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CHAPITRE IV

La troisième électrostatique de Maxwell

§ 1. Différence essentielle entre la deuxième et la troisième électrostatiques de Maxwell

Les fautes de signe que nous venons de signaler peuvent seules cacher la contradiction inévitable à laquelle se heurte la théorie du condensateur donnée en la seconde électrostatique de Maxwell.

En cette électrostatique, on fait entrer en ligne de compte la densité électrique e; cette densité provient de ce que l'électrisation de quelque corpuscule polarisé, dont Maxwell admet l'existence, à l'instar de Faraday et de Mossotti, n'est pas exactement neutralisée par l'électrisation des corpuscules voisins; cette densité est l'analogue de la densité fictive que Poisson nous a appris à substituer à l'aimantation d'un morceau de fer. En aucun cas, il n'est question d'une densité électrique autre que celle-là; en aucun cas, Maxwell ne tient compte d'une électrisation non réductible à la polarisation des diélectriques, d'une électrisation propre des corps conducteurs. Quoi de plus net, par exemple, que le passage suivant (*), que nous lisons dans le mémoire : A dynamical Theory ofthe electromagnetic Field ?

* Quantité d' électricité „

" Si e représente la quantité d'électricité positive libre contenue dans l'unité de volume du champ, c'est-à-dire s'il arrive que les électrisations des diverses parties du champ ne se neutralisent pas

*) J. Clerk Maxwell, Scientifig Papkrs, vol. I, p. 561.

les unes les autres, nous pouvons écrire V équation de l'électricité libre :

Admettant ce principe essentiel des théories de Maxwell, reprenons l'étude d'un condensateur plan formé par deux lames conductrices 1 et 2, que sépare un diélectrique.

Supposons que la face interne de la lame 1 soit électrisée positivement et la face interne de la lame 2 négativement; au sein de la lame diélectrique, le champ électromoteur est dirigé de la lame 1 vers la lame 2.

Si, selon la faute de signe commise par Maxwell dans son mémoire : Oniihysical Lines of Force et reproduite dans la partie du mémoire : A dynamical Theory of the electromagnetic Fleld où est examinée la théorie du condensateur, nous supposions le déplacement dirigé en sens contraire du champ électromoteur, le déplacement serait, au sein de la lame diélectrique, dirigé du conducteur 2 vers le conducteur 1.

Mais, sauf à l'endroit que nous venons de signaler, Maxwell n'a jamais reproduit cette opinion dans ses écrits postérieurs au mémoire : On physical Lines of Force. Partout, il admet que le déplacement, proportionnel à la force électromotrice, est dirigé comme elle.

" Nous devons admettre, écrit-il (*) en 1868, qu'au sein du diélectrique polarisé, il se produit un déplacement électrique dans la direction de la force électromotrice. „

* Le déplacement est dans la même direction que la force, répète-t-il dans son Traité (**), et, numériquement, est égal à l'in-

(*) J. Glerk Maxwell, On a Method ofmaking a direct Comparaison of electrostatic with electromagnetic Force; with a Note on the electromagnetic Theory of Light (Lu à la Société royale de Londres le 18 juin 1868. Philosophical Transactions, vol. CLVIII. — SciENTiFiG Papers, vol. II, p. 139).

(**) J. Clerk Maxwell, A Treatise on Electricity and Magnetism; Oxford, 1873, vol. I, p. 63. — Traité d'Électricité et de Magnétisme, traduit de l'anglais sur la 2« édition, par G. Seligmann-Lui; Paris, 1885-1887; tome I, p. 73. — Nous citerons dorénavant le Traité de Maxwell d'après la traduction française toutes les fois qu'aucune modification n'aura été apportée à la l"^* édition anglaise.

tensité multipliée par ^ , où K est le pouvoir inducteur spécifique

du diélectrique. „

" Dans ce Traité, dit-il plus loin (*), nous avons mesuré l'électricité statique au moyen de ce que nous avons appelé le déplacement électrique : c'est une grandeur dirigée ou vectorielle, que nous avons désignée par §, et dont les composantes ont été représentées par /", g, h. „

