Jd., p
Amiel écrit aussi : « L'ironie a de bonne heure atteint mon enfance, et, pour n'être pas vaincue par la destinée, ma nature s'est, je crois, armée d'une circonspection de force à n'être surprise par aucune câlinerie. Cette force fait ma faiblesse *. »
Enfin, certains timides affectent une humilité excessive, une j)olilesse infinie. Ils courbent sans cesse la tête et semblent toujours prêts à rentrer sous terre. Ils sont d'une complaisance extrême : ils vous accordent tout, vous concèdent tout, ou du moins semblent faire ainsi.
Car c'est là un caractère propre à toutes les attitudes que peuvent prendre les timides : elles sont fausses. Leur expression ne correspond nullement à la pensée vraie : la contenance est en désaccord avec le sentiment intime du sujet. Pas plus que Rousseau n'est sincère et convaincu dans sa comédie de rude vertu, pas plus le timide n'est sincère et convaincu lorsqu'il fait étalage d'orgueil, d'agression, d'ironie ou d'humilité. Quand le timide joue la bouderie agressive, il ne faut pas y croire : « elle donne l'illusion de la hardiesse et elle est un eflet de la timidité. Le timide, moins que personne, ne peut être jugé sur l'apparence : il fait grand cas de la sympathie des autres, quand il paraît en faire fi ; il no rebuterait pas les gens s'ils lui étaient indifférents ; et il se dépite contre lui-même, quand on lui croit du dédain pour eux ». Il faut en dire autant de son humilité. « Le