Confessions, 2* partie, liv. VIIL
naturel que la bouderie du timide prenne la forme agressive : chercher querelle aux autres, quand on s'en veut à soi-même d'une impression de malaise dont ils ne sont que l'occasion, est-il rien de plus humain *? »
Souvent le timide se montre ironiste et railleur. Il feint de ne rien prendre au sérieux, il se moque des sentiments les plus graves et les plus précieux de l'humanité.
« Je ne savais pas alors, écrit Adolphe, ce que c'était que la timidité, cette souffrance intérieure qui nous poursuit jusque dans l'âge le plus avancé, qui refoule sur notre cœur les impressions les plus profondes, qui glace nos paroles, qui dénature dans notre bouche tout ce que nous essayons de dire, et ne nous permet de nous exprimer que par des mots vagues, ou une ironie plus ou moins amère, comme si nous voulions nous venger sur nos sentiments mêmes, de la douleur que nous éprouvons à ne pouvoir les faire connaître -. »
Et, un peu plus loin : « Je contractai l'habitude de ne jamais parler de ce qui m'occupait, de ne me soumeltre à la conversation que comme à une nécessité importune, et de l'animer alors par une plaisanterie perpétuelle qui me la rendait moins fatigante et qui m'aidait à cacher mes véritables pensées. De là, une certaine absence d'abandon, qu'aujourd'hui encore mes amis me reprochent, et une difficulté de causer sérieusement que j'ai
toujours peine à surmonter '. »