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Ribot, Psychologie des sentiments; Paris, Alcan

manifestation organisée de la vie affective », comme dit encore M. Ribot. Chaque émotion primaire est un complexus inné, une réaction adaptée à une certaine fin, une synthèse de mouvements coordonnés et combinés dans des rapports qui sont spécifiques et invariables pour chaque émotion. Ainsi comprise, une émotion définie est l'équivalent d'un geste défini. Seulement les mouvements de la première se passent surtout en dedans, les mouvements du second se passent surtout en dehors.

Les grandes émotions primaires sont : la peur, la colère, la joie, la tristesse. Chacune d'elles est donc un complexus organique moteur, qui est caractérisé par la combinaison des éléments qui le constituent, de même qu'un mot est caractérisé par l'ordre et la disposition des lettres qui le constituent. A chacune des réactions organiques élémentaires, correspond une certaine part de conscience, et l'ensemble de ces parts de conscience formera le tableau subjectif de l'émotion, qui sera ainsi une projection fidèle de l'état organique sur l'écorce cérébrale. L'étude analytique d'une émotion se compose donc de deux parties bien distinctes : A, l'étude des réactions primitives de l'organisme qui entrent en jeu dans l'émotion; B, l'étude de la conscience de ces réactions, de ses qualités et de ses variantes.

A. — Quelles sont les réactions élémentaires qui entrent en jeu dans la peur?

Ces réactions intéressent : 1** l'appareil circulatoire;

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2" l'appareil respiratoire ; 3° les muscles lisses des organes internes; 4" les muscles de la vie de relation.

1° Un des signes les plus importants de la peur est représenté sans contredit par les palpitations cardiaques. Lorsqu'on est surpris par la peur, il est bien rare qu'on n'éprouve d'abord un choc au cœur, suivi de battements violents. De même, dans un état de peur prolongée, le cœur bat fortement. Ces réactions ont d'ailleurs été exactement mesurées au sphygmographe.

En même temps que le cœur, réagissent les vaisseaux. Il y a dans la peur une constriction généralisée des petits vaisseaux. Ce phénomène, mesuré également à l'aide des différents plétysmographes, se manifeste objectivement par des symptômes que chacun peut remarquer : la vasoconstriction détermine la pâleur des téguments, le refroidissement périphérique, le frisson.

2° Les troubles respiratoires sont aussi très nets : les expérimentateurs ont observé une augmentation en vitesse et en profondeur de la respiration, parfois de l'irrégularité du rythme respiratoire.

Voici d'ailleurs les conclusions suggérées à MM. Binet et Courtier par leurs recherches sur ce sujet spécial :

« Dans ces différentes manifestations de la peur, il y a eu constamment de la vaso-constriction. Celle-ci a seulement varié d'intensité; légère dans certains cas, elle a été souvent assez forte pour effacer complètement le pouls; dans d'autres circonstances, le tracé a beaucoup ondulé, et la pulsation, en reprenant son amplitude, a eu un

dichrotisme amolli. Le cœur, dans la grande majorité des cas, a subi une accélération, qui parfois même a été très considérable, surtout quand l'anxiété était intense. La respiration, malheureusement, n'a pas été prise régulièrement; mais, toutes les fois qu'on l'a enregistrée, on s'est aperçu qu'elle augmentait à la fois de vitesse et de profondeur. Le type respiratoire paraît être bien net : respiration très profonde, avec suppression totale de la pause inspiratoire et expiratoire ^ »

Ces variations paraissent dues au spasme des muscles qui interviennent dans la mécanique respiratoire, aussi bien les muscles extrinsèques (intercostaux, sterno-cléidomastoïdien, diaphragme, etc.), que les muscles intrinsèques de Reiseissen.

3° Le spasme des muscles lisses des organes donne lieu à une série de symptômes bien caractéristiques :

Pour la peau, hérissement des bulbes pileux et chair de poule. Expression des glandes sudorales, d'oii sueur refroidie par l'anémie cutanée concomitante ;

Pour l'estomac, nausées, vomissements;

Pour le foie, désordres biliaires;

Pour la vessie, ténesme, incontinence ou rétention;

Pour l'intestin, colique et diarrhée.

