Histoire de la Révolution, livre XIIT, chap. rv
D RE demande, C’est un mal qui ne devrait pas exister, car cette théorie est inconciliable avec «le bienêtre général, les droits légitimes du travail et la justice ». La concurrence qui produit de tels résultats ne tient pas compte de la liberté de l'individu qui est un droit naturel, et elle fait dépendre le sort de l’ouvrier de circonstances tout à fait indépendantes de sa volonté. Il n’est pas au pouvoir de l’ouvrier d'empêcher augmentation du chiffre de la population ou de provoquer l'accroissement du capital national.
Ce résultat est inévitable dans tout pays soumis au régime de la concurrence. Il ne s’en suit pas qu'il soit fatal et qu’un autre régime ne puisse le faire disparaître. L'erreur des économistes est d’avoir érigé en principe ce qui n'est qu'un fait, et un fait inhérent à une organisation sociale mauvaise, mais susceptible d'amélioration. La liberté absolue des transactions vient aggraver les vices de ce système ; le « laissez faire » crée entre les producteurs un état de lutte, où chacun cherche à supplanter son semblable. Obligé de vendre le meilleur marché possible, le producteur devra réaliser des économies par tous les moyens, et la concurrence qui s'établit entre ouvriers lui permettra de réduire le salaire. Et ainsi, & c’est sur
le travailleur que pèse d’un poids écrasant le fait
ee que les économistes avaient si pompeusement érigé en principe‘ ».
La conclusion est facile, c’est celle qu'avait proclamée Adam Smith : en tout genre de travail, le taux du salaire tend à s’abaisser à la somme indispensable à l’ouvrier pour vivre et pour élever sa famille. C’est le salaire naturel et suffisant dont Ricardo donnera la définition suivante : (Le prix naturel du travail est celui qui fournit aux ouvriers, en général, les moyens de subsister et de perpétuer leur espèce sans accroissement ni diminution ». Il faudrait, disait Adam Smith, que l’ouvrier puisse élever au moins quatre enfants, car il en meurt la moitié avant l’âge viril. Malheureusement les ouvriers ignorent pour la plupart ces sages conseils des économistes, et, même s'ils les connaissaient, il est probable qu'ils ne s’y conformeraient guère. L’ouvrier qui vit au jour le jour, dit Louis Blanc, manque de cette prévoyance qui permet aux classes bourgeoises de s'offrir à leur gré le luxe des enfants, eton ne peut espérer qu'il perpétuera l'espèce « sans accroissement ni diminution ». La population augmente beaucoup plus vite dans les classes pauvres que chez les riches.
D'après des chiffres empruntés à la «Statistique