‹ Les Théories Sociales de Louis BlancChapitre 151 sur 162 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Influence du socialisme antérieur sur les theories de Louis Blanc. —-— Influence de sa doc-

trine sur le socialisme postérieur.

Bien que Louis Blanc ait toujours répudié toute attache avec le communisme, c’est dans les écrits des auteurs communistes qu'il faut chercher la source de ses théories. La tradition communiste avait été conservée par un disciple de Gracchus- Babeuf, Philippe Buonarotti, qui avait réussi à échapper aux recherches de la police lorsque la conjuralion fut découverte. En 1828, Buonarotti avait publié une histoire de la conjuration de Babeuf. Après la Révolution de 1830, il rentra en France, et il occupa dans le parti révolutionnaire une place à part. Il devint une sorte de patriarche, n’agissant plus, mais exerçant une grande influence morale. Louis Blanc, dans son Zfistoire

de dix ans, le compare aux sages de l’ancienne

Grèce, et il le montre tenant tous les fils de la trame révolutionnaire. Louis Blanc excelle dans l’art de faire les portraits, et celui de Buonarotti est tracé de main de maître. € Né à Pise, dit-il, Buonarotti descendait de Michel-Ange. La gravité de son maintien, l'autorité de sa parole, toujours onctueuse quoique sévère, son visage noblement altéré par l'habitude des méditations et une longue pratique de la vie, son vaste front, son regard plein de pensées, le fier dessin de ses lèvres accoutumées à la prudence, tout le rendait semblable aux sages de l’ancienne Grèce. Il en avait la vertu, la pénétration et la bonté. Son austérité même était d’une douceur infinie. Admirable de sérénité, comme tous les hommes dont la conscience est pure, la mort avait passé près de lui sans l’émouvoir, et l'énergie de son âme s'élevait au-dessus des angoisses de Ia misère... Quant à ses opinions, elles étaient d’origine céleste, puisqu’elles tendaient à ramener parmi les hommes le culte de la fraternité évangélique; mais elles devaient être difficilement comprises dans un siècle abruti par l'excès de la corruption. Car il est des vérités qui, bien que fort simples, sont d’une nature tellement sublime que, pour les embrasser, l'intelligence de la tête ne suffit pas, il faut celle

du cœur, sans laquelle il n’y aura jamais, même

dans les esprits d'élite, que force apparente et trompeuses lueurs... Pauvre et réduit pour vivre à donner quelques leçons de musique, du fond de son obscurité il gouvernait de généreux esprits, faisait mouvoir bien des ressorts cachés, entretenait avec la démocratie du dehors des relations assidues, et, dans la sphère où s’exerçait son ascendant, secondé par Voyer-d’Argenson et Charles Teste, tenait les rènes de la propagande, soit qu'il fallüt accélérer le mouvement ou le ralentir ‘». C'est Buonarotti qui fit pénétrer les doctrines socialistes dans les sociétés secrètes qui étaient très nombreuses à cette époque. Louis Blanc, qui débutait alors dans le journalisme, fut certainement en relations avec lui, et on retrouve dans ses écrits la trace de l'influence du célèbre conspirateur. C’est Buonarotti qui lui inspira cet attachement pour les Jacobins, qui perce d’un bout à l’autre de son Ilistoire de la liévolution, et cette admiration profonde qu'il professe pour le caractère et les doctrines de Robespierre. Et on peut dire que certaines des théories de Louis Blanc remontent, par Buonarotti et Babeuf, jusqu'à Morelly et Mably, les deux plus illustres représentants du com-

munisme au xvixI° siècle.

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