SUJETS DES THÈSES
A. Les cinq paragraphes. — Thèses originales et thèses copiées.
Nous connaissons maintenant dans leur partie matérielle les Qaœstiones jnedicæ de la Faculté de Médecine
de Reims.
Nous allons en étudier 1 esprit et chercher à donner de la vie à ces squelettes.
Disons de suite que cette vie n’y est pas très active. Gêné par les règles de renseignement scholastique, forcé de se servir d’une langue qui se plie mal aux descriptions scientifiques exactes, le candidat laisse rarement percer une idée originale; il n’ose émettre que celles qui ont déjà reçu la sanction de l’expérience ou qu’il peut appuyer d’un nom vénéré : Hippocrate, Galien ou Fernel.
Aujourd’hui, un étudiant qui prépare sa dernière épreuve de doctorat met un certain amour-propre à choisir un sujet sinon complètement original, qui prête du moins à des considérations nouvelles et intéressantes ; il recueille dans la mine inépuisable des hôpitaux des observations inédites. Sa thèse peut être médiocre, elle est rarement absolument mauvaise ; parfois elle constitue une véritable monographie qui prend un rang honorable dans la littérature médicale
Au xvii0 et au xvme siècles, rien de semblable.
Le bachelier ne fréquente pas l’hôpital ; il apprend la médecine dans ses livres classiques et aux cours non moins classiques de ses maîtres. La thèse n’est pas un travail pratique, ce n’est que matière à discussion. Tout ce qu’on exige du candidat, c’est de l’écrire dans un , latin suffisamment correct et de ne pas s’écarter des règles de la logique.
Aussi, chaque dissertation est-elle invariablement divisée en cinq paragraphes.
Le premier expose le sujet et établit la majeure; le second en est le développement. Dans le troisième apparaît la mineure, discutée dans le- quatrième. Le cinquième répond aux objections prévues et se termine par la conclusion, qui, il faut bien l’avouer, ne ressort pas toujours bien clairement des prémices.
On voit la conséquence, de cette façon de raisonner. S’agit-il de discuter l’opportunité d’un médicament dans telle ou telle maladie ? Au lieu de s’appuyer sur des faits bien observés, l’auteur décrit d’abord l’affection, puis le médicament, et conclut de la nature de celle-là à l’efficacité de celui-ci.
Il est permis de se demander comment se trouvait le malade de l’application de ce syllogisme.
Quelques rares thèses font exception dans la seconde moitié du xviii0 siècle, alors que, sous l’influence des cliniciens, les théories et les systèmes commençaient à s’effacer devant la saine observation des malades.
Mais avant d’aller plus loin dans cette analyse, il faut établir une importante division.
Sur nos deux mille thèses rémoises, c’est à peine si l’on peut en compter trois cents d’originales.
Parmi ces dernières, bon nombre ont pour auteur le président. Celui-ci, en effet, ne se contentait pas toujours d’indiquer le sujet du travail au candidat, il l’écrivait souvent tout entier. Ces dissertations appartiennent surtout à l’époque des placards.
D’autres sont l’œuvre de l’étudiant, qui alors fait suivre son nom de la mention : « Theseos autor ».
Mais le plus souvent, ni le président ni le bachelier ne se donnent la peine de l’invention. Ils choisissent une thèse déjà soutenue à Reims ou à Paris et la font réimprimer sans autre changement que celui de la date et des noms du récipiendaire et des examinateurs. Quand le candidat est tout à fait honnête, il indique en note l’auteur du travail ; mais il oublie souvent cette mention ; quelquefois même il est encore moins scrupuleux, et il s’attribue effrontément la paternité d’une œuvre dont il n’est que le copiste. J’inscris ici, pour les flétrir, les noms de trois de ces plagiaires que j’ai pu découvrir : Rebillé de Granmaison (1761), Carrié (1781), Redemeÿer (1781) (1).
