Organisation du travail, p
SEC OUEES
l'exactitude de ses chiffres. On pourrañ peut-être lui reprocher de n'avoir pas suffisamment vérifié les sources de ses renseignements et de s'être laissé induire en erreur. Mais cette critique même ne parait pas fondée, car ses chiffres concordent à peu près avec les statistiques fournies par d’autres auteurs”.
En présence d’un pareil résultat, on ne peut qu'approuver la critique acerbe que fait Louis Blanc du système de la concurrence illimitée, cause de tout le mal. Il faut reconnaître qu'il est impossible à un ouvrier, qui a une femme et plusieurs enfants, de vivre convenablement avec deux, trois et même quatre francs par jour, surtout si on considère que la morte saison vient souvent réduire ce salaire du tiers et même du quart, comme pour les ouvriers du bâtiment qui ne travaillent que huit mois par an.
Mais les craintes de Louis Blanc relatives à la baisse continue des salaires étaient chimériques. Les conclusions des économistes classiques se sont trouvées sur ce point en contradiction avec les faits. Loin de diminuer depuis un siècle, les salaires ont obéi à un mouvement de hausse inin-
terrompu. Cette hausse était déjà sensible au mo-
4. Cf. notamment : Em. Chevalier. Les salaires au xix°siècle.
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ment où écrivait Louis Blanc, et elle n’a fait que s’accentuer de 1850 à 1890. D’après M. Emile Chevalier , dans l’industrie agricole, de 1850 à 1885, les salaires ont augmenté de 100 0/0. Dans la petite industrie, de 1853 à 1881, ils ont augmenté de 48 0/0 à Paris et de 63 0/0 dans les chefslieux de département. Dans l’industrie du bâtiment, à Paris, les salaires ont doublé depuis un demi-siècle. À Fourmies, pour l’industrie de la laine, de 18/44 à 1882, la hausse atteint le chiffre de 133 0/0; dans les tissages de Dornach, de 1832 à 1885, elle est de 107 0/0; au Val d’Orbey, de 1850 à 1880, elle est de 38 0/0. Il est vrai que, depuis 1890, on constate un ralentissement général de la progression, ce qui tendrait à établir que le salaire actuel se rapproche du salaire maximum. Dans certaines industries, notamment l’industrie de la laine, on constate une baisse sensible.
Les socialistes prétendent il est vrai que cette hausse n’est qu'apparente, et qu'elle correspond à une augmentation équivalente sinon plus forte des objets nécessaires à la vie. Cette objection est en partie fondée. Il est certain que les objets de consommation sont plus chers qu'ils n'étaient en
1850, mais leur prix a augmenté, toute proportion
1 Op. cit:
RUE gardée, beaucoup moins que celui de la maind'œuvre.
Les prévisions des économistes, malgré leur apparente rigueur scientifique, ont donc été inexactes. C’est qu'ils n'avaient pas vu toutes les causes qui exercent leur influence sur la détermination du salaire. La théorie du fonds des salaires n’a plus aujourd'hui qu’un intérêt historique, et la célèbre loi d’airain qui en découle, et dont le nom sonore n'a pas peu contribué à la renommée de Lassalle, est abandonnée dans les écrits socialistes sérieux. Le rapport entre l'offre de travail et le nombre des ouvriers cherchant un emploi a une bien faible part dans la fixation du chiffre de la rémunération, sauf cependant pour les travaux qui doivent s'accomplir à une époque déterminée, les travaux agricoles par exemple. La productivité du travail de louvrier a aujourd'hui une grande importance, surtout dans le travail à la tâche et dans le système de la participation aux bénéfices. En outre, l'abondance des capitaux a produit une baisse du taux de lintérêt et une partie de la part attribuée au capitaliste a pu accroitre à celle de l’ouvrier. Mais ce dernier résultat ne s’est pas produit sans lutte. Il a fallu pour qu'il se réalise que l’ouvrier ait une force économique
et sociale suffisante pour disputer cette part à l’en-
RE trepreneur. Cette force, il l’a conquise avec l’aide du suffrage universel, par le droit de coalition et le droit de grève. Et on peut dire qu'aujourd'hui la formule de Louis Blanc se trouve renversée, et c'est le patron qui est à la merci des ouvriers. Dans Ia grande industrie, le chômage a pour le patron des conséquences très graves. Il a engagé un capital souvent énorme, qui ne produit que par le travail des ouvriers. Le chômage forcé peut le mettre dans l'impossibilité de tenir ses engagements et l’exposer ainsi à perdre sa clientèle. Aussi, le patron, sous le coup d’une menace de grève, fera souvent des concessions qu'il aurait refusées en temps ordinaire.
Si le salaire des hommes s’est accru, on ne peut en dire autant de celui des femmes, et ilest "le plus souvent impossible à une femme qui n’a d’autres ressources que son salaire, de vivre honnêtement. Aujourd'hui encore, comme en 1840, la fille du pauvre, quand louvrage vient à manquer, n’a plus à choisir qu'entre la prostitution et la faim'.» M. Emile Chevalier constate cette insuffisance et il reconnaît que le salaire des femmes est moins élevé que celui des hommes.
« Payées à l'heure ou en conscience, dit-il, elles