PORT- ROYAL ET CONDILLAC
linéaments de la métaphysique et de la grammaire générale. On reproduit la théorie des lieux, en ajoutant, comme on Ta fait pour le syllogisme', aux superfluités d'Aristote celles de lecole, et, après s'être moqué de ce qu'on a pris à tâche de travestir, on conclut avec dédain : « Il est vrai qu'on n'arrive jamais, par ce chemin, à aucune connaissance bien solide. » N'est-ce pas une véritable plaisanterie que l'éuumération des causes, qui se trouve dans le passage sur les lieux de métaphysique (1)? Sur la grande question des universaux , on donne quelques définitions d'école ; puis on promet d'y revenir après avoir parlé des termes complexes. Mais apparemment on oublie la promesse, car, après le chapitre sur les termes complexes, il n'est plus question des universaux.
Voilà certainement de quoi tenir en garde tout lecteur judicieux contre l'idée qu'il suffit de quelques jours pour faire une logique. Ajoutons que les meilleures parties de XArt de penser sont des pièces de rapport. Descartes fait presque tous les frais des deux premiers cliapitres de la 4® partie, sur la science en général et sur l'analyse. Les règles de la synthèse sont empruntées à Pascal. La division des lieux (3® partie, chap. XVIII) est de Clauberg; le commencement de la 2® partie est de Lancelot ; enfin ce qu'il y a de mieux écrit dans tout l'ouvrage, le morceau de Nicole sur les sophismes que l'on commet dans la vie civile, ressemble à un chapitre des Essais de morale ajouté après coup.
Il résulte de tout ceci que la Logique de Port-Royal n'est pas un travail personnel. C'est un peu l'œuvre de tout le monde. Elle a été plusieurs fois reprise et augmentée par ses auteurs. Le dessein , le plan , les dimen-
(i) Logique de Port-Royal, 3« part., ch. XVIII.