" Dans les substances isotropes, le déplacement s'effectue dans le sens de la force électromotrice qui le produit, et il lui est proportionnel au moins pour les petites valeurs de cette force. C'est ce que l'on peut exprimer par l'équation :

K Équation du déplacement électrique, ^ = j- ®'

où K est la capacité diélectrique de la substance. „

Si nous désignons, avec Maxwell, par P, Q, R les composantes de la force électromotrice ®, l'égalité symbolique précédente équivaudra aux trois égalités (**)

Enfin, dans l'ouvrage dont Maxwell préparait la publication peu de temps avant sa mort, en un des Ghapitrôs qui sont en entier de sa main, nous lisons (***) :

" D'après la théorie adoptée dans cet ouvrage, lorsque la force électromotrice agit sur un diélectrique, elle force l'électricité à s'y déplacer, dans sa direction, d'une quantité proportionnelle à la force électroraotrice et fonction de la nature du diélectrique... „

Dès lors, si une lame diélectrique est comprise entre les deux

(*) Traité..., vol. II, p. 287.

(**) La comparaison de ces égalités (88) avec les égalités (45) montre que la K 1

quantité — introduite ici par Maxwell, est celle qu'il désignait par ^ dans

son mémoire A dynamical Theory of the electromaynetic Field.

(***) J. Glerk Maxwell, A elementary Treatise of Electricity, edited by W. Garnett. — Traité élémentaire d'Électricité, traduit de l'anglais par Gustave Richard. Paris 1884, p. 141.

armatures d'un condensateur dont Tune est électrisée positivement et l'autre négativement, le déplacement sera, en chaque point, dirigé de l'armature positive vers l'armature négative. Maxwell admet cette loi sans hésitation:

" Lorsqu'un diélectrique est soumis à l'action d'une force électromotrice, écrit-il dans sa Note on the electromagnetic Theory of Light (*), il éprouve ce que l'on peut appeler la polarisation électrique. Si l'on compte comme positive la direction de la force électromotrice, et si l'on suppose que le diélectrique soit limité par deux conducteurs, A situé du côté négatif et B du côté positif, la surface du conducteur A sera chargée d'électricité positive et la surface du conducteur B d'électricité négative. „

" Puisque nous admettons que l'énergie du système ainsi électrisé réside dans le diélectrique polarisé, nous devons admettre qu'il se produit au sein du diélectrique un déplacement d'électricité dans la direction de la force électromotrice. „

^' L'électrisation positive de A et l'électrisation négative de B, répète-t-il dans son grand Traité (**), produisent une certaine force électromotrice agissant de A vers B dans la couche diélectrique, et cette force électromotrice produit un déplacement électrique de A vers B dans le diélectrique. „

" Les déplacements, écrit-il plus tard (***), à travers deux sections quelconques d'un même tube de déplacement sont égaux. Il existe, à l'origine de chaque tube unité de déplacement, une unité d'électricité positive et une unité d'électricité négative à l'autre extrémité, „

Quel sens exact Maxwell attribue-t-il, dans ses derniers travaux, à ce mot déplacement électrique ?

Dans le mémoire A dynamical Theory of the electromagnetic Field, o\x il introduit pour la première fois cette expression, Maxwell, nous l'avons vu, s'inspire de Mossotti. Pour Mossotti, la force électromotrice, rencontrant un des corpuscules dont se composent les corps diélectriques, chasse le fluide éthéré des parties de la surface oii elle entre dans le corpuscule, pour l'accumuler

(*) J. Glerk Maxwell, Scientific Papers, vol. II, p. 339.

(**) J. Glerk Maxwell, Traité cT Électricité et de Magnétisme, 1. 1, p. 71.

(♦**) J. Glerk Maxwell, Traité élémentaire d'Électricité, p. 71.

sur les régions par où elle sort. La pensée de Maxwell, dans les deux mémoires que nous avons analysés au Chapitre précédent, s'accorde pleinement avec celle de Mossotti. En est-il de même dans ses écrits plus récents ?