(1) Le* choses allaient encore moins bien à la Faculté Je droit. En octobre 1701, le chancelier Lamoignon écrivait à M. de la Chateigneraye, intendant de Champagne : « On dit que les leçons
Comment se reconnaître clans ces diverses catégories de thèses et restituer à Reims ce qui lui appartient en propre?
M. Maldan écrit dans le deuxième volume du Catalogue des imprimés de la Bibliothèque de Reims (p. 263):
« A l’aide d’un critérium certain , nous avons rétabli la liste indicative de près de deux cent cinquante thèses rémoises. »
Notre savant confrère a oublié de nous transmettre son fil d’Ariane; mais nous l’avons retrouvé: c’est un exemplaire du Catalogue des Thèses de Paris , de Th. Baron, sur lequel Raussin a inscrit, à leur date de soutenance, celles de Reims qui lui paraissaient originales. Il s’est trompé quelquefois et a fait quelques omissions que nous essaierons de réparer.
Nous considérerons comme spéciales à notre Faculté les thèses dont l’auteur est nettement désigné, ou celles que, par tradition, nous savons lui appartenir.
C’est d’elles seulement que nous nous occuperons désormais : on nous permettra d’insister spécialement sur celles qui offrent un intérêt plus local.
ordinaires n’y sont pas exactement faites, que les étudiants n’y
assistent pas il se trouve des étrangers qui répondent pour les
absents Les thèses consistent dans une feuille imprimée sans
date qui sert à plusieurs ; souvent même il est des candidats qui
n’en soutiennent pas. ( Archives de la Marne , G. 323, Intendance.
— Inventaire sommaire , 1884, p. xn.)
B. — Thèses de physiologie. — Quœslioneserolico medic.r. — Pathologie et thérapeutique : Saignée; fièvre intermittente ; fièvre pourprée; variole; hygiène de l’enfance.
Nos confrères île l’ancienne Faculté aimaient assez les sujets bizarres ou frivoles, et en parcourant les titres des thèses, on en trouve bon nombre qu’on ne s’attendait guère à y voir figurer : -
1664. La musique convient-elle aux mélancoliques ?
1664. Doit-on user , en hiver, d'aliments plus chauds?
1667. Le médecin peut-il quérir les maladies causées par les maléfices ?
1667. Les célibataires jouissent-ils d'une vie plus lonque ? 1673. Les yeux montrent-ils l'homme tout entier ?
1675. La chaleur naturelle est-elle la dispensatrice de la vie ? 1680. La poudre de vipère convient-elle dans la rowqeole et dans la variole?
1684. L'homme l'emporte-t-il à tous les points de vue sur les animaux?
1688. Les épileptiques doivent-ils garder le célibat ?
1691. Est-il juste de dire: telle nourrice, tel enfant ?
1699. La médecine est-elle un art long et difficile?
Desv candidats, après discussion, découvrent que le> gens gais sont d’une meilleure constitution (1677), que les mélancoliques sont plus prudents (1684), que les personnes maigres ont plus d esprit que les obèses ( 1 683) , et que ceux qui pleurent facilement en ont bien peu
Le 21 janvier 1665, Pierre Hainssant fait soutenir une
thèse pour rassurer les Rémois, qu avait fort effraie» um*
comète parue le mois précédent. Il y établit que l’astre errant n’est le présage d’aucune calamité.
Hâtons-nous de dire que la Faculté s’occupait de sujets plus sérieux et qu’elle ne resta pas étrangère aux grandes découvertes médicales du xvn" siècle.
On laissait, il est vrai, de côté certaines parties de la médecine ou des sciences qui s’y rattachent. Ainsi notre École, qui a eu la gloire de donner le bonnet doctoral à Daubenton et à de Jussieu, n’a discuté qu’une thèse de botanique, celle d’Apoix sur la classification des plantes. De même, en anatomie, nous ne pouvons guère citer qu’une dissertation de Fagucr sur l'oblitération du trou de Botal. ,
En revanche, la physiologie est largement représentée; elle formait, en effet, le sujet de la thèse de baccalauréat ou quodlibélaire.
