‹ Les Thromboses LeucémiquesChapitre 16 sur 19 · ÉTUDE ANATOMIQUE ET PATHOGÉNIE · texte numérisé non relu

ÉTUDE ANATOMIQUE ET PATHOGÉNIE

Sans reprendre le détail des constatations macroscopiques et histologiques des observations ci-dessus, disons qu’au point de vue anatomique, il faut, avec MM. Ménétrier et Aubertin distinguer deux ordres de lésions : des stases leucocytiques et des thromboses véritables.

[. — LES STASES LEUCOCYTIQUES sont signalées par la plupart des histologistes sur les coupes des différents viscères, aussi bien dans la leucémie humaine que dans les leucémies animales (Warthin, Ellermann et Bang).

À l'examen macroscopique, on voit les vaisseaux remplis de masses compactes, sortant par la pression comme de gros vers blancs; ces masses d'un gris jaunâtre sont très molles et friables.

‘A l'examen microscopique, les vaisseaux apparaissent distendus par des masses leucocytiques cohérentes, où les cel- ‘lules se touchent, pressées et tassées les unes contre les autres et semblent au premier abord immobilisées. Les éléments non dégénérés ont conservé toutes leurs propriétés colorantes et paraissent en somme fixés encore vivants.

Il. — LES THROMBOSES VÉRITABLES formées par la coagulation pendant la vie, se distinguent facilement des thrombo-phlébites ordinaires et des simples stases.

À l'examen macroscopique le thrombus est plus cohérent que dans le cas précédent ; il peut former des cylindres longs de 10, 12 et même 18 cm. La surface du thrombus est brunâtre, et souvent il s’y accole un caillot cruorique mou qu’on enlève facilement sous un filet d'eau.

Le diamètre est variable ;: dans notre observation les thromboses sans obstruer complètement les veines dépassaient facilement un cm. de diamètre; nous avons indiqué ci-dessus les dimensions véritablement exceptionnelles du caillot qui occupait le ventricule gauche.

Dans notre cas, et c'est pourquoi il a pu rester cliniquement latent, les caillots n’adhéraient en aucun point aux parois veineuses, et permettaient une circulation réelle entre eux et les parois. Dans d’autres cas, le caillot adhérait à la tunique interne, mais sans qu'il y ait endophlébite.

À la section des thromboses, on est frappé par la teinte blanc jaunâtre, vieil ivoire de leur surface et par l'aspect homogène de la coupe.

A l'examen microscopique, ces thromboses sont remarquables par le petit nombre de globules rouges renfermés dans le caillot. Les cellules sont formées de leucocytes, parmi lesquels les myélocytes volumineux sont très nombreux et semblent être en plus grande proportion que dans le sang circulant; on a l'impression que leurs grandes dimensions ont favorisé leur agglomération primitive. Ces cellules sont souvent dégénérées, fragmentées, se colorant mal, surtout les myélocytes. Un caractère différentiel très important avec les simples stases leucocytiques est la présence de fibrine dont les fines fibrilles apparaissent entre les cellules. La pré-

sence de cé véritable réseau fibrineux montre que le sang était immobilisé, incapable de circuler, et indique bien qu'il ne s'agit pas là de phénomènes agoniques.

Au point de vue des localisations, nous serons très brefs. Les stases leucocytiques s’observent partout au cours des autopsies : dans les veines des membres, dans les veines cérébrales (Ménétrier et Aubertin), dans les petits vaisseaux viscéraux.

Les thromboses véritables qui occupaient tous les gros vaisseaux dans notre première observation, sont d'ordinaire bien plus localisées, de préférence aux veines des membres inférieurs, du cordon; et avec une fréquence toute particulière elles s'observent au niveau des corps caverneux.

Au point de vue pathogénique, la distinction anatomique reste primordiale.

. Les stases leucocytiques, par leur fréquence, semblent des lésions banales, au cours de la leucémie myéloide. « Il est probable que l'apparence relativement solide de leurs amas est un effet cadavérique de la condensation du sang par diffusion du sérum en dehors des parois vasculaires; mais que pendant la vie cette masse cellulaire encore pâteuse et demiliquide était capable d’un mouvement de circulation plus ou moins ralenti ». Ceci explique qu'on peut observer ces stases non seulement dans les veines, mais aussi au niveau des artères. Pour illustrer ce mécanisme, rappelons que Waterhouse a observé un cas de synovite par accumulation leucocytique dans les bourses séreuses péri-articulaires du genou au cours d’une leucémie myéloide. |

Ces stases leucocytiques peuvent être un singulier embarras pour la circulation et peuvent en partie nous expliquer

l'insuffisance fonctionnelle aiguë ou chronique de certains organes : du cœur (syncope terminale), des poumons (dyspnée et asphyxie) et même des centres nerveux.

Les thromboses vraies apparaissent au contraire comme des complications plus particulières: se formant pendant la vie, elles relèvent vraisemblablement d'une origine infectieuse, et il est intéressant de rappeler que dans l'’observation I le streptocoque a été mis en évidence dans l’hémothorax et dans l’hématome de la paroi thoracique, que dans l'observation III les thromboses fémorales se sont produites au cours d'une pneumonie, Cependant il s’agit là d'une infection atténuée, évoluant lentement et qui ne suffirait pas à provoquer une véritable thrombose s1 la stase leucocytique ne favorisait ce processus. Dans aucun cas, on n’a encore trouvé de microbe sur les coupes des thrombus.

Accessoirement il convient de signaler le rôle de l’augmentation des plaquettes sanguines, commune dans la leucémie, et surtout il faut noter que dans tous les cas, les thromboses sont survenues chez des malades sujets à des hémorragies internes (hématomes, pleurésie hémorragique) ou externes (épistaxis, stomatorragies). Or M. P.-E. Weil a signalé la fréquence des thromboses dans les états hémorragiques chroniques; il invoque une dystrophie endothélio-plasmatique qu'il serait intéressant d'étudier désormais au cours des leucémies. Pour le moment, nous ne pouvons que poser le problème.

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