‹ Les timides et la timiditéChapitre 72 sur 89 · Pilres et Régis, loc. cit · texte numérisé non relu

Pilres et Régis, loc. cit

produit, le sujet revient à son état normal, oublie son accident, pour n'y plus penser qu'au nouveau retour offensif de la crise. C'est ]si peur intermittente de rougir, V éreuthophobie proprement dite. ^

Trop souvent, malheureusement, les choses ne se passent pas d'une façon aussi simple et aussi bénigne. Le «ujet est profondément affecté par la crise qu'il vient de subir : il ne l'oublie pas si vite; il y pense sans cesse. Aussi, même en dehors de l'accès direct, il en subit l'influence. C'est alors la peur permanente et chronique de rougir, Vobsession de la rougeur, qui s'impose à l'esprit du malade par la présence constante d'une idée fixe.

« En dehors de l'état mental de la crise ou du paroxysme, les sujets continuent, môme dans l'intervalle, ^'être préoccupés par l'idée de leur rougeur. Ils en sont tyranniquement obsédés. Ils ne pensent plus qu'à ça. Ils ont beau essayer de chasser ce tourment de leur esprit, ils n'y parviennent pas, et l'un d'eux nous disait : « C'est ^ comme si un bossu voulait ne plus penser à sa bosse! »

« Presque tous cherchent à se rendre compte de leur infirmité, à s'analyser. L'un est préoccupé surtout de isavoir « comment il se fait qu'il y ait des personnes pâles dont la figure ne rougit jamais, et d'autres chez qui le sang afflue, pour un rien, au visage. Est-ce que le sang est plus éloigné de la peau chez les uns que chez les autres? » Un autre est persuadé « qu'il n'est pas comme tout le monde, qu'il a le cerveau faible, qu'il n'y a pas chez lui équilibre entre le cerveau et le sang ». Il se croit un

malheureux martyr par la souffrance morale. « Sa mère aurait mieux fait de se foutre à la rivière ou dans un couvent au lieu de faire des enfants. »

« Tel est leur état mental dans Vinter-jjaroxysme. Telles sont les pensées qui les torturent, et ce qui augmente leur souffrance c'est que, comme la plupart des obsédés, ils la cachent à tous, sauf au médecin à qui ils s'ouvrent en confidence, lui parlent de leur obsession avec une émotion angoissante et la lui peignent comme un supplice de tous les instants qui empoisonne littéralement leur vie.

« On comprend, dans ces conditions, que ces malheureux ne vivent pas de la vie de tout le monde. Non seulement ils restent des célibataires endurcis, mais encore ils fuient tout contact, tout plaisir, s'enfermant dans une solitude sombre et farouche, songeant à en finir par le suicide s'ils ne guérissent pas, tombant, s'ils sont intelligents et instruits, dans ce pessimisme amer et subtil qu'on rencontre oi souvent chez les neurasthéniques supérieurs ^ »

Nous devons nous demander pourquoi, de tous les symptômes de la timidité, c'est la rougeur qui devient le plus fréquemment objet de phobie et d'obsession? La réponse est aisée à faire. C'est que la rougeur est à la fois le symptôme le plus apparent, le plus difficile à cacher et celui qui est le plus rebelle à toute contrainte

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