On n'en saurait douter, le déplacement reste bien, pour Maxwell, un entraînement de l'électricité positive que la force électromotrice produit dans sa propre direction, entraînement qui se limite à chaque petite portion du diélectrique :

" La polarisation électrique du diélectrique (*) est un état de déformation dans lequel le corps est jeté par l'action de la force électromotrice, et qui disparaît en même temps que cette force même. Nous pouvons concevoir qu'il consiste en ce que l'on peut appeler un déplacement électrique produit par l'intensité électromotrice. Lorsqu'une force électromotrice agit sur un milieu conducteur, elle y produit un courant; mais si le milieu est un non conducteur ou diélectrique, le courant ne peut s'établir à travers le milieu ; l'électricité, néanmoins, est déplacée dans le milieu, dans la direction de la force électromotrice, et la grandeur de ce déplacement dépend de la grandeur de la force électromotrice. Si la force électromotrice augmente ou diminue, le déplacement électrique augmente ou diminue dans le même rapport. „

" La grandeur du déplacement a pour mesure la quantité d'électricité qui traverse l'unité de surface, pendant que le déplacement croît de zéro à sa valeur maximum. Telle est, par suite, la mesure de la polarisation électrique. „

Plus formel encore, si possible, est le passage suivant (**) : " Pour rendre plus claire notre conception du phénomène, considérons une cellule isolée appartenant à un tube d'induction émanant d'un corps électrisé positivement, et limitée par deux des surfaces équipotentielles consécutives qui enveloppent le corps. „

" Nous savons qu'il existe une force électromotrice agissant du corps électrisé vers l'extérieur; cette force produirait, si elle agissait dans un milieu conducteur, un courant électrique, qui

(*) J. Clerk Maxwell, Traité d' Électricité et de Magnétisme, 1. 1, p. 69. (**) J. Glerk Maxwell, Traité élémentaire d'Électricité, p. 61.

durerait aussi longtemps que l'action de la force. Mais ce milieu étant non conducteur ou diélectrique, la force électromotrice a pour effet de produire ce que nous pourrions appeler un déplacement électrique^ c'est-à-dire que l'électricité est repoussée vers l'extérieur, dans la direction de la force électromotrice; l'état de l'électricité est d'ailleurs, pendant ce déplacement, tel qu'elle reprend, aussitôt que la force électromotrice disparaît, la position qu'elle occupait avant le déplacement. „

L'idée que Maxwell désigne, dans ses derniers travaux, par ces mots : déplacement électrique, s'accorde donc avec celle qu'il désigne parles mêmes mots dans ses premiers mémoires, partant avec la conception de Mossotti, avec la théorie de l'aimantation par influence telle que l'a créée le génie de Poisson. Maxwell a soin, d'ailleurs, de signaler cet accord (*) :

" Puisque, comme nous l'avons vu, la théorie de l'action directe à distance est, au point de vue mathématique, identique à la théorie d'une action s'exerçant par l'intermédiaire d'un milieu, les phénomènes que l'on rencontre peuvent s'expliquer par une théorie aussi bien que par l'autre... Ainsi, Mossotti a déduit la théorie mathématique des diélectriques de la théorie ordinaire de l'attraction, simplement en donnant une interprétation électrique, au lieu d'une interprétation magnétique, aux symboles dont Poisson s'est servi pour déduire la théorie de l'induction magnétique de la théorie des fluides magnétiques. Il admet qu'il existe dans le diélectrique de petits éléments conducteurs, susceptibles d'avoir leurs extrémités électrisées en sens inverse par induction, mais incapables de gagner ou de perdre une quantité quelconque d'électricité, parce qu'ils sont isolés les uns des autres par un milieu non conducteur. Cette théorie des diélectriques cadre avec les lois de Félectricité; elle peut être effectivement vraie. Si elle est vraie, le pouvoir inducteur spécifique d'un milieu peut être plus grand, mais jamais plus petit que celui de l'air ou du vide. Jusqu'à présent, on n'a pas trouvé d'exemple d'un diélectrique ayant un pouvoir inducteur plus faible que celui de l'air; si l'on en trouve un, il faudra abandonner la théorie de Mossotti, mais ses formules