Dès 16G3, Lapile fait défendre par Lallemand l’immortelle découverte de Harvey et décrit avec exactitude la circulation du sang : il y avait quelque mérite à la faire,* puisque, la même année, on prétendait encore, à la Faculté de Paris, que « le mouvement circulaire du sang est impossible (1) ». Dix ans après, Lasson, sous la présidence de Rainssant, déclare que cette découverte a été l’une des plus profitables pour la médecine. Les voies lymphatiques étaient bien décrites quelques années plus tard par Delalain (1087).
On discute aussi dans les Écoles Antoniennes sur les mouvements du cœur, sur ceux du cerveau, sur la nutrition du fœtus, sur les humeurs, la bile en particulier, qui tiennent une si large place dans la physiologie d’alors.
(1) Est ne sanguinis mAus circularis impossibilis ? A (T. Paris, CG î, Uardoin île Saint-Jacques, Prés. ; Fr. Bazin, Bac.
Puis vient toute la série des dissertations consacrées à l’élude, si obscure au moyen âge, de la fonction qui préside à la perpétuité de l’espèce.
Baron, le doyen bibliophile de la Faculté de Paris, avait rassemblé un assez grand nombre de thèses de Paris, Reims, Caen, et en avait formé un recueil en trois volumes sous le titre : Theses evotico-inedicœ ,omnes vel [estions, vel amœnioris argwnenti et elegantion sttlo conscriptœ. (BB. de la Faculté de médecine de Paris.)
11 serait facile de composer une collection analogue de dissertations exclusivement rémoises, dont quelques-unes sont tout à fait singulières :
An philtris amor conciliari possit ? 1650.
An formosior fecundior ? 1673.
An congressus Dœmonis irritus? 1675.
An chlorosi matrimonium ? 1682.
An venus salubris? 1688.
An fœtus ab utroque semine? 1696.
An fœcunditati officit adeps ? 1698.
' • An amor pulsu significari possit ? 1698.
An ad connubium in masculis media œtas? 1762.
An jttniorîbus connubium ? 1763.
An sanitati matrimonium? 1764.
La pathologie et la thérapeutique constituent le thème de la thèse de licence ou cardinale.
Là encore, il est facile de constater la prédilection de nos ancêtres pour quelques sujets, et leur éloignement pour d’autres branches de l’art de guérir.
Ainsi la chirurgie était négligée systématiquement a
la Faculté.
Jusqu’à la refonte totale que la Révolution imposa aux anciennes corporations, la médecine et la ehiiuigit.
furent séparées complètement dans l'enseignement ol dans la pratique , et trop souvent en luttes ouvertes pour leurs privilèges. On dédaignait dans les Écoles de médecine tout ce qui était opération manuelle et l’on y confondait volontiers les maîtres chirurgiens avec les vulgaires barbiers; on en faisait, avec les apothicaires et les sages-femmes, les bas serviteurs de la médecine ; on les considérait comme les aides des docteurs auxquels ils devaient hommage et respect.
A Reims cependant, l’un des professeurs de la Faculté, Pierre Josnet, qui joignait à une connaissance profonde de son art un bon sens remarquable et une érudition exceptionnelle, comprit ce que cette dichotomie avait d artificielle et de préjudiciable; il essaya d’y remédier dans la mesure de ses forces, et ne dédaignant pas d’étudier la pathologie externe, il écrivit ou inspira plusieurs thèses chirurgicales dont on trouvera les titres dans notre liste.
Mais la plupart de ses confrères aimaient mieux suivre les anciens errements et discuter quelque question générale qui mit en relief les qualités de l'argumentateur plutôt que les connaissances du savant et du praticien : on défend dans les thèses de Reims le système du sohdtsmc de Baglivi, on disserte longuement sur les jours critiques ; l'arthritisme, la goutte, la chlorose, la phtisie, 1 épilepsie ont le privilège d’intéresser tout • particulièrement la Faculté.
