CONCLUSION
La conception de Louis Blanc à eu un moment de popularité immense. Dès que les barricades furent démolies, on vit les ouvriers faire des manifestations pacifiques, en portant des bannières où on pouvait lire ces inscriptions : € Organisation du Travail » et € Organisation du Travail par l'Association ». On était alors convaincu que l'application de cette formule allait révolutionner la production et supprimer la misère. Mais ce beau jour n'eut pas de lendemain et vingt-deux ans d’exil firent expier durement à Louis Blanc son triomphe éphémère. Louis Blanc exerçca sur la foule un ascendant énorme. Il le dut en partie à son talent oratoire, à la force entraînante de sa parole, mais aussi et surtout au caractère de sa doctrine. Pailleron a pu dire avec raison : € L'ob-
jectif de justice absolue en était à la fois la séduc-
tion et le danger‘ ». Il s’adressait en effet moins aux esprits qu'aux cœurs, et c’est pour cela qu'il produisait sur la foule une impression profonde.
Louis Blanc avait conçu un beau rêve, celui d’un état social meilleur où le règne de la fraternité serait assuré par la liberté, à l'exclusion de toute contrainte. Malheureusement ce n’est bien là qu'un rêve. Sans doute, nous ne sommes pas habitués à l'empire de la justice, qui n’a jamais existé sur la terre. Jamais on n’a pu se rendre compte de ce quise produirait dans un ordre social où tout le monde ferait son devoir. Cependant on ne voit guère la possibilité d’une société où les besoins ne seraient contenus que par la modération de chacun, où le sentiment du devoir serait l’unique règle de conduite. Louis Blanc part d’une conception beaucoup trop optimiste de la nature humaine. L'égoïsme domine chez les hommes plus souvent que le sentiment de la fraternité. Et il semble bien que ce soit une chimère de croire que l'intérêt collectif pourra jamais remplacer l'intérêt personnel comme mobile des actes humains.
Mais il ne faut pas oublier que Louis Blanc a
contribué à encourager les associations ouvrières.