‹ Les Théories Sociales de Louis BlancChapitre 71 sur 162 · Louis Blanc. Le nouveau monde industriel · texte numérisé non relu

Louis Blanc. Le nouveau monde industriel

plus, mais le prêt à intérêt existe encore, et il est encore le ver rongeur de la petite propriété rurale. Le paysan aime la tèrre avec passion. Son unique ambition est d’arrondir son champ, et si une propriété voisine vient à se vendre, il la paiera, s’il le faut, le double de sa valeur, sauf à emprunter l’argent nécessaire s’il ne le possède pas. Il paiera ainsi un intérêt plus élevé que le revenu de la terre, et ses dettes iront sans cesse en augmentant, jusqu’au jour où il sera exproprié à la poursuite de ses créanciers. L’impôt est également une lourde charge pour l’agriculture, et jamais les protestations n’ont été plus ardentes qu’à l'heure actuelle. Des propriétaires aisés en sont venus à laisser saisir leurs biens à la requête de l'Etat pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur ce point. La question de l'impôt est certainement celle qui touche le plus les cultivateurs, et, aux élections législatives, on les voit voter avec enthousiasme pour les candidats qui leur promettent la réduction des charges fiscales, sans même se demander si cette réduction est possible.

Une autre cause de souffrance pour l’agriculture, c’est la dépopulation des campagnes provenant en grande partie de l’émigration des populations rurales vers les villes. & L'industrie fait la

concurrence à l’agriculture ». Les bras manquent

pour cultiver la terre, et les propriétaires, menacés de voir les ouvriers les quitter pour aller travailler dans les fabriques, doivent élever très haut le taux des salaires pour les retenir. Ce n’est pas assez que «les grandes villes soient les foyers de l'extrême misère, 1l faut encore que la population des campagnes soit invinciblement attirée vers ces foyers qui doivent la dévorer ». Et Louis Blanc accuse les chemins de fer, instruments de progrès, de favoriser cet exode”. La population des villes augmente en effet dans des proportions exagérées, et son accroissement nouveau est constaté à chaque recensement quinquennal. Cependant le chiffre des naissances reste stationnaire et il s’équilibre à peu près avec le nombre des décès. On ne peut donc attribuer cette augmentation qu'à l’afflux des ruraux vers les villes, que vient favoriser la commodité des moyens de transport. Mais l’agriculture ne souffre pourtant pas du défaut d'ouvriers autant que beaucoup le prétendent. L’émigration se produit surtout dans les pays pauvres, où la population est en excès, et où le sol n’est pas suffisamment fertile. C’est à elle qu'il faut attribuer la prospérité de certaines

régions. Dans la Creuse et le Limousin, par exem-

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