Organisation du travail, p
médier à cet état de choses. Les risques de perte disparaîtraient, suivant Lassalle, si l’industrie, au lieu de produire au hasard, marchait d’après des plans d'ensemble, pour répondre à des besoins connus. Pour atteindre ce but, il suflirait de créer, avec le concours et sous le contrôle de l'Etat, des associations de travailleurs, qui seraient unies entre elles par les liens d’une étroite solidarité. Il estimait que pour établir le système en Prusse il faudrait cent millions de thalers. Cette somme serait avancée par l'Etat, qui la demanderait luimême à une banque nationale. On établirait d’abord des associations dans les régions les plus favorables, et on les généraliserait peu à peu. Elles formeraient bientôt un réseau. qui engloberait toutes les industries, même l’industrie agricole. Mais l'initiative individuelle est impuissante à réaliser cette réforme, sans le concours du pouvoir. Dans ses Lettres ouvertes (Offenen Antwortschreiben), il résume ainsi ses propositions : « Encore une fois, la libre association individuelle des travailleurs, facilitée par la main secourable de l'Etat, telle est la seule voie pour sortir du désert
qui soit ouverte à la classe ouvrière ‘ ».
1. Noch einmal also, die freie individuelle Association der Arbeiter, aber die freie Association, ermôglicht durch die stüzende und fordernde Hand des Staates, — das ist der einzige Weg aus der Wüste, der dem Arbeiïterstand gegeben ist ».
— 256 — | Il ne faut done pas s'étonner que M. Anton Menger, dans son étude sur « le droit au produit intégral du travail dans son développement historique’ », classe dans un même paragraphe Louis Blanc et Lassalle. Ils représentent d’après lui la même forme de socialisme, ce qu'il appelle le socialisme d’association (Gruppensocialismus). Il existe cependant une différence profonde entre les deux auteurs. Dans l'esprit de Louis Blanc, la transformation sociale qu'il propose devrait s'étendre à l'humanité tout entière. Il voudrait voir l'avènement de la fraternité dans une république universelle formée par la fédération de tous les travailleurs. Lassalle au contraire est national et Allemand. Il veut appliquer son système dans un seul Etat, et cet Etat, c’est l'Allemagne unifiée, telle qu'elle a été constituée plus tard après les campagnes de 1866 et de 1870. Il partage l'opinion des physiocrates, et il pense que les réformes économiques et sociales sont plus faciles à réaliser dans un empire que dans une république. C’est le socialisme césarien tel que l'avait conçu Louis-Napoléon pendant sa détention au fort de Ham, et tel que le rêvait, dit-on, Bismarck.
1. Das Recht auf den vollen Arbeitsertrag in geschichtlicher Darstellung, 2° édition, Stuttgart, 1891.