(*) J. Glerk Maxwell, Traité d Électricité et de Magnétisme, 1. 1, p. 74.

resteront toutes exactes, et nous n'aurons à y changer que le signe d'un coefficient. „

" Dans la théorie que je me propose de développer, les méthodes mathématiques sont fondées sur le plus petit nombre possible d'hypothèses; on trouve ainsi que des équations de même forme s'appliquent à des phénomènes qui sont certainement de nature bien différente : par exemple, l'induction électrique à travers les diélectriques, la conduction dans les conducteurs et l'induction magnétique. Dans tous ces cas, la relation entre la force et l'effet qu'elle produit s'exprime par une série d'équations de même espèce; de sorte que si un problème est résolu pour un de ces sujets, le problème et sa solution peuvent être traduits dans le langage des autres sujets et les résultats, sous leur nouvelle forme, seront encore vrais. „

De toutes ces citations, une conséquence semble découler logiquement, entre les composantes /", ^, A, du déplacement et les densités électriques solide ou superficielle e, E, on devra établir les relations

(47) E + A cos (N„ X) + g, cos (N„ ^) + h^ cos (N„ z) + f^ cos (Ng, x) + g^ cos (N^, y) + h^ cos (N^,, z)

Ces équations, en effet, s'accordent avec ce que Maxwell a dit du déplacement électrique; elles sont au nombre des formules essentielles de la théorie de Mossotti, que Maxwell déclare mathématiquement identique à la sienne; elles sont, d'ailleurs, dans cette théorie, la transposition d'équations que Poisson a introduites dans la théorie de l'induction magnétique et que Maxwell (*) conserve dans l'exposition de ceite dernière théorie; enfin Maxwell les a adoptées dans ses premiers écrits.

On est encore conduit à reconnaître que les idées de Maxwell mènent logiquement aux égalités (46) et (47) en analysant ce qu'il dit des courants de déplacement.

1 — \~- V -j f^ cos (Ng, z) = 0.

(•) J. Glerk Maxwell, Traité d'Électricité et de Magnétisme, t. II, p. 11.

" Les variations du déplacement électrique C^) produisent évidemment des courants électriques. Mais ces courants ne peuvent exister que pendant que le déplacement varie. „

« Une des particularités les plus importantes de ce Traité (**) consiste dans cette théorie que le courant électrique vrai QL (w, v, w) duquel dépendent les phénomènes électromagnétiques n'est pas identique au courant de conduction P {p, q, r), et que, pour évaluer le mouvement total d'électricité, on doit tenir compte de la variation dans le temps du déplacement électrique ^, en sorte que nous devons écrire :

Équation du courant vrai, C = 1^ + -^

ou, en fonction des composantes,

^ = ^ + 57 , bh

Ainsi, en tout point d'un diélectrique non conducteur dont l'état de polarisation varie, se produit un flux de déplacement dont les composantes sont

{py) P " ht' ^ ~ ht' U

Or " quelle que soit la nature de l'électricité (***), et quoi que nous entendions par mouvement d'électricité, le phénomène que nous avons appelé déplacemefit électrique est un mouvement d'électricité, dans le même sens que le transport d'une quantité déterminée d'électricité. „

Ou cette phrase ne veut rien dire, ou elle exige que les compo-

(♦) J. Glerk Maxwell, Traité d'Électricité et de Magnétisme, 1. 1, p. 69. (**) Ibid., t. II, p. 288.

(*♦*) Ibid., 1. 1, p. 73.