La saignée y est admise dans toute sa rigueur ; elle est bonne dans 1 angine, la pleurésie, le choléra, la dysenterie, la variole et beaucoup d’autres maladies ; en 1695, Jurion discute une proposition soutenue quelques années auparavant à Paris : c’est à tort, conclut-il, que l’on accuse les médecins d’user trop largement de la phlebo-
lomie. La saignée n’était-elle pas alors « l'épée de chevet de la médecine »? Josnet lui-même saigna seize cents fois une femme en l’espace de dix-sept ans î II faut arriver jusqu’au milieu du xvmc siècle pour voir commencer la réaction. Le Camus, en 1751, s’élève contre l’habitude qu’ont un grand nombre de personnes, d’ailleurs bien portantes, de se faire saigner, uniquement par précaution.
Quelquefois, cependant, la Faculté ne craint pas d’aller contre les idées généralement reçues. Ainsi, dès 1691, elle prône l’antimoine, à condition qu’il soit administré par une main habile et prudente; la thèse de Culoteau, qui porte cette date et qui est un véritable plaidoyer en faveur de ce médicament, nous apprend que, pour développer ses propriétés purgatives et émétiques, on le donnait alors en infusion dans du vin de Reims.
A côté de l’antimoine, l’École de Reims admet le mercure et le regarde comme le meilleur remède des maladies vénériennes (1655) ; elle va jusqu’à soutenir que les médicaments minéraux valent mieux que les autres, et qu’un médecin doit.se livrera l’étude de la chimie (1688-1695).
Heureusement, Guv Patin était mort.
Lui qui écrivait encore en 1650 que la chimie a fait plus de mal que de bien et que l’antimoine a tué plus de monde que le roi de Suède en Allemagne, n’eut pas manqué de lancer à nos Confrères rémois d alors, les Pescheur, les Lelils, les Lapile, quelques-unes des épithètes qui émaillent ses lettres à l’adresse de Yalot, de
Guénault, de Rainssant, et autres nia uc, sauf fleurs, venteurs , menteurs e Parmi les thèses de pathologie,
médecins antiniol charlatans.
nous signalerons
comme particulièrement importantes les monographies de Corncsse sur la Dysenterie, de Cousin sur X U y dro thorax, de Godait sur la Mélancholic , de Faguer sur la Rage. »
La variole fait l'objet de plusieurs travaux (Bernard, 1733; Macquart, 1742; Debaty, 1772). C’était alors un des fléaux les plus redoutables et les plus redoutés, et la terrible maladie causait à elle seule plus d’un dixième des décès.
Avant la découverte de Jenner, ce que l’on pouvait lui opposer de plus efficace, c’était 1 inoculation.
C’est un médecin issu de la Faculté de Reims, François-Ignace Goetz, d’origine alsacienne, qui eut l’honneur, en 1774, de la pratiquer sur Mm0 Élisabeth, sœur de Louis XVI, et sur la princesse de Piémont. Quelques années plus tard, J.-L. Cabany déclarait, dans les Écoles Antoniennes, que la variole inoculée est moins grave que la spontanée.
Malgré ce travail, malgré l’appui de II. Caqué, malgré ^ 1 exemple donne par 1 archevêque, APr de Tallcvrand- Périgord,l inoculation était peu acceptée à Reims. Noël, alors chirurgien en chef de notre Hôtel-Dieu, qui avait eu l occasion d inoculer beaucoup en Amérique, publia en 1789, pour ses compatriotes spécialement, un Traité historique et pratique . de l'inoculation. (Reims, Jeunehomme, 1789, in-8°.)
Mais dix ans plus tard la vaccine était découverte. -
A Paris, un comité se formait pour sa propagation ; il avait pour secrétaire et principal agent un Rémois, II. -M. Husson ; à Reims, le comité local comptait deux chirurgiens, J. llusson et Duquenelle, et trois médecins,
docteurs-régents de la défunte Faculté, actif de tous, Navier et Démanché (1).
plus
Une autre maladie qui a sévi à Reims au xvir siècle avec une grande intensité est la fièvre pourprée ou typhus des camps.
