‹ Les théories logiques de Condillac (volume 2)Chapitre 58 sur 74 · COXDILLAC ET DESTUTT DE TRACY · texte numérisé non relu

COXDILLAC ET DESTUTT DE TRACY

qui nous montreront , dit-il , le fort et le faible de la connaissance humaine.

Ces nouvelles explications porteront sur les causes de nos erreurs. C'est dans la théorie des causes de l'erreur que Destutt de Tracy va chercher celle de la certitude.

Il distingue deux espèces d'idées : 1^ Les idées simples, c'est-à-dire les sensations ; 2® les idées composées, c'est-àdire les idées des êtres et de leurs différentes espèces, les souvenirs, les jugements, les désirs ou volitions. Or, voici ce que l'on peut dire sur ces différentes espèces d'idées. Nos pures sensations ou idées simples sont absolument certaines, parce qu'elles consistent uniquement dans le sentiment que nous en avons. Nos idées composées , quoique vraies quant à leurs éléments, peuvent être fausses par les jugements qui s'y mêlent.

Mais pourquoi les jugements eux-mêmes sont-ils faux ? « Aucun de nos jugements pris en lui-même et isolément n'est ni ne peut être faux (1). » En effet, de même qu'avoir une idée c'est sentir , de même juger cest encore sentir (2). Dès lors cet acte de juger doit particij)er à l'infaillibilité de celui de sentir, dont il n'est qu'un cas particulier (3). D'où vient donc l'erreur? « Un homme n'a tort que parce que son jugement n'est pas conséquent à d'autres jugements antérieurs ; car , comme actuel et isolé , il est irréprochable (4) ; » et, en définitive, nos jugements ne sont faux que par V imperfection de nos soui^enirs.

Telle est l'opinion de M. de Tracy sur là cause de nos erreurs. Mais on se souvient qu'il avait laissé en suspens la question de la certitude, et qu'il avait promis de faire connaître, par ses explications sur l'erreur, le fort et le faible de la connaissance humaine. C'est sans doute pour

(i) Logique^ p. 227.'— (2) Ibid. — (3) Ibid., p. 228. — (t) Ibid., p. 2:>2.

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tenir cette promesse qu*il glisse la phrase suivante à la fin de son chapitre sur l'erreur. « Nos erreurs ne peuvent avoir d'autre cause (que l'imperfection de nos souvenirs), comme notre certitude ne peut en avoir d autre que la certitude de ce que nous sentons actuellement (1). »

Après avoir indiqué les causes de la certitude et de Terreur, M. de Tracy montre comment se développent les effets de ces causes.

« Un premier souvenir, est une chose essentiellement différent^ de la sensation qui la causé (2) ; n ce il la représente, si Ton veut, il ne la reproduit pas (3). » Ce premier souvenir est simple d abord, et par conséquent infaillible (4). « Cependant, si»j y joins le jugement qu'il est la

représentation d'une impression antérieure il devient

une perception composée (5), » et, par conséquent, sujette à Terreur.

Ici une objection se présente. On a dit précédemment que le souvenir Élisait la fausseté du jugement; on dit maintenant que le jugement fait la fausseté du souvenir. L'auteur formule Tobjection. « Il y a là un cercle vicieux, dit-il (6), » et il essaie de la résoudre par des explications qu'il a peut-être tort d'appeler des éclaircissements. Dans ces explications, il nous conduit de l'impression simple au souvenir simple, d'un premier souvenir exact à un second souvenir également exaeè^^'tnlrpï'emier jugement exact à un second jugement encore e^act ; puis il arrive à une troisième manière de juger*' et de se souvenir qui. est inexacte, parce qu'elle a la prétention d'être complète ; et, pour prouver ce dernier point, il nous renvoie à un des précédents chapitres, où il a insisté sur la dégradation des

(I) Logique, p. 238. - (2) Ibid., p. 246. - (3) Ibid. - (4) Ibid. - (5) Ibid. - (6) Ibid., p. 247.

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idées dans le^ souvenirs successifs (1). Et voilà comment Fauteur croit sortir du cercle vicieux dans lequel il est tombé.

Destutt de Tracy continue de mêler si intimement la théorie de Ttrreur à celle de la certitude, qu'il n'est pas toujours facile de distinguer ce qui nous autorise à croire de .ce qui nous oblige à douter. Arrêtons-nous un instant a ce qu'il dit de lexistence des choses distinctes du moi . Quand une sensation agréable a cessé malgré moi, « je dois trouver dans le souvenir de cette sensation l'idée de n'avoir pas cessé par le fait de moi, qui désirais la prolonger, et par suite, d'avoir cessé par le pouvoir d'un autre être que moi (2). » Il existe donc des êtres distincts de moi.

Mais voici une difficulté : S'il existe des êtres distincts de nous, il faut que nos idées leur soient conformes. Dès lors la cause de l'erreur consiste dans l'absence de conformité des idées avec les objets, et non pas seulement dans l'imperfection des souvenirs.

Pour répondre à cette abjection, l'auteur reprend^ en s'appuyant sur des raisons de sens commun, la thèse de la réalité des choses extérieures, et il plaisante agréablement sur Berkeley. Puis il conclut en ces termes : « Bien que l'existence de ces êtres mérite d'être appelée réelle, et bien que nos idées, pour être justes, doivent être conformes à cette réalité, cependant ces idées sont toujours tout pour nous ; elles sont toujours justé^ quand elles sont bien encluunées (3). » Cette conclusion est tournée et retournée sous bien des formes différentes, mais toujours la même quant au fond.

Mais c'est maintenant surtout que l'imperfection des

(i) Logique^ p. 217. — (2) Ibid., p. 260. — (3) Ibid., p. 378.

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