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CHAPITRE V

LE PRIAPISME LEUCÉMIQUE

Le priapisme est une érection qui ne s'accompagne ni de désirs sexuels ni de sensations voluptueuses:; souvent même il est douloureux et il n’est jamais suivi d'éjaculation. Le priapisme prolongé est souvent d origine leucémique. En 1911, relevant 138 cas de priapisme persistant, Scheuer en trouvait 36 imputables à la leucémie myéloide. À ces 36 cas, nous pouvons ajouter deux cas antérieurs non mentionnés par Scheuer, et dus à Widal (1000), à Triboulet et Decloux (1901), puis celui de Ruh que nous avons rapporté ci-dessus les 3 cas de Warthin, le cas tout récent de Théobald.

Nous avons eu connaissance d'un cas inédit qui fut observé en 1922 à l'hôpital Pasteur, ce qui porte à 44 le nombre d'observations connues de priapisme leucémique.

Rarement précédé d'attaques de priapisme passager, je priapisme leucémique s'installe brusquement, soit spontanément la nuit, soit à la suite d'un coit.

À Ja période d'état la verge s'applique sur l'abdomen, le gland arrivant près de l’ombilic; quelquefois il y a incurvation latérale.

D'ordinaire le priapisme est localisé aux corps caverneux

qui sont d'une dureté de fer. Le gland et le corps spongieux sont quelquefois augmentés de volume, mais ils restent mous et flaccides. On sent à travers le gland la pointe indurée des corps caverneux; par le périnée on ‘palpe it gonflée et dure des corps caverneux.

Dans le cas d’Adams toute la verge était prise. Le fourreau de la verge est souvent normal, quelquefois œdématié et rosé; en général le prépuce est complètement rétracté et découvre le gland.

Les douleurs ordinaires dans les autres formes de priapisme manquent souvent dans les cas de leucémie. La miction est difficile, Souvent cette érection s'accompagne d'insomnie, d’agitation et quand elle se prolonge, elle affecte profondément le moral du malade.

Le moment d'apparition et l'évolution sont très variables. Ce priapisme peut apparaître comme signe précurseur de la leucémie (Mathias, Ward, Triboulet et Decloux) ou bien au cours d’une leucémie déjà reconnue.

La guérison peut survenir en quelques jours.

Plus souvent le priapisme se prolonge durant des semaines, quelquefois des mois. Dans les trois cas de Warthin, la durée respective fut de 4 mois, 4 semaines et 7 mois; chaque fois le priapisme persista non seulement jusqu’à la moft, mais encore « post mortem ».

Au point de vue anatomique, nous trouvons des discordances. Dans les cas opérés, Vorster, Halliot et Vardin n'ont pas trouvé de thromboses des corps caverneux.

Mais dans les 3 cas de Warthin, dans celui de Ruh, on a trouvé dans les corps caverneux des masses dues à l’agglutination des cellules blanches, spécialement des myélocvtes ;

il s’agit nettement d’une thrombose molle et friable, avec un peu de fibrine. Ces constatations sont particulièrement importantes pour expliquer le mécanisme de cette complication de la leucémie.

En effet, les auteurs ont invoqué trois processus :

Origine nerveuse ;

Hématome compresseur des voies de retour du sang veineux ;

Thrombose des corps caverneux.

La théorie nerveuse est absolument incapable d'expliquer les cas où le priapisme persista après la mort; cependant il n'est pas impossible que dans quelques faits, une origine sympathique soit admissible. Le cas de Kunst est particulièrement intéressant à ce point de vue; le port d'un bandage soutenant la rate hypertrophiée a diminué la douleur et a

fait disparaître complètement le priapisme: il était naturel d'invoquer une compression du sympathique par la rate ptosée. Toutefois on ne trouve pas dans la littérature un seul cas mentionnant des lésions anatomiques du système sympathique ou médullaire.

Terrier et Dujarier en 1007 inclinaient pour la théorie de l'hématome compresseur des voies de retbur; cependant ils admettent comme possible que la thrombose se limite aux veines efférentes des corps caverneux.

Pour notre part, avec Della Favera, Warthin, Ruh, nous inclinons vers l’origine veineuse, en faveur de laquelle plaident les cas de thromboses veineuses que nous avons rap. portés. Cependant, nous admettons une pathogénie un peu variable selon les formes :

Dans les cas passagers, il nous semble logique d’incri-

TR en 7 ù miner une simple accumulation leucocytaire par stase en cette région où la circulation est normalement ralentie. Dans ces faits, une excitation du sympathique par uñe grosse rate pourrait provoquer des troubles vaso moteurs et agir comme cause adjuvante.

Dans les cas persistants, nous invoquons un thrombus avec une organisation fibrineuse qui enserre et agglomère les leucocytes; cette opinion cadre parfaitement avec les constatations nécropsiques de Warthin, de Ruh, et semble très satisfaisante si l’on songe à l'énorme augmentation des leucocytes, à l'augmentation également constante des plaquettes, au nombre des cellules dégénérées, à la facile agglutination des masses de leucocytes dans le courant sanguin. Elle offre enfin l'avantage d'expliquer facilement la prédominance constante de l'érection aux corps caverneux, dont les lacunes sont plus lâches que celles du corps spongieux et du gland (Della Favera).

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