Bidet nous apprend qu’elle y fut apportée au commencement de 1691 par des prisonniers de la bataille de Fie u ru s. Elle s’étendit rapidement et fit mourir environ le quart des habitants. Le 19 février, Culoteau, sous la présidence de Peschcur, étudiait cette maladie nouvelle à Reims, et, cherchant les médicaments à lui opposer,
donnait la préférence à l’antimoine; il lui attribue les propriétés multiples d enlever la saburre des humeurs, de rendre au sang sa fluidité, aux nerfs leur vigueur, et de dissoudre les coagulations ; il a le bon esprit de proscrire la saignée dans une maladie ou la dépression des forces est si marquée. L’épidémie ne fit qu’augmenter jusqu’en 1695, ainsi que nous 1 apprend une autre thèse sur le même sujet due à la plume de Nicolas de Mailly (n° 131). . '
Notons encore la place que tiennent les fièvres intermittentes dans la pathologie du xvne siècle. Lenglet en fait le sujet d’une thèse cathédralitiennc soutenue en 1645 et rendue cinq ou six fois depuis par différents candidats. En 1681, P. Rainssant répond par l’affirmative à cette question; U écorce du Pérou est-elle le remede des fièvres intermittentes? Cette écorce bienfaisante, c’était
(I) Voyez - : Conférence sur la raccine faite a l’Hôtel de Mlle de Reims, le 17 mars IS65 , par le Dr Malda.n ; Reims, Lagarde, 186;;,
in-8°.
le quinquina, dont deux ans auparavant Louis XIV avait acheté le secret à l'Anglais Talbot.
Ainsi, l impaludisme régnait autrefois à Heinis. Il y lit en 18iG, lors du creusement du canal, une nouvelle et sérieuse apparition, puisque l’on compta alors- plus de huit cents malades.
Aujourd’hui encore, bien que la malaria ne soit plus endémique dans notre ville, le terrain est resté imprégné de ses miasmes, et, toutes les fois que des travaux d’édilité remuent à quelque profondeur le vieux sol rémois, les médecins constatent des cas isolés de fièvre intermittente : ce sont les témoins et les descendants atténués de cette terrible fièvre quarte qu’observaient nos ancêtres.
Quelques rares auteurs s’occupent de l’hygiène de l’enfance.
Fillion proscrit les langes et les corsets, qu’il accuse de produire des déviations rachitiques.
Laignier essaye de prouver que l’allaitement n’est pas seulement excellent pour les enfants, mais qu’il conserve encore à la mère et sa santé et sa beauté.
Un futur conventionnel, Lanthenas, consacre sa thèse inaugurale à l’influence de l’éducation morale et physique de l’enfant sur sa santé ultérieure.
Enfin, par une coïncidence bizarre, un homme qui devait jouer un triste rôle dans les Ardennes pendant la période révolutionnaire, Jean Crin, s’intéresse aussi aux enfants; il montre combien leur sont utiles les bains froids. En lisant ce travail, on ne pourrait penser que son auteur, devenu le fougueux émule de Mogue, mériterait d’être condamné à mort par le tribunal criminel des Ardennes (21 messidor au III
C* — Topographie hêmoise : L air, l;i Veste, les eaux minérale?
Nous arrivons à îles sujets qui nous touchent de plus près.
Ce sont d’abord des travaux de topographie médicale.
Boullon (1748) fait une étude des fièvres qui régnent à Abbeville ; La Rue de Mathon ( 1784) cherche la cause des maladies épidémiques qui aftligent le bourg de Pazayac; Naudot (1777) prône les eaux minérales de Provins contre les affections chroniques; Brice-Jean écrit sur le traitement des fièvres intermittentes qui apparaissent chaque année à Sedan (1693).
Puis voici des thèses tout à fait rémoises.
Déjà nous avons cité celle de Mailly sur la salubrité de Y air de Reims, qui lui valut un présent du Conseil de Ville.
