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Conférence du lac Saint-Fargeau, 26 octobre

Louis Blanc n’a pas seulement puisé aux sources socialistes du xvi siècle. Il est encore un écrivain dont il est tributaire dans une large mesure, comme d’ailleurs un grand nombre de socialistes contemporains : c’est Simonde de Sismondi.

Comme le fait remarquer avec raison M. Aftalion”, l'empreinte des théories de Sismondi est profondément marquée dans les œuvres de Louis Blanc, surtout dans l'Organisation du travail. Sismondi avait montré vingt ans avant Louis Blanc, dans ses Nouveaux principes d'Economie politique qui parurent en 1819, les progrès croissants de la grande industrie et de la grande culture, favorisés par le développement du machinisme dont il déplore les effets désastreux. De même Louis Blanc s'inspire de Sismondi dans ses théories sur la population. La disproportion entre le chiffre des naissances dans les quartiers riches et dans les quartiers ouvriers, dit-il, € est un fait général, et M. de Sismondi, dans son ouvrage sur l'Économie politique, l’a très bien expliqué en Pattribuant à Pimpossibilité où les journaliers se trouvent d’espérer et de prévoir” ». Mais l'influence de l’auteur des Nouveaux principes est surtout manifeste dans la critique du régime de concurrence qui forme

1. L'œuvre économique de Simonde de Sismondi. 2. Organisation du travail, p. 71.

le fonds même de la doctrine de Louis Blanc.

Sismondi avait insisté sur le caractère anarchique de la production livrée à elle-même, et sur les crises inévitables provoquées par la surproduction. Il avait montré que ces crises sont le résultat fatal des nouvelles formes de la production, une conséquence nécessaire de la grande industrie et de la concurrence illimitée, et que le désir de réussir amenait un état de lutte permanent dans lequel chaque producteur considérait son voisin comme un ennemi qu'il fallait terrasser à tout prix. Et l’universelle compétition obligeait à produire le plus possible avec le moins de frais possibles ; de là pour les ouvriers une situation critique, car on devait réduire leur salaire au minimum. Et Sismondi, et après lui Villeneuve- Bargemont, son disciple, avaient vu dans l’Angleterre le pays où les mauvais effets de la concurrence s'étaient manifestés avec le plus d'intensité, etils prétendaient que l'exemple suflisait pour faire condamner le système.

Sismondi n'avait pas tiré de ses principes toutes les déductions qu'ils comportaient. Il se bornaïit à proclamer le droit pour l'Etat de modifier les institutions sociales existantes, sans demander ouvertement son intervention. Un deses disciples,

Buret, va beaucoup plus loin, et il réclame ferme-

ment l'intervention des pouvoirs publics en maüère économique. Dans son ouvrage sur € la misère des classes laborieuses », il propose, comme le fait Louis Blanc, la suppression des successions Collatérales. Mais au lieu des associaüons agricoles préconisées par Louis Blanc, il voudrait voir la propriété extrêmement morcelée, et, pour cela, l'Etat vendrait à bas prix les terres qui lui reviendraient à de nombreuses familles de paysans. Enfin son système d'organisation de l’industrie présente avec celui de Louis Blanc beaucoup de ressemblance. Il propose d'élire au suffrage universel pour chaque industrie dans une région déterminée un conseil mixte de patrons et d'ouvriers qui statuerait sur les contestations professionnelles et arrêterait le taux des salaires.

Au-dessus de ces conseils serait établi un conseil cantonal pour toutes les industries de la circonscription. Et au sommet de la hiérarchie, un conseil supérieur de la production nationale donnerait l'impulsion à tout le travail industriel, règlerait, en particulier, la fabrication d’après les besoins du marché”. L’analogie de ce système avec celui de Louis Blanc que nous avons examiné précédemment * est évidente. Il n’est pas douteux que

1. La Misère des classes laborieuses, tome II, p. 430. 2. Cf. supra, chap. 1v.

Louis Blanc a eu connaissance de l'ouvrage de Buret, car il l’invoque à l'appui de ses théories sur la misère des ouvriers. & L'auteur du beau livre sur la misère des classes laborieuses, M. Buret, dit-il, constate comme résultat certain des dernières investigations administratives, qu’en France il y a plus d’un million d'hommes qui soufirent littéralement de la faim, et ne vivent que des miettes tombées de la table des riches” ».

Si Louis Blanc s'est inspiré fréquemment des théories des réformateurs qui l'ont précédé, il n’a pas été sans exercer lui-même une certaine influence sur le socialisme postérieur. Ferdinand Lassalle, notamment, s’est approprié quelquesunes de ses critiques contre l’ordre social actuel et la concurrence. Comme lui, il a insisté sur les crises monétaires et industrielles causées par la surproduction, et il a montré que l'équilibre entre la production et la consommation, bouleversé par l'impossibilité où on se trouve de prévoir exactement les besoins, ne se rétablit qu’au prix de grandes pertes pour les patrons et de chômages désastreux pour les ouvriers.

L'analogie est surtout frappante lorsqu'on exa-

mine les moyens proposés par Lassalle pour re-

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