‹ Les timbres-poste suisses, 1843-1862Chapitre 2 sur 184 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

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ces derniers caractères, quelle est l'étendue du pouvoir royal dans un pays. Pour les monarchies constitutionnelles, on trouve habituellement sur les timbres la reproduction des traits du roi ou de la reine, comme en Angleterre, en Belgique, en Espagne, tandis que, chez les nations qui ont conservé le régime du pouvoir absolu ou sont restées plus profondément attachées aux institutions monarchiques, on répugne à soumettre l’auguste effigie du souverain aux maculations de la poste, comme on le voit en Russie et dans les différents États d'Allemagne. C'est pour celte même raison que l’ancien roi de Naples ne permit de reproduire son portrait sur les timbres qu’à la condition d'employer une oblitération qui respectait ses traits (1).

La géographie, au mème titre que l'histoire, est inlimement liée à l’étude des timbres qui vous force à acquérir sur ce point bien des connaissances qu'on négligerait sans cela. Les plus petits pays ont leur place marquée dans l’album du collectionneur, et il y a certaines colonies, certaines républiques minuscules, dont on ignorerait la situation, et peut-être même le nom, si l’on ne voyait point passer sous ses yeux les timbres qu’elles ont émis.

Il ne suffit pas, d’ailleurs, au collectionneur de timbres de savoir la situation géographique des différentes nations, il lui faut encore se familiariser avec leurs institutions et leur langue, connaître leur mode de numération, apprendre le système de leurs monnaies et de leurs poids et mesures.

Pour les pays qui font usage des idiomes de l'Europe, la lecture et l'intelligence des légendes inscrites sur les timbres n’offrent pas grande difficulté; mais il n’en va plus de mème

(1) Voir dans le Timbre-poste, année 1866, ne 40, p. 27 et 98, un article intitulé Les Timbres-poste au Sénat francais.

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lorsqu'on arrive aux régions orientales. L’alphabet à lui seul demande une sérieuse étude, et l’on est en droit de considérer comme de véritables savants ceux pour qui les timbres de lAsie n’ont plus de secrets.

Histoire, géographie, linguistique, ce n’est pas là tout le bagage scientifique du timbrophile. Il faut y joindre le blason, guide nécessaire pour s'orienter dans cette multitude de figures héraldiques qui composent les armoiries dont les timbres sont fréquemment couverts. Il faut y ajouter également des notions techniques sur les matières premières qui servent à la fabrication des timbres et sur la façon dont elles sont mises en œuvre. Le collectionneur est obligé, en effet, de se garder avec soin des contrefaçons qu’on sème sous ses pas, el il ne peut y réussir qu’en se rendant un compte exact des éléments constitutifs des vrais timbres.

L'examen du dessin et des légendes ne suffit pas pour cela : il lui faut apprendre encore à connaître les divers papiers employés dans le commerce, les filigranes qui y sont parfois marqués, la nature de la colle placée au revers, la fabrication des encres, la composition chimique des couleurs. Il doit enfin savoir distinguer les divers modes de gravure et d'impression.

Il saura, par exemple, qu'avec la gravure en taille-douce, où les traits du dessin sont tracés en creux dans une planche de métal par le burin ou par l’eau-forte, l'encre qu'on a fait pénétrer en ces cavités se dépose en relief sur le papier, grâce à la forte pression imprimée à ce papier au moyen d’un rouleau; et il ne confondra pas le résullat ainsi obtenu avec celui de la gravure en relief ou d'épargne. Dans celle-ci, en effet, les parties de la planche quiportent le dessin

ont été seules « épargnées », sont restées seules en relief; ce

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sont elles qui sont chargées de l'encre grasse et qui la transportent sur le papier, tandis que tout le reste de la planche est évidé, d’où il résulte que, par suite de la pression, les parties du papier destinées à rester blanches pénètrent dans ces creux et forment au revers une sorte de gaufrure.

Enfin, il reconnaîtra les effets de limpression lithographique où, le sujet étant dessiné sur une pierre spéciale avec un crayon ou une encre lithographique et fixé à l’aide d’un acide, sans qu'il y ait aucun relief, l’image se reproduit sur le papier, tout en lui laissant l’aspect lisse qui résulte de la pression entre les surfaces planes de la pierre et du

rouleau.

Les timbres variant avec les divers pays, leur histoire doit forcément se composer d’une série de monographies consacrées à chaque nalion.

Les textes officiels qui se rapportent aux émissions effectuées par un gouvernement et qui constituent, pour ainsi parler, l’état civil de chaque timbre; la description détaillée du sujet avec sa légende; les renseignements relatifs aux artistes chargés de créer les différents types; le mode de fabrication choisi pour reproduire ces types; le papier sur lequel les timbres ont été imprimés; les couleurs qu’on leur a données : telles sont les principales divisions du plan qu’on peut tracer pour une pareille monographie, en y joignant l’examen de quelques points accessoires, comme les réimpressions qui ont pu être exécutées, ou les oblitérations que la poste a employées pour annuler les timbres.

C’est un essai de ce genre que nous voudrions tenter pour

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les anciens timbres suisses. Leur histoire emprunte un intérèt particulier aux modifications qui se sont introduites dans la Constitution de la Confédération helvétique depuis l'introduction des timbres sur le territoire suisse.

Employés d’abord à Zurich, à Genève et à Bâle, à une époque où les cantons suisses jouissaient d’une autonomie presque complète et avaient chacun leur administration des postes particulière, les premiers timbres de ce pays offrent un caractère exclusivement local.

Mais, en 1847, à la suite de la guerre du Sonderbund, où la ligue des cantons catholiques a le dessous dans sa lutte contre les cantons protestants, la centralisation se développe dans la République; une Constitution est élaborée, qui est promulguée l’année suivante et donne dans le gouvernement une part beaucoup plus importante à l’élément fédéral.

A côté du Conseil des États, formé par les quarantequatre députés cantonaux, est institué un Conseil national composé des représentants de la nation; le pouvoir exécutif est confié aux sept membres du Conseil fédéral. Un certain nombre de services publics sont remis entre les mains du gouvernement fédéral, au lieu d’être assurés par les soins de chaque canton.

Aussitôt les timbres reflètent fidèlement ces tendances nouvelles.

De cantonale qu’elle était, la poste devient fédérale et le système des timbres-poste s’élend à la Suisse entière. Mais la réforme, qui s'opère alors dans toutes les branches de l’administralion, ne peut s'établir d’un seul coup ; il lui faut un certain temps pour s'organiser, et à cette période de transition répond la création de timbres provisoires qui, au bout

de quelques années, font place aux timbres fédéraux

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