PORT-ROYAL ET CONUILLAC
les logiciens de Port-Royal, d'une faute que les amis de la philosophie auront beaucoup de peine à leur pardonner. Voici ce qu'on lit dans Vai^is de la première édition : a La naissance de ce petit ouvi-age est due entièrement au hasardy et plutôt à une espèce de divertissement qu'à un dessein sérieux. Une personne de condition entretenant un jeune seigneur qui, dans un âge peu avancé, faisait paraître beaucoup de solidité et de pénétration d esprit, lui dit qu étant jeune, il avait trouvé un homme qui Tavait rendu en quinze jours capable de répondre sur une partie de la logique. Ce discours donna occasion à une autre personne qui était présente, et qui n'avait pas grande estime pour cette science^ de répondre en riant que, si Monseigneur voulait en prendre la peine , on s'engageait bien à lui apprendre en quatre ou cinq jours tout ce qu'il y avait d'utile dans la logique. Cette proposition faite en l'air ayant servi quelque temps d'entretien , on se résolut d'en
faire l'essai On ne pensait pas y employer plus d'un
jour. Mais quand on voulut s'y appliquer, il vînt on l'esprit tant de réflexions nouvelles, qu'on fut obligé de les écrire
|)our s'en décharger, etc »
Le comte de Maistre, dans ses Soirées de Saint-Pétersbourg, cite un passage presque semblable de la préfiice de V Essai sur V entendement humain de Locke ; puis il s'écrie : « Voilà, il faut l'avouer, un singulier ton de la part • d'un auteur qui va nous parler de l'entendement humain , de la spiritualité de l'âme, de la liberté, de Dieu enfin. Quelles clameurs de la part de nos lourds idéologues , si ces impertinentes platitudes se trouvaient dans une préface de Malebranche (1) ! » On peut répondre au comte de Maistre que , si l'on ne trouve pas cela dans Malebranche,
(i) Soirées de St-Pétersbourj, 6« entretien.