‹ Les Théories Sociales de Louis BlancChapitre 87 sur 162 · Hist. de la Révolution, t. I, p · texte numérisé non relu

Hist. de la Révolution, t. I, p

différents, les effets de la surabondance ne sont pas moins désastreux que ceux du manque de monnaie. On pourrait d’ailleurs retirer de la circulation toute la monnaie existante, et le gouvernement règlerait l'émission des billets suivant les besoins du commerce.

On ne voit guère la possibilité de supprimer complètement la monnaie dans notre civilisation. On peut cependant concevoir un état social sans monnaie, et c’est là l’idéal rêvé par certains socialistes, notamment par les collectivistes. Sous le régime collectiviste, tout le monde travaillera et la rémunération consistera en bons de travail qu'on pourra échanger contre les objets nécessaires aux besoins. Rien ne s'oppose d’ailleurs à ce qu'on prenne pour commune mesure le franc comme on le fait aujourd'hui.

Pour Louis Blanc, la suppression de la monnaie métallique ne peut être que le complément d’une transformation générale de la société. Turgot et les économistes de son école, dit-il, ont posé en principe que la monnaie doit être elle-même une marchandise. Et Turgot a émis sous forme d’axiome la proposition suivante : € Une monnaie de pure convention est chose impossible. » Il avait

1. Cf. Ch. Gide. — Principes d'Economie politique, 5° édition, p.272,

raison, dit Louis Blanc, eu égard à l’ordre social qu'il avait en vue, Qordre social fondé sur l’individualisme, sur la haine et le désarmement du principe d'autorité, sur l’universel antagonisme des intérêts, c’est-à-dire sur un perpétuel et inévitable système de défiance‘. Avec le régime de concurrence, la monnaie de papier ne peut être qu'un expédient, appelé à rendre des services dans certaines circonstances critiques. Il en a été ainsi des assignats qui ont été «la monnaie de la Révolution, la vraie monnaie républicaine * ». Ce qui convient à un régime semblable, c’est une monnaie marquée au coin de la défiance, qui, par sa valeur intrinsèque, assure à son détenteur la possession de la richesse. Il en serait tout autrement dans une société basée sur la solidarité des intérêts et la convergence des efforts. Le crédit personnel, celui qui repose sur la valeur d’un homme, remplacerait le crédit {matériel », celui qui a besoin d’être garanti par une chose. Ce qui conviendrait à une telle société, (ce serait la monnaie des promesses qu’on tient et auxquelles on croit, ce serait la monnaie de l'association, la monnaie dé-

mocratique par excellence, le papier * ».

1. Histoire de la Révolution, tome I, p. 239. 2..Lbid. tome XII p.197:

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