Ibid., tome IV, p
Le papier-monnaie est encore inférieur au métal en ce qu'il est par nature essentiellement national. Il ire sa valeur de la loi et du crédit de l'Etat qui l’a émis. Or l'autorité des lois d’un pays ne dépasse pas la frontière. La nation qui adopte le système du papier-monnaie doit donc renoncer au commerce extérieur, pour lequel la monnaie métallique est indispensable. Si elle agit autrement, et si elle veut, par exemple, conserver à la fois la monnaie et le papier, elle marche à sa ruine. En vertu de la loi de Gresham, elle verra bientôt son numéraire disparaître et émigrer à l'étranger. La monnaie fait prime et les prix s'élèvent. C’est ce qui eut lieu pour les assignats. Pendant la Révolution, on à pu dire avec raison que la France était comme une ville assiégée. Toutes les relations avec l'extérieur étaient rompues. La thésaurisation seule pouvait faire disparaitre l’or et l'argent, et les effets de cette disparition étaient atténués par la mesure révolutionnaire du maximum qui empêchait les prix de s'élever au-dessus d’un certain chitffre. Mais dès que le maximum fut aboli, et que la défoite des souverains eut amené la reprise du commerce avec l'étranger, l’assignat perdit sa valeur. Le gage qui le garantissait, bien qu'il füt réel, n'avait pas grande utilité parce qu’il n’était
pas exigible à vue. Aussi l'acheteur se vit obligé
de donner une valeur décuple pour la même quantüité de marchandises. L’assignat n’était qu'une mesure révolutionnaire qui ne pouvait survivre aux causes qui l'avaient fait naître’.
En ce qui concerne le commerce extérieur, ce qu'il appelle «le problème des douanes », Louis Blanc commence par donner un bref aperçu des systèmes en présence. D'un côté, dit-il, ceux qui pensent que l'État doit intervenir pour protéger l’industrie nationale au moyen de droits d'entrée établis sur les produits étrangers. De l’autre ceux qui pensent que les importations et les exportations doivent être absolument libres. Les prohibitions ont à leurs yeux le tort d'encourager certaines industries qui ne sont pas nées viables, etelles servent les intérêts d’un petit nombre d'individus au détriment de la masse des consommateurs.
D'ailleurs nous ne pouvons espérer vendre nos produits à l'étranger si nous n'acceptons pas sur nos marchés les produits des autres nations. Un troisième système, qui paraît d’abord assez puéril, dit qu'il faut maintenir le protectionnisme toutes les fois qu'il est utile, et y renoncer dans le cas
contraire *.