Le même sujet fut repris près d’un siècle après par Hédouin :
An remensis aer salubris ? 11 mai 1736, 7 pages (1).
L’auteur, -enfant de Reims, y chante l'heureuse situation de sa ville natale ; il la loue de n’èlre point entourée de montagnes et d’être balayée de tous côtés par les vents qui renouvellent son air ; la Vesle y apporte ses flots d’eau pure ; elle est entourée de superbes promenades, de véritables champs élyséens que Paris lui envie; dans les prairies qui bordent la Vesle, les jeux et les ris se donnent rendez-vous; la campagne fertile
(1) Cette thèse est attribuée à tort à Kausau par Géruzez (II, p. ooO).
produit d’abondantes moissons, d’excellents légumes, et, à quelques pas, on récolte ce vin délicieux, accusé bien à tort de produire la goutte et les Calculs : habitant in poculis nostris deliciœ , non insidiœ. Dans une ville aussi favorisée, les maladies sont rares ; ce qui le prouve, c’est que pour près de cinquante mille habitants il suffit de six ou sept médecins (1).
Dans sa dissertation sur la Rivière de Vesle (7 juillet 1748), U. iSinnin n’est guère moins dithyrambique.
Après avoir rappelé l’analyse, faite par Geoffroy, des eaux de la rivière, il félicite les Rémois de posséder une eau pure et saine grâce aux libéralités de l’abbé Godinot. Reims devient une ville privilégiée, riionneur et l’ornement de la Champagne.
A la discussion de cette thèse assistaient le corps de ville et un grand nombre de personnes de considération : « Tous les docteurs, argumentant selon l’usage, firent chacun un petit discours préliminaire à la louange de la ville et de son bienfaiteur. M. Josnet, entre autres, en fit un qui fut fort goûté, et qu’il finit en disant que la honte de notre siècle était de couloir profaner une sépulture qui devait être honorée par les roses et par les lys. Tout le monde applaudit à l’exception de quatre jésuites, qui sortirent dans un morne silence (2). »
Dans le même ordre d’idées, nous signalerons encore la thèse de A. -J. -S. Le Brun :
~An potissimum ab acpiis putealibus bronchocèle (10 mars 1759).
(1) Il y en avait alors sept : I». Josnet, H. Macquart, Th. Larbre, L.-J. Kaussin, H. Ninnin, P. Josnet fils, D. Le Camus.
(2) Nouvelles ecclésiastiques du 4 décembre 1749 et Almanach annuaire de la Marne, de l'Aisne et des Ardennes, 1879, p. 59.
On y voit que les goitres étaient alors fréquents à Reims; l’auteur les attribue à l’ingestion de l’eau de puits, et il en profite pour louer à son tour Jean Godinot, qu’il appelle : iste rjenerosus Nestor.
Les eaux minérales qui sourdentencore surle territoire de Reims ou des villages voisins ont appelé plus d’une fois l’attention de la docte Faculté.
Un de ses docteurs, Robert Fillion, décrivit, de concert avec l’apothicaire Cl. -Fr. -Gourdin, la fontaine do Fléchambault ou de la rue des Moulins (1).
Quelques années plus tard, la Faculté fit démontrer par un de ses élèves, Joseph Raussin, le second fils de ce Raussin dont nous avons souvent cité les recherches, que les eaux minérales de Reims doivent être administrées dans les maladies chroniques, et particulièrement dans les affections de l’estomac et du tube digestif.
L’auteur conseille aux malades d’aller à jeun les boire le matin, au lever du soleil. On en absorbera cinq ou six verres à une demi-heure d intervalle; entre temps, les buveurs s’étendront sous les ormeaux, se promèneront sur l’herbe douce de la prairie ou à 1 ombre fraîche des saules. Qui croirait aujourd’hui que cette description pastorale a pour cadre un coin de Reims, le faubourg de
Fléchambault ? ••
Raussin donne encore quelques bons conseils . Fuyez, dit-il, la danse et les festins, et tout ce qui trouble la tranquillité des sens, surtout Bacchus et \ énus.
