‹ Les timides et la timiditéChapitre 46 sur 89 · Journal intime, p · texte numérisé non relu

Journal intime, p

que des mouvements convulsifs ou une faiblesse subite et g-éiiéralc, une liquéfaction des solides*. »

Non moins timide est Julien Sorel, dans les diverses péripéties du roman. Mais Sorel, comme Stendhal luimême sans doute, possède à côté de sa timidité, un sentiment exig^eant, impérieux, dominateur : l'orgueil. Ce sentiment d'orgueil est immense, d'une susceptibilité extrême, et constitue la puissance directrice de tout son caractère. Ainsi allons nous trouver ici en présence la timidité et l'orgueil.

Cet orgueil lui impose, comme un devoir, de vaincre tout obstacle que la timidité pourrait lui opposer. Il se donne à lui-même des tâches d'énergie, pour ainsi dire. C'est de cette façon qu'il conçoit le projet, uniquement pour satisfaire son orgueil par la timidité vaincue, de séduire Mme de Rénal, la mère des enfants dont il est le précepteur. Dans les deux scènes capitales, nous voyons l'orgueil en lutte avec la timidité, et l'orgueil demeurer finalement victorieux :

« Un soir, Julien parlait avec action, il jouissait avec délices du plaisir de bien parler, et à des femmes jeunes; en gesticulant, il toucha la main de Mme de Rénal qui était appuyée sur le dos d'une de ces chaises de bois peint que l'on place dans les jardins.

« Cette main se retira bien vite; mais Julien pensa qu'il était de son devoir d'obtenir que l'on ne retirât pas cette

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