— Gisantes 'p\ q\ r' du flux de déplacement soient liées aux densités électriques e, E par les équations de continuité

bE

-^ + Pi cos (Ni, x) + q[ cos (N^, y) + r[ cos (N„ z)

+ p', cos (Ng, a;) + q'^ cos (N„ ^) + r; cos (N^, ^) = 0,

qui pourront s'écrire, en vertu des égalités (89),

vt[j-x + b-y + rz + V = ^^

^ [E + /; cos (N,, x) + g, cos (N,, ^z) + ^i cos (N,, ^)

+ /; cos (Ng, a^) + .^2 cos (N2, «/) + K cos (N2, ^)] = 0.

Intégrées entre un instant où le système était à l'état neutre et l'état actuel, ces équations redonnent les équations (46) et (47); le présent raisonnement est, d'ailleurs, donné par Maxwell dans son mémoire : On physical Lines of Force.

Examinons les conséquences de ces équations et, en particulier, de l'équation (47); appliquons -la à la surface de séparation d'un diélectrique 1 et d'un conducteur non polarisable 2; le déplacement (/jj, g^, h^ étant nul en ce dernier milieu, l'équation (47) se réduit à

(90) E + fi cos (Ni, x) + g^ cos (N^, y) + h^ cos (N^, z) = 0.

La surface terminale du diélectrique est électrisée négativement aux points oii la direction du déplacement ou, ce qui revient au même, la direction de la force électromotrice, pénètre dans le diélectrique; elle est électrisée positivement aux points où cette même direction sort du diélectrique.

Appliquons cette proposition, qui découle si naturellement des

principes posés par Maxwell, à notre lame diélectrique comprise entre deux conducteurs chargés l'un d'électricité positive, l'autre d'électricité négative, et nous obtenons la conclusion suivante :

La face du diélectrique qui est en contact avec le conducteur électrisé positivement porte de l'électricité négative; la face qui est en contact avec le conducteur électrisé négativement porte de l'électricité positive. Il est donc impossible d'identifier la charge électrique que porte un conducteur avec la charge prise par le diélectrique contigu.

Maxwell va-t-il donc renoncer à la supposition, sous- entendue dans ses premiers écrits, que l'électrisation propre des corps conducteurs n'existe pas; que, seule, la polarisation des milieux diélectriques est un phénomène réel, produisant, par l'électrisation apparente à laquelle elle équivaut, les effets que les anciennes théories attribuent aux charges électriques répandues sur les corps conducteurs ? Bien au contraire; il énonce plus nettement cette hypothèse et en affirme la légitimité :

" On peut concevoir, dit-il (*), la relation physique qui existe entre les corps électrisés, soit comme effet de l'état dans lequel se trouve le milieu qui sépare les corps, soit comme résultat d'une action directe s'exerçant à distance entre les corps.

... Si nous calculons, dans cette hypothèse, l'énergie totale du milieu, nous la trouvons égale à l'énergie qui serait due à l'électrisation des conducteurs dans l'hypothèse d'une action directe à distance. Donc, au point de vue mathématique, les deux hypothèses sont équivalentes. „

" A l'intérieur même du milieu (**), oia l'extrémité positive de chacune des cellules se trouve au contact de l'extrémité négative de la cellule voisine, ces deux électrisations se neutralisent exactement; mais aux points où le milieu diélectrique est limité par un conducteur, l'électrisation n'est plus neutralisée et constitue l'électrisation que l'on observe à la surface du conducteur. „

" D'après ces idées sur l'électrisation, nous devons la considérer comme une propriété du milieu diélectrique, plutôt que du conducteur entouré par ce milieu. „

(*) J. Glerk Maxwell, Traité d'Electricité et de Magnétisme, 1. 1, p. 67. (**) J. Glerk Maxwell, Traité élémentaire d'Électricité, p. 63.

