CUM DEO
APHORISMUM HIPPOCRATIS
Quinquagesimum quintum sectionis quintæ ,
A. D. D. Decano
Salubeninæ medicorum Facultatis propositum ,
Meditata oratione exponet Robertus Fjllio.v, Reraus Majoris ordinis baccalaureus,
In Antonianis medicorum Remensium scholis.
Die Mercurii 18* Junii, horâ décima matutinà
PRO licentiatu.
ADESTE VIRI RECENSES ET FAVETE.
(I) Cet intervalle n’était observé que pour les docteurs du grand ordinaire; pour ceux du petit ordinaire, il n’était que de trois mois. Quant aux étrangers, ils étaient dispensés de la plupart des épreuves, y compris les thèses.' P
Ces divers actes sont toujours précédés du versement des trois cents livres et du cadeau de luminaire.
Les mois suivants sont employés à des examens de pratique.
Puis le Doyen conduit le candidat chez le Chancelier, qui lui donne la bénédiction de licence; il lui octroie alors le diplôme de Licencié, qui lui donne le droit de lire les ouvrages de médecine, de les interpréter et de pratiquer ubiqiœ terrarum. (Voyez Appendice , IV.)
Bientôt après, le surlendemain souvent, le licencié reçoit le bounct de Docteur après avoir soutenu la thèse générale (1).
La discussion des thèses avait lieu tantôt le matin à huit, à sept, et même à six heures, tantôt l’après-midi, à deux heures.
Outre les docteurs, les licenciés et les bacheliers, des personnages de marque venaient souvent assister à l'argumentation. Quand une thèse intéressait spécialement la ville de Reims, des exemplaires en étaient d’avance distribués à profusion ; le candidat en offrait lui-même aux membres du Conseil de ville; au jour lixé, les salles de la rue de l’Ecole de Médecine étaient trop étroites pour contenir la foule des Rémois qui venaient applaudir les périodes sonores et les boutades parfois piquantes des orateurs (2).
(t) Fragments d’un manuscrit de Raussin, à la Bibliothèque de Reims.
(2) J’ai retrouvé un grand nombre de feuilles d’argumentation ; après une appréciation générale du travail présenté, le professeur
et bacheliers s’entendaient quelquefois d’avance pour préparer leurs demandes et leurs réponses.
Mais c’était pour le dernier acte surtout que la solervnilé était complète.
Le récipiendaire offrait pour la circonstance :
Au Doyen et au Président une paire de gants de peau blancs, deux pains de sucre de moyenne grosseur, duœ sacchari metœ mediœ , et trois livres de bougies;
Aux autres Docteurs, une paire de gants, un pain de sucre et le luminaire ;
Aux femmes de ceux-ci, une paire de gants blancs.
La veille du grand jour, il distribuait une invitation imprimée. Voici celle qui convie à la réception de II. Gaqué :
POST EMENSUM
Hand infeliciter Artis Appollineæ Stadium Laurea doctorali coronabitur Joannes-Baptista-Petrus-Henricus Gaqué,
Remus,
Saluberrimæ Facultatis Licentiatus,
In Antonianis medicorum remensium scholis, die Lunœ 27* novembris 1775, horà décima matutinâ Adeste viri Reme.nses et favete.
Ex typis Jeunehomme, Regis et facultatis medieinæ Typographi.
Le lendemain, le Licencié soutenait, selon le mode ordinaire, la thèse générale, qui, à de très rares exceptions près, avait pour sujet :
An quinque medieinæ partes medico necessariœ ?
Comme il était difficile que chaque candidat exécutât sur ce thème des variations nouvelles, on décida, pour éviter des plagiats plus ou moins dissimulés, qu’il se
contenterait de faire réimprimer et de discuter la dissertation que P. Josnct avait écrite sur ce sujet en 1727 (1).
Après cette épreuve, le président admonestait le récipiendaire, lui traçait dans un tableau éloquent les devoirs qui allaient lui incomber, puis lui faisait jurer fidélité à Dieu, à l’Église et à la Faculté :
JüRAMENTA ÜOCTORANDI MAJORIS ORDIMS.
Primo. Juro quod Deo optimo maximo gloriam et honorem totà vità exhibebo, illique soli serviam.
Secundo. Juro quodEcclesiæ Romanæ, sanctissimisque ejus canonibus, rejectà omni hæresi, adhœrebo et obtemperabo.
Tertio. Juro quod honorem, reverentiam et obedientiam Domino Domino Decano Facultatis nostræ, et omnibus Preceptoribus qui me artemmedendi docuerunt, tanquàm Parentibus, dûm in vivis ero, exhibebo.
Quarto. Juro quod ea quæ a nostrâ Facultate décréta fuerint et ægrorum arcana continebo.
Quinto. Juro quod medicamen quod abortum faciat, non exhibebo, neque exhibendi consilium dabo.
Sexto. Juro quod si Pauperes meà opéra et consilio egeant, operam et consilium hàc in re præstabo gratis.
. Ce serment, que le candidat prononçait la main étendue sur la croix, rappelle celui d’Ilippocrate. Comme lui il demande le respect des maîtres à l’égal des parents, et exige le secret professionnel. Sa solennité ne ressemblait en rien, en tout cas, au comique grotesque du Malade imaginaire.
Le président remettait ensuite au récipiendaire les insignes de sa nouvelle dignité : le bonnet symbolique,
(1) Les cinq parties fondamentales étaient : la Physiologie, la Pathologie, la Séméiotique, l’Hygiène et la Thérapeutique.
l’anneau d’or, la ceinture, les livres ouverts et fermés (1).
Alors le nouveau docteur montait dans la chaire et prononçait Yoratio gratulatoria; c’était à la fois un acte de reconnaissance et de remerciements envers ses maîtres et une promesse de rester digne du titre dont on venait de l’honorer.
Les épithètes laudatives sortaient à flots de sa bouche reconnaissante.
Ainsi, II. Gaqué, le 27 novembre 1775, après avoir fait un éloge de la médecine, invoqué Dieu le père, Jésus- Christ, le Saint Esprit, la Vierge et saint Luc, s’adresse aux dignitaires de l'Université et à ses maîtres :
Rector amplissime (M. Léa)... Dignissime Cancellarie (M. Rondeau)... Carissime Prœses, sapientissime Magister (Le Camus)... Vigilantissime Dccane (Raussin)... Ex
Decane meritissime (Fillion) Amentissinie Collega (Lai-
gnier)... Eruditissime Baccalauree (Navier)...
L’orateur semble avoir voulu épuiser la liste des superlatifs les plus flatteurs.
La cérémonie se terminait le soir par un gai festin, in splendido lœ toque convivio , qui réunissait maîtres et élèves.
Enfin, pour compléter la fête, il n’était pas rare d’entendre réciter des vers composés pour la circonstance. Selon que l’auteur en était le récipiendaire ou un de ses amis, ils .exprimaient sa gratitude envers la docte Faculté ou chantaient les louanges du nouveau Docteur.
Quelques-uns de ces Panégyriques sont parvenus jusqu’à nous.
(1) Ce cérémonial est longuement décrit dans La. Frauboisière, Œuvres, éd. Paris, in-folio, 1631, p. 1031, et Maldan, Discours prononcé à la rentrée de l’École préparatoire de médecine et de pharmacie de Reims, le 12 novembre 1837. Reims in-8°.