‹ Les théories logiques de Condillac (volume 3)Chapitre 62 sur 71 · CONDILLAC ET LAROMIGUIÈRE · texte numérisé non relu

CONDILLAC ET LAROMIGUIÈRE

(llllac ne peut moins faire que d'apporter quelque changement à sa logique.

Gondillac faisait de la sensation le principe de toutes nos facultés et la source de toutes nos idées. Laromiguièrc s'éloigne de lui sur ces deux points. En ce qui concerne les facultés, il prouve qu'il est impossible de tirer l'attention de la sensation, et, pour les idées, il établit avec non moins de force qu'elles n'ont pas une origine unique.

Or, quel est le procédé de méthode qui le conduit à ce résultat ? Ce n'est pas cette analyse de raisonnement qui a été uniquement préconisée par Gondillac, et qui consiste à remonter à un fait initial dont tous les autres ne sont que les transformations , procédé légitime dans certains cas, mais que l'on ne peut généraliser qu'en partant de cette supposition très-contestable, qu'il y a toujours un fait unique, un éléa:ent générateur d'où dérive tout le reste. Le procédé dont se sert Laromiguièrc est l'analyse descriptive, la seule que l'on puisse appliquer à l'étude des êtres divers, des causes et des natures diverses, parce qu'elle tient compte de la diversité des faits et des caractères.

Non-seulement Laromiguière emploie l'analyse descriptive, mais il a soin d'expliquer en quoi elle consiste et quel en est l'usage. A la vérité, il fait honneur de l'invention à Gondillac. Mais l'exemple qu'il cite ne prouve pas que ce dernier ait eu une idée bien nette de l'emploi et de la légitimité de ce procédé. Nous pouvons donc constater, dans les Leçons de philosophie^ un progrès incontestable par rapport aux écrits logiques de Gondillac, puisque, sans exclure l'analyse de raisonnement, Laromiguière fait une juste part à l'analyse descriptive.

En général, quand Laromiguière emprunte les idées de

CONDILLAC ET LAROMIGCIÈRE. 421

Condillac, il les complote et les élabore, il les développe ou les précise. S'il prend dans le Traité des systèmes la matière de sa première leçon sur la méthode^ il choisit parmi les vues de Condillac, il les condense, il les éclaircit par des exemples. S'il lui emprunte sa doctrine sur l'identité dans le raisonnement, il la creuse et l'approfondit, il lui donne de la consistance, il en montre la portée et résout les objections qu'elle fait naître. Les considérations un peu longues auxquelles se livre Condillac sur les différentes espèces de signes, sont résumées de la manière la plus heureuse dans les préambules si intéressants et si précis des deux discours sur V identité dans le raisonnement et sur la Langue du raisonnement.

Il est des points sur lesquels Laromiguière mitigé et adoucit clondillac. S'il adopte la théorie condillacienne de l'identité, il insiste avec force sur ce qu'il appelle identité partielle. Au lieu de dire qu'une science se réduit à une langue bien faite, il se contente d'avancer, sans trop insister, que les langues sont des méthodes analytiques. Au lieu de sacrifier complètement la synthèse, il n'en parle pas. Il essaie de distinguer la méthode d'invention et celle de doctrine que Condillac avait pris à tâche de confondre. Enfin, il entrevoit la diversité des méthodes suivant les objets, tandis que Condillac n'aperçoit partout qu'une méthode unique.

Non-seulement Laromiguière atténue et corrige les idées de Condillac. Mais lorsqu'il lui arrive à lui-même de formuler, d'une manière absolue, une méthode systématique et exclusive, il la modifie dans l'application. Ainsi, après nous avoir dit, au commencement du cours, qu'une science n'est que la transformation d'un fait primitif, il nous recommande plus loin de ne pas confondre la cause

Page 1