" Dans le cas d'une bouteille de Leyde (*) dont l'armature intérieure est chargée positivement, une portion quelconque de verre aura sa face intérieure chargée positivement et sa face extérieure négativement. Si cette portion est tout entière à l'intérieur du verre, sa charge superficielle est entièrement neutralisée par la charge opposée des parties qu'elle touche; mais si elle est en contact avec un corps conducteur, dans lequel ne peut se maintenir l'état d'induction, la charge superficielle n'est plus neutralisée, mais constitue la charge apparente que l'on appelle généralement charge du conducteur. „

" Par suite, la charge qui se trouve à la surface de séparation du conducteur et du milieu diélectrique, et que l'on appelait dans l'ancienne théorie charge du conducteur, doit être appelée, dans la théorie de l'induction, la charge superficielle du diélectrique environnant. ,

" D'après cette théorie, toute charge est l'effet résiduel de la polarisation du diélectrique. „

Puisque Maxwel maintient formellement cette supposition, comment fera-t-il disparaître la contradiction que nous avons signalée ? Le plus simplement du monde : Dans les équations (46) et (47), qui rendent criante cette contradiction, il changera le signe de e et de E et il écrira (**)

(92) E = /"i cos (Ni, x) + g^ cos (N^, y) + h^ cos (N^, z)

+ /; cos (iN^, x) + g^ cos (N^, y) + h^ cos (N^, z).

L'égalité (90), qui fait connaître la charge superficielle d'un diélectrique au contact d'un conducteur, c'est-à-dire, dans l'hypothèse de Maxwell, la charge môme du conducteur, sera alors remplacée par l'égalité

(93) E = fi cos (Ni, x) + g, cos (N^, y) + h^ cos (N^, z).

(*) J. Glerk Maxwell, Traité d'Électricité et de Magnétisme, p. 175. (**) i6îU,p.289.

La charge sera positive là où la direction du déplacement ou du champ éleclromoteur pénètre à l'intérieur du diélectrique, négative là où la direction du déplacement ou du champ éleclromoteur sort du diélectrique.

" Dans le cas d'un conducteur chargé (*), supposons la charge positive; alors si le diélectrique environnant s'étend de toutes parts autour de la surface fermée, il y aura polarisatfDn électrique et déplacement du dedans vers le dehors sur toute l'étendue de la surface fermée; et l'intégrale du déplacement, prise sur toute la surface, est égale à la charge du conducteur renfermé dans la surface. „

Gomment devront être polarisées les masses élémentaires d'un diélectrique, si l'on veut que l'électrisalion en sens opposés de leurs deux extrémités s'accorde avec les égalités (91), (92), (93)?

Reprenons l'exemple d'une lame diélectrique plane placée entre deux plateaux conducteurs. On suppose qu'à l'intérieur de la lame les charges électriques opposées qui se trouvent aux deux extrémités d'une molécule sont exactement neutralisées par les charges de la molécule qui la précède et de la molécule qui la suit. Seule, l'électrisalion des molécules extrêmes produit des effets appré • ciables.

La face du diélectrique par laquelle la force électromotrice entre dans ce milieu manifeste un état d'électrisation; il est dû à la charge que prennent, en celle de leurs extrémités par laquelle la force électromotrice les pénètre, les molécules de la première couche. La face du diélectrique par laquelle la force électromotrice sort de ce milieu manifeste aussi un état d'électrisation; il est dû à la charge que prennent, en celle de leurs extrémités par laquelle la force électromotrice les quitte, les molécules de la dernière couche. Or, d'après les propositions que Maxwell vient d'énoncer, la première électrisation est positive, la dernière négative. Donc, lorsqu'une force électromotrice rencontre une molécule diélectrique, elle la polarise; r extrémité de la molécule par oîi entre la force électromotrice se charge d électricité positive ; l'extrémité de la molécule par laquelle sort la force électromotrice se charge d'électricité négative.

(*) J. Clerk Maxwell, Traité d'Électricité et de Magnétisme, t. H, p, 72,

Telle est la proposition (*), contraire à celle qu'ont admise Coulomb et Poisson dans l'étude du magnétisme, Faraday et Mossotti dans l'étude des diélectriques, contraire à l'opinion professée par lui-même en ses premiers écrits, quç Maxwell énonce formellement dans ses derniers traités.

