APPLICATION DE LA LOGIQUE A L'ART D'ÉCRIRE
Il est curieux de voir comment Condillac rattache le style figuré au principe de la liaison des idées. Dans un endroit il dît que la liaison des idées reproduit dans le discours nos émotions succeesives (1), ailleurs il dit que le caractère du style vient du sentiment et le sentiment des circonstances, et, de ces observations , il conclut que c'est la liaison des idées qui fait le caractère du style et qui détermine te choix des tours. Mais peut-on comparer le rapport des sentiments aux circonstances et la succession de nos émotions à ce que tout le monde entend par liaison des idées? N'est-ce pas là une de ces similitudes forcées par lesquelles Condillac attribue si souvent à une chose ce qui appartient à une autre?
Quoi de plus systématique et de plus subtil que la manière dont il ramène l'emploi de certaines figures à son prétendu principe? Pourquoi les figures s'appellent-èlles des tours? Parce qu'on tourney pour ainsi dire, autour des pensées, « pour saisir les points de vue par lesquels elles se développent et se lient les unes aux autres (2). » Veuton savoir quel est le but de la périphrase? IjC voici : « le nom montre la chose dans un éloignement où on la reconnaît; mais on l'aperçoit imparfaitement et les détails échappent : la périphrase au contraire la rapproche, et en rend les traits plus distincts et plus sensibles (3). » Mais il faut, pour cela, que l'attribut soit lié avec le sujet de la proposition (4), et quand les périphrases ne contribuent pas à lier les idées ^ il faut se borner à nommer les choses.
Tout cela peut être vrai de la périphrase considérée à un certain point de vue. Mais, quand Bossuet, au lieu de dire les confessionnaux^ dit ces tribunaux de miséricorde
(i) Art d'écrire, p. i3. - (2) Ibid., p. i56. — (:)) Ibid., p. i56. — (4) Ibid., p. 159. — (3) Ibid., p. 161.