4° Les troubles des muscles de la vie de relation se manifestent surtout dans les petits muscles de la face, dont la contraction produit l'expression spéciale de la

i. Année psychologique, 1897, p. 80; Paris, Schleicher frères.

peur et de Tépouvante. Les troubles de la langue, joints aux troubles respiratoires et psychiques, produisent le bredouillement et l'embarras de la parole. Quant aux muscles des membres, ils sont touchés à des degrés variables, depuis le tremblement, l'incoordination do la crainte, jusqu'à la paralysie complète de la terreur.

L'explication de ces troubles moteurs est assez délicate à fournir : Lange les attribuait à une anémie des régions motrices du cerveau. Mais Mosso a démontré expérimentalement que dans toute émotion, il y a toujours congestion cérébrale. On pourrait les expliquer soit par un mécanisme musculaire, soit par un mécanisme nerveux : dans le premier cas, on supposerait que les muscles anémiés par la vaso-constriction deviennent impropres à leur contraction normale; dans le second cas, l'équilibre nerveux troublé par le choc émotionnel rendrait les voies centrifuges inaptes à une conduction régulière des excitations. Il ne serait d'ailleurs pas impossible que ces deux mécanismes vinssent associer leurs actions.

B. — Tels sont, brièvement indiqués, les phénomènes qui se passent dans le corps du sujet. Mais ces phénomènes retentissent dans le cerveau, se traduisent dans la conscience. En d'autres termes, ils sont sentis. Gomment sont-ils sentis?

Le renforcement et l'accélération des battements du cœur donnent naissance à la sensation de palpitations,

L ACCES DE TIMIDITE il

les palpitations n'étant autre chose que la sensation pénible des battements du cœur.

Les palpitations, jointes à la conscience de la difficulté de respirer, à la dyspnée respiratoire, donnent le sentiment bien connu d'oppression et d'angoisse. Au spasme des muscles respiratoires il faut attribuer encore le serrement de gorge, dû peut-être au rétrécissement des premières voies aériennes, et la constriction épigastrique, qui paraît produite par la tension du diaphragme.

A la vaso-constriction périphérique se rattachent la sensation de froid et le frisson ;

Aux spasmes de l'estomac, de la vessie, de l'intestin, correspondent les nausées, les envies impérieuses de la miction et de la défécation;

Aux désordres musculaires, le sentiment d'impuissance d'abattement, d'anéantissement.

Mais la conscience subit en outre, durant l'accès de peur, des troubles qui ne correspondent pas à des phénomènes objectifs somatiques indiqués plus haut. Ce sont, en particulier, l'obtusion sensorielle et la confusion mentale. En effet, il existe habituellement de la diminution de l'acuité des sens : vision, audition, goût, toucher; parfois même de l'anesthésie complète, et en même temps, de la confusion des images, de la diminution de la mémoire, une impossibilité de rappeler et d'enchaîner les idées selon le processus normal du raisonnement logique.

L'explication physiologique de ces phénomènes est

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très délicate. Il est probable qu'il se produit, au moment de rémolion, dans toutes les sphères sensorielles et intellectuelles du cerveau, un amoindrissement de l'activité psychique, d'où diminution de la conscience, et aussi de la mémoire consécutive, car souvent les sujets ne se rappellent aucun détail extérieur survenu durant leur accès de peur. Il semble qu'à cet instant toute la quantité disponible d'activité cérébrale soit condensée dans les. zones des fonctions organiques et utilisée par l'hyperesthésie cénesthésique et les spasmes réflexes, au détriment des zones des fonctions de relation, et qu'ainsi se réalisent l'hypoesthésie sensorielle et l'adynamie musculaire, par un mécanisme de balancement fonctionnel qui paraît d'ailleurs la règle pour l'activité des centres nerveux.

Tels sont, indiqués d'une façon sommaire, les divers éléments qui, par leur combinaison, constituent l'émolion de la peur. Pour plus de renseignements, nous ne pouvons que renvoyer aux travaux spéciaux sur cette question.

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