‹ Les timides et la timiditéChapitre 34 sur 89 · QUELQUES TYPES JDE TIMIDES · texte numérisé non relu

QUELQUES TYPES JDE TIMIDES

Telles sont les conséquences psychiques que l'accès de timidité peut entraîner dans les fonctions de la sensibilité, de l'intelligence, de la volonté : elles contribuent à entretenir l'état mental interparoxystique, à déterminer le caractère des timides.

Toutefois, chez un même individu, ces divers éléments ne sont pas tous nécessairement représentés, ni représentés avec la même valeur. Il faut bien se souvenir que l'accès de timidité ne réagit que sur une personnalité déjà préformée, c'est-à-dire possédant déjà par ailleurs et en dehors de toute timidité, des instincts, des inclinations, des connaissances, des habitudes. Par conséquent, suivant le fond de cette personnalité, le retentissement mental de l'accès affectera des variantes individuelles nombreuses. Il s'opposera à certaines tendances, il en renforcera d'autres déjà préexistantes, il fera tour à tour des pessimistes, des orgueilleux, des humbles, des égotistes, des dilettantes, des révoltés, selon que l'une ou l'autre de ces modalités psychiques sera par nature déjà accusée dans la personnalité fondamentale du sujet. Car la timidité ne suffirait pas, à elle seule, pour créer de toutes pièces l'orgueil, la maladie de l'idéal, la faculté du dédoublement, par exemple : elle n'agit qu'en dévelop-

pant leurs germes déjà existants, à la façon d'une cause occasionnelle. Ces mêmes indices psychiques peuvent d'ailleurs se développer par d'autres c-auses que la timidité, se manifester en dehors d'elle, de même que la timidité peut se manifester sans les faire intersToir dans son tableau svmptomatique. Il existera donc de nombreux types de timides. Je me bornerai à en signaler ici quelques-un?, tires de la littérature et de la biographie.

Philippe, le personnage des romans idéologiques de Maurice Barres, a été. dans sa première jeunesse, un grand timide. Le sentiment principal qui paraît avoir été associé à ce moment à sa timidité, est une répugnance craintive {>our les hommes dont la brutalité vulgaire le choquait. Ce sont 4 les Barbares », dont il subissait le dur contact. Mais ce caractère évolue très vite. Ses méditations lui fournissent une arme contre les Barbares : le mépris; et, les méprisant, il leur devient dès lors supérieur. Il cherche à s'affranchir de leur empire : et l'indépendance, il la trouve dans l'argent. « Pour échapper à la dissipation et à l'altération que nous subissons des contacts temporels, ne convient-il pas que nous nous réfugiions, comme dans un cloître, dans une forte indépendance matérielle? L'argent, voilà l'asile oîi des esprits soucieux de la vie intérieure pourront le mieux attendre'.... »

Ainsi Philippe est un révolté. Après avoir pris une

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