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Mais l'Amérique est un pays neuf où on a vu se constituer en peu de temps des fortunes colossales. La vie économique y est intense. C’est là où se sont développées ces coalitions de patrons connues sous le nom de kartels. Il ne faut donc pas s'étonner si ces énormes richesses échafaudées en un Jour disparaissent de même, semblables à ces insectes ailés qui ne viennent au monde que pour mourir. Dans le vieux monde, les chutes sont beaucoup moins nombreuses et aussi moins terribles. D’après le dénombrement de 1892, on comptait encore dans l'agriculture 54 1/2 pour cent de patrons, dans l’industrie 22 1/2 pour cent pour les manufactures et 14 pour cent pour les transports, dans le commerce 50 1/2 pour cent, La réduction du nombre des patrons à un chiffre infime n'apparaît donc que comme très lointaine, si lointaine qu'il semble inutile de s’y arrêter.
Les associations de capitaux, qui étaient prohibées sous la monarchie de Juillet, sont autorisées et réglementées depuis 1867. La loi de 1893 leur a même donné un essor nouveau en abaissant à 25 francs le chiffre minimum des actions. On a vu ainsi se constituer des sociétés anonymes dont le capital, qui s'élève quelquefois à plusieurs millions, est réparti en un grand nombre de mains.
Les capitaux y ont trouvé des placements rému-
ne ne nérateurs, l'épargne a été encouragée. On a remarqué notamment que, parmi les détenteurs des obligations des chemins de fer, beaucoup n'en possédaient que quelques-unes. Aïnsi, sous la grande industrie, il y a bien souvent le petit capital. Il est vrai que la direction des sociétés appartient aux actionnaires, et, d'ordinaire, la majorité des actions est aux mains de gros financiers. C’est à eux que revient la plus grosse part des bénéfices, car les porteurs d'obligations ne reçoivent qu'un intérêt fixe.
Et quand on demande aux économistes de l’école de Say quels sont les avantages du régime de concurrence, dit Louis Blanc, ils vous répondent d’un mot: « le bon marché ». Le bon marché, c’est l’arme dont se sert le producteur aisé pour écraser son rival. &« Le bon marché, c’est l’'exécuteur des hautes œuvres du monopole ; c’est la pompe aspirante de la petite et de Ia moyenne industrie, du moyen commerce, de la moyenne propriété: c'est, en un mot, l’anéantissement de la bourgeoisie au profit de quelques oligarques industriels ! ».
Le bon marché, en lui même, ne doit certes pas
être maudit, mais il n’est qu'un trompe-l'œil.