(1) Examen chimique de Veau de la fontaine dite de rue des Moulins , fait par le sieur François Gourdin, marchand apothicaire , suivi de l Observations sur les vertus des eaux et la manière de les prendre, par M. Robert Fillion, D. M. R. (Reims, Jeunehomme, 1772;,
in-12, 21 p.
Puis il ajoute, plaidant pro domosuà: ne vous liez pas au dire des ignorants ou aux prescriptions de quelque manuel de santé, mais consultez un médecin prudent.
Voici la traduction de sa péroraison enthousiaste :
« O Reims, ville fortunée ! Phœbus, Cérès, Bacchus, Diane, Pan, Pomone, Mercure et la Yesle, unis dans un concert fraternel, te comblent de leurs largesses. Et vous, Rémois, estimez-vous heureux ! Vous avez dans vos murs une riche fontaine, plus efficace encore que celles des pays voisins, à qui vous pouvez demander la conservation ou le rétablissement de votre santé ! Je me félicite moi-même d’avoir reçu de la très salubre Faculté un sujet de thèse qui pouvait vous être aussi utile, alors que, suivant les traces de mes ancêtres et de mon père, je me consacre à la médecine et me voue tout entier au salut de mes concitoyens. Puissé-je avoir accompli cette tâche aussi bien que le permettaient mes forces ! C’est avec confiance que j’arrive à la conclusion de mon travail : ' -
Les eaux minérales de Reims doivent être données dans les
maladies chroniques. »
La source ferrugiueuse de Clienay jouit de plus de renommée encore que celle de la rue des Moulins.
Nicolas Abraham de la Framboisière, l’un des professeurs les plus illustres de l’ancienne Faculté, la décrit dès l’année 1606.
Il reconnaît que la fontaine du Mont d'Or, près de Saint-Thierry, est ferrugineuse « et aussi bitumeuse et sulphurée », son eau est dessicative, restraintive, confovtative , atténuative , diurétique, appé-ritivc, dé ter si ce, résolutive et pénétra lire. /
« Au demeurant, conclut-il, ce que je prise kq plus
— ir> —
dans cette eau, c’pst que (tant parle peu de séjour qu'elle fait au corps, qu’à cause des esprits chauds sulphureux, bitumeux et vitriolcux nieslez parmy) elle n’offense aucunement la chaleur naturelle, au contraire, elle la conforte (l). »
Deux sonnets de Nicolas Bergier accompagnent la description.
En 1697, un autre professeur, Nicolas de Mailly, réédite et complète sous le titre de Traité (les eaux minérales de Chenay, la très courte notice de La Lramboisière (2).
Il avait examiné les eaux et avait fait contrôler son analyse parle chimiste Lemery, qui y trouva surtout du soufre et un peu de vitriol (sulfate de fer). D après Mailly, elles sont utiles dans les obstructions du poumon, la phtisie commençante, les maladies de 1 abdomen, les fièvres intermittentes, les dartres et les autres maladies de la peau. Il pense que 1 on pourrait emplov ei a\e< succès leurs boues contre les douleurs rhumatismales.
On buvait alors ces eaux soit sur place, à Chenay, soit à Reims, où l’on en apportait tous les matins. Les malades en absorbaient jusque douze liv res par jour , soit
quatre pots, mesure de Reims.
Ils devaient suivre un régime que Mailly ne fait pas
trop sévère.
En bon Rémois, il recommande les poires de Rousselet, le biscuit et le massepain, le vin blanc ou clairet.
(t) La description de la fontaine du Mont d*Or se trouve dans les différentes éditions des œuvres complètes de N.-Abr. de la Framboisière. Elle a été rééditée en plaquette par Biiissart-Binet
(Reims, 1853, petit in- 12).
(2) Reims, VMulteau, 1007, in-12, 140 p.
Il faut éviter la colère, se couçher tôt, garder le célibat, puis, « rendre grûce à Dieu qui a créé les médicaments et établi les médecins pour secourir les malades en leurs nécessités ». '