CHAPITRE IV
L'organisation du travail. — Les ateliers sociaux. — La répartition. — Louis Blanc et les
socialistes de son époque.
La critique de l’organisation sociale actuelle est un point commun à toutes les doctrines socialistes. Le but du socialisme est la transformation de la société, et pour justifier les réformes il faut établir que l’ordre social est mauvais. Tous les socialistes s'accordent à proclamer que notre système économique et social est mauvais, mais ils diffèrent sur l’organisation future de la société idéale. Nous avons vu qu'au xvi° siècle, la plupart des réformateurs ne croient pas à la réalisation possible de leurs idées ; ils se bornent à la critique, ils veulent détruire sans savoir s'ils pourront reconstruire. Notre siècle est plus pratique, mais c’est ici le cas d'appliquer l’adage Tot capita, quot
census, autant de publicistes, autant de systèmes.
nes D'ordinaire chacun tient à sa conception, et cette rivalité n’est pas le moindre des obstacles qui s'opposent à l'avènement du socialisme. C’est elle qui a empêché toute réforme d'aboutir en 1848, et les socialistes de l’époque n’ont pas eu de pire adversaire que Proudhon. Souvent, aux querelles de parti, vient s'ajouter l'animosité personnelle. Barbès craignant le triomphe de Blanqui fit échouer la manifestation du 15 Mai. C’est la rivalité entre Karl Marx et Bakounine qui provoqua en 1872 la dissolution de l'Association internationale des Travailleurs.
Le système de Louis Blanc est très simple.
Proudhon, partisan de la liberté complète de l’individu et anarchiste, se servait de l'Etat pour établir le crédit gratuit : de même, Louis Blanc, qui se vante d’avoir prêté contre l’ordre social fondé sur la concurrence le serment d’Annibal', se sert de la concurrence pour transformer l’organisation économique, pour substituer à l’antagonisme des intérêts l’association universelle. Dans toute industrie capitale, dit-il, on fonderait à l’aide de ressources fournies par l'Etat à titre d’avances un
atelier social qui, dans cette branche d'industrie
1. Discours à la Commission du Luxembourg : Moniteur du 7 avril 1848.