ANALYSE DE L'ESSAI SUR L'ORIGINE
rien n'est moins exact que lemploi que nous faisons des
mots (1).
Si lorigine de l'erreur est dans l'indétermination des
idées, et s'il faut attribuer cette indétermination à la
manière dont nous nous servons du langage, l'origine
de la vérité doit être dans la détermination exacte des
idées et des mots (2).
2. Mais comment déterminer les idées et leurs noms? Il faut, sans tenir compte de l'usage (3), se placer dans des circonstances semblables à celles qui déterminent primitivement le sens des mots (4). C'est ainsi que l'on fait sa langue, sans toutefois inventer de nouveaux mots (5). Il sera mieux de prendre ceux dont on aura besoin dans le langage ordinaire que dans celui des savants (6). ' ^
Pour les idées simples, comme celle du blanc^ du noir^ du oui, du non^ et pour les mots qui les expriment, il n'y a aucune difficulté. Les circonstances elles-mêmes les déterminent avec assez d'exactitude pour ne laisser aucune équivoque dans le langage (7).
Quand aux idées complexes, il suffit, pour les déterminer, de fixer le nombre et la qualité des idées simples dont on peut les former (8). Les idées complexes sont l'ouvrage de l'esprit ; si elles sont défectueuses, c'est que nous les avons mal faites ; le seul moyen de les corriger c'est de les bien faire (9). « Pour cette fin, il est à propos, dans les commencements, de n'attacher aux sons que le plus petit nombre d'idées simples qu'il sera possible; de choisir celles que tout le monde peut apercevoir sans peine, en se plaçant dans les mêmes circonstances que nous , et
(i) Condiliac, Œuvres, 1. 1, p. 462. — (2) Ibid., p. 464. — (3) Ibid., p. 466. — (4) Ibid., p. 468.— (5) Ibid., p. 469. — (6) Ibid., p. 470.— (7) Ibid., p. 474-75. — (8) Ibid., p. 475. — (9) Ibid., p. 477.