‹ Les théories logiques de Condillac (volume 2)Chapitre 63 sur 74 · CONDILLAC ET DESTUTT DE TRAGY · texte numérisé non relu

CONDILLAC ET DESTUTT DE TRAGY

Ainsi le seul examen des principes de De..tutt de Tracy nous fournit des présomptions très-fortes contre sa théorie de Terreur. Mais examinons les preuves qu'il donne.

Pour démontrer sa thèse, que nos erreurs viennent de rimperfection de nos souvenirs, il lapplique aux faits. II raconte à la manière de Condillac, dans le Traité des sensensations, Thistoire du développement de nos connaissances. Mais cette histoire est purement hypothétique. L auteur en convient lui-même (1), sans s'apercevoir que par cet aveu il compromet d avance la solidité de sa conclusion. Il nous avertit aussi (2) qu'il va réunir toutes les facultés au lieu de les étudier séparément, comme la fait Condillac dans le Traité des sensations. Mais faire ainsi rhistoire hypothétique de nos connaissances et tout mêler de parti pris , n'est-ce pas le moyen de faire dire aux faits tout ce que l'on veut et seulement ce que l'on veut? Et cependant, même après s'être ainsi misa l'aise, Destutt de Tracy nous cite des faits qui se refusent absolument à ses explications, le rêve par exemple (3). Comment admettre, en effet, que l'illusion du rêve, qui consiste à prendre une conception pour une perception, ait pour cause unique l'imperfection de nos souvenirs?

En réalité Destutt de Tracy prouve que beaucoup d'erreurs viennent de l'imperfection des souvenirs ; il montre encore très-bien comment les chances d'erreur augmentent à mesure que nos idées se compliquent davantage. Mais que l'imperfection de nos souvenirs soit la seule cause de l'erreur, c'est ce qui nous parait insoutenable.

Nous avons cru devoir discuter ces théories de la certitude et de l'erreur, pour soumettre à une dernière épreuve les principes logiques de l'école de Condillac. Nous n'avons pas

(I) Logique, p. 243. — (2) Ibid. — (3) Ibid., p. 292-

CONDILLAG ET LAROHIGUIÈRE. 419

les mêmes raisons d examiner la théorie du raisonnement formulée par M. de Tracy. Cette théorie, qui remplace le syllogisme par le sorite, nous semble contestable en plus d*un point. Mais, à tout prendre, elle est originale, intéressante, plus approfondie que celle de Condillac. Elle restera dans la science avec une foule d'excellentes observations et de fines analyses , ou plutôt , pourquoi ne pas dire que tout restera dans l'œuvre d'un esprit vigoureux et sincère, d'un écrivain pur et facile comme M. de Tracy ?

J 3. — Condillac et I^aromiguièrc.

La logique tient une place importante dans les Leçons de philosophie de Laromiguière, L'auteur reproduit, dans ses points fondamentaux, la doctrine de Condillac. Â l'exemple de son devancier, il accorde beaucoup aux mots; il se déclare en faveur du nominalisme dans la question des idées générales; il repousse comme essentiellement vicieuse la forme syllogistiqùe, et il soutient que tout raisonnement est une série de propositions identiques. Il n'admet pas plus que Condillac la définition par le genre et la différence; il attache une grande importance à la défi-' uition de nom, et, parmi les définitions de choses, il vante surtout celle qui se fait par la génération des idées. Ajoutons à cela que Laromiguière s'est fait l'interprète des paradoxes les plus hardis de la Langue des calculs dans un Discours où, sans se prononcer positivement pour les opinions qu'il expose, il les soumet de nouveau à l'appréciation des hommes éclairés.

On voit combien, jusqu'à présent, la ressemblance est grande entre les deux auteurs que nous comparons. Mais celui qui a modifié si profondément la psychologie de Con-

Page 1