de la proposition xxvii, « la divinité de Jésus- Christ ne se prouve pas par les Evangiles; mais c'est un dogme que la conscience chrétienne a déduit de la notion de Messie. » Là-dessus, M. Loisy proteste : « Je n'ai pas dit, et on me fait dire, que les Evangiles ne fournissent aucun argument probable en faveur de la divinité du Christ... Je n'ai pas dit, et on me fait dire que la divinité du Christ a été déduite de la uotiuu de

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si nuancées, mêlées de tant d'équivoques, que l'on a eu parfaitement le droit de les interpréter selon leur sens plus apparent, sans tant s'inquiéter de saisir dans toutes ses finesses la pensée fuyante de l'écrivain, d'autant qu'on ne le nommait pas, d'autant encore qu'il s'agissait de théories jetées dans le public, approuvées et préconisées par maintes gens, dans un sens qui était loin de correspondre toujours rigoureusement à la pensée originale du maître.

Le grief que M. Loisy fait aux théologiens romains d'avoir inventé le système moderniste n'a pas plus de raison d'être. A l'en croire, on aurait présenté les modernistes comme une société d'hommes en parfaite harmonie d'idées sur tous les points, sans variété de terrains ni d'opinions, ayant tous le même et unique système, absolument cohérent, « réunissant en eux chacun sept personnages : philosophe, croyant, théologien, historien, critique, apologiste, réformateur ^. » C'est interpréter la description de l'Encyclique comme le critique prétend

Messie » (p. 68). Or, en réalité, M. Loisy ne reconnaît aucunement que la divinité du Sauveur « se démontre » par les Évangiles ; la preuve en est qu il rejette comme non authentiques tous les textes où Ion peut trouver cette divinité plus formellement accusée. Cf. ci-après, chap. v. D'autre part, il fait parfaitement venir le dogme du Christ-Dieu de l'idée primitive du Messie. Cf. Autour d'un petit livre, p. 117, cité ci-dessus, p. 62. Peu importe que, dans sa pensée, il s'agisse (( d'une sorte de traduction, de transposition de la pensée juive, ou de l'idée messianique, dans la pensée hellénique, ou la divinité de Jésus » (p. 68). Il suflSt qu'il y ait solution de continuité entre la notion primitive et le dogme dérivé. Le décret ne précise pas qu'il s'agisse d'une « déduction logique ».

\. Simples réflexions, p, 142,

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[Ue l'on a interprété ses ouvrages, c'est-à-dire, avec une rigueur inflexible qui en méconnaît l'esprit et en fausse la pensée.

Ce que l'Encyclique prétend, en effet, c'est qu'il existe des gens pénétrés des méthodes et des principes dont on esquisse la synthèse, c'est que le système ainsi décrit représente les dispositions et les habitudes d'esprit qui régnent, consciemment ou inconsciemment, en divers milieux catholiques, c'est que le moderniste, en vertu de sa tournure d'idées, tend à appliquer, et applique souvent en fait, les principes caractéristiques du système aux divers objets qui sollicitent l'attention du penseur.

Or, que cela soit rigoureusement exact, M. Loisy ne peut le nier. Lui-même ne s'occupe pas uniquement d'histoire ni de critique dans ses ouvrages; il a prétendu renouveler la méthode apologétique; il s'occupe constamment de théologie; la philosophie, bien qu'il s'en défende, entre pour une large part dans l'élaboration de son système. Et n'est-il pas vrai, qu'en France, en Italie et ailleurs, c'étaient les mêmes journaux et revues, sans parler des personnes, qui se faisaient les ardents défenseurs des nouvelles théories philosophiques, théologiques et critiques, en même temps qu'ils prétendaient poser la question générale de réforme ?

Comme pour justifier son acte de rébellion contre l'Église, M. Loisy force encore malignement la portée du procès fait à la critique et à la philosophie modernes. « Pour quiconque, assure-t-il, a lu attentivement et sans prévention l'Encyclique, il est évident que le moindre degré de modernisme, la

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moindre participation à la critique historique, ou à une philosophie autre que la scolastique, sont absolument réprouvés^. » « L'idée d'une Ecriture purement divine et interprétée de tout temps par une autorité infaillible, dépositaire d'un dogme immuable, dit-il encore, exclut toute exégèse critique et historique de la Bible, comme elle exclut tout examen critique de l'histoire des dogmes, des institutions et des rites sacramentels de l'Eglise'^. »

Or, l'on sait de reste que Rome n'a nullement entendu condamner en bloc la philosophie contemporaine, bien qu'elle ait très fermement mis en garde contre ses dangers ou ses erreurs, et qu'elle n'a pas davantage réprouvé toute méthode critique, mais seulement celle qui s'inspire de principes rationalistes, directement opposés à la foi.

Est-ce le même parti pris d'exagération maligne qui a conduit l'écrivain aux méprises grossières qui se constatent en plusieurs endroits de son ouvrage ?

Il note que, d'après l'enseignement des théologiens, « dans des cas comme celui-ci, pour trouver la vérité catholique, on n'a qu'à prendre la proposition rigoureusement contradictoire à celle qui a été condamnée par le magistère ecclésiastique. C'est pourquoi », dit-il, « l'on a fait suivre les soixantecinq propositions hétérodoxes de soixante-cinq propositions orthodoxes qui représentent la direction positive que le Saint-Siège veut donner à l'opi-

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