Claretie, loc, cit
internes et externes, sauf la roug^eur qui fait défaut. Aussi je considère l'accès de « trac », comme une variété de l'accès de timidité.
Tous ceux qui par profession ou par occasion sont appelés à paraître devant un public, sont presque fatalement victimes du trac. Il y a donc nombre de tracs : le trac des artistes, des conférenciers, des professeurs, des prédicateurs, des musiciens, etc. Nous allons les passer successivement en revue.
Trac des artistes. — « Le soir de la première représentation du Monde oh Von s ennuie, Mme Madeleine Brohan — qui a tout l'esprit des Brohan, avec une infinie bonté en plus — causait, au foyer, avant d'entrer en scène, avec le maréchal Canrobert. Elle était nerveuse et, sous les cheveux blancs de la duchesse de Réville, son joli visage de douairière duxvm^ siècle semblait avoir perdu son beau et charmant sourire habituel.
« Et qu'est-ce que vous avez donc, chère amie? « demanda le maréchal, qui s'en aperçut.
« — Ce que j'ai?... Mon Dieu, c'est bien simple : j'ai « le lrac\
« — Le trac! dit le soldat, étonné. Qu'est-ce que c'est « que ça?
a — C'est la peur, mon cher maréchal.
« — Comment, la peur?... La peur?
« — Au fait, c'est vrai, fit la comédienne en retrouvant « alors son sourire. Vous ne pouvez pas savoir! »
« Et appelant ce pauvre Picard, l'huissier légendaire de
la Comédie, l'excellent Picard, qui vient de moarir à Nemours :
« Picard! Allez donc chercher et apportez-moi le Dic- « tionnaire de Bescherelle pour apprendre le français à « M. le maréchal Canrobert qui ne sait pas ce que c'est « que la peur! »
a II n'est pas beaucoup de répliques de comédiennes du xvin^ siècle qui vaillent ce-mot là, et Sophie Arnould en eût certainement été jalouse. Le maréchal ne connaissait point la peur. Mais l'actrice était sujette, comme la plupart des artistes dramatiques, à cette émotion très particulière q^ii est une façon de « mal de mer » des planches et que, dans l'argot des coulisses, on appelle le trac '. »
Celte jolie anecdote due à la plume de M. Jules Claretio nous révèle les relations étroites que le trac affecte aux yeux des sujets avec la peur, puisqu'ils considèrent ces deux termes comme synonymes. En effet, l'accès de trac ressemble de tous points à l'accès de peur; ce sont les mêmes symptômes que nous connaissons : angoisse, oppression, palpitations, sueur froide, tremblement^ ataxie, vomissements, diarrhée, confusion mentale, amnésie, etc.
J'ai cru intéressant de faire de cette émotion une analyse plus approfondie, et pour obtenir des renseignements précis, je me suis adressé directement à quelques personnalités artistiques de Paris. Je dois ici remercier tout