" Si nous supposons (**) le volume du diélectrique divisé en parties élémentaires, nous devons concevoir les surfaces de ces éléments comme électrisées, de telle manière que la densité superficielle en un point quelconque de la surface soit égale en grandeur au déplacement qui se produit en ce point à travers la surface, ce déplacement compté vers l'intérieur; c'est-à-dire que si le déplacement a lieu dans la direction positive, la surface de l'élément doit être électrisée négativement du côté positif et positivement du côté négatif. Ces charges superficielles se détruisent en général l'une l'autre lorsque l'on considère des éléments consécutifs, sauf aux points où le diélectrique a une charge interne, ou à la surface du diélectrique. „

" Dans le cas d'une bouteille de Leyde (***) chargée positivement, une portion quelconque de verre aura sa face intérieure chargée positivement et sa face extérieure négativement. „

" Le déplacement (iv), à travers une section quelconque d'un tube unité d'induction, représente une unité d'électricité, et la direction du déplacement est celle de la force électromotrice, c'est-à-dire qu'elle va des potentiels supérieurs aux potentiels inférieurs. „

" Nous avons à considérer, outre le déplacement électrique dans la cellule, l'état des deux extrémités de la cellule formées par les surfaces équipotentielles.Nous devons supposer que dans toute cellule, l'extrémité formée par la surface de potentiel supérieur est recouverte d'une unité d'électricité positive, tandis que l'extré-

(*) Je ne crois pas qu'aucun physicien ait fait attention au caractère paradoxal de cette proposition de Maxwell avant que H. Hertz l'ait exposée sous une forme particulièrement claire et saisissante (H. Hertz, Gesammelte Werke, Bd. II : Untersuchungen iiber die Aushreitung der elektrischen Kraft; Einleitende Uebersicht, p. 27).

(**) J. Glerk Maxwell, Traité d' Électricité et de Magnétisme, t. ï, p. 73.

(♦**) Ibid., t. I, p. 175.

(iv) J. Glerk Maxwell, Traité élémentaire d'Électricité, p. 63.

mité opposée, formée par la surface de potentiel inférieur, est recouverte par une unité d'électricité négative. „

Aussi bien dans le Traité d'Electricité et de Magnétisme que dans le Traité élémentaire d'Électricité^ quelques pages, parfois quelques lignes seulement, séparent les passages que nous venons de citer d'affirmations telles que celles-ci : " La force électromotrice (*) a pour effet de produire ce que nous pourrions appeler un déplacement électrique, c'esi-k -dire que Télectricité est repoussée dans la direction de la force. „

" Lorsque l'induction (**) se transmet à travers un diélectrique, il y a d'abord un déplacement de l'électricité dans la direction de l'induction. Par exemple, dans une bouteille de Leyde dont l'armature intérieure est chargée positivement et l'armature extérieure négativement, le déplacement de l'électricité positive à travers la masse du verre se fait du dedans vers le dehors. „

" Lorsqu'une force électromotrice agit sur un milieu conducteur (***), elle y produit un courant; mais si le milieu est un non conducteur ou diélectrique, le courant ne peut s'établir à travers le milieu, dans la direction de la force électromotrice... „

" Quelle que soit la nature de l'électricité (iv), et quoi que nous entendions par mouvement d'électricité, le phénomène que nous avons appelé déplacement électrique est un mouvement d'électricité, dans le même sens que le transport d'une quantité déterminée d'électricité à travers un fil est un mouvement d'électricité. „

Ou ce langage ne veut rien dire, ou il signifie ce qui suit : Lorsqu'une force électromotrice agit sur une partie élémentaire du diélectrique, l'état de neutralité électrique de cette partie est troublé; l'électricité s'y déplace dans la direction de la force électromotrice; elle s'accumule en excès à l'extrémité par oii la force électromotrice sort de la particule, en sorte que cette extrémité s'électrise POSITIVEMENT, taudis qu'elle abandonne Vextrémité par oîi la force électromotrice entre dans la particule, et cette extrémité s'électrise

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