Dugas, loc. cit., p
meltent certains timides pour se donner de l'assurance, et encore la voilette que portent beaucoup de femmes dans cette même intention. Nombre d'entre elles ne pourraient sortir dans la rue, le visage découvert. Derrière ce léger réseau « je me sens mieux chez moi », disent-elles.
Enfin, pour tenir une contenance en public, les femmes utilisent l'éventail, le porte-carte, le porte-monnaie, l'ombrelle, la face-à-main, et les hommes font servir dans le même but la canne, la cigarette, etc. Beaucoup de timides ne peuvent entrer dans un café qu'une cigarette a la bouche.
Les phrases d'approbation, les sourires sont employés encore,- comme d'ailleurs toutes les attitudes factices que j'ai étudiées plus haut. « Pour dissimuler ma timidité dans la rue, m'écrit un jeune homme, je sifflote, mais la cigarette est mon moyen favori. Je parle aussi, mais uniquement pour parler, parce que je me dis qu'il faut parler; mais chaque mot sonne creux dans ma tête. Quelquefois, je ris aussi par contenance, mais ce rire me fait plutôt mal, et j'en éprouve parfois une douleur à la face. »
Tous ces moyens, quels qu'ils soient, concourent au même résultat : rendre possibles et supportables les contacts du timide avec son prochain. Tel est donc le but de Tauto-lhérapie des timides : faciliter la sociabilité et donner de l'assurance. Et peu à peu, par la répétition des victoires partielles réalisées par la volonté du timide sur son émotion angoissante et paralysante, se crée une
victoire plus générale de la volonté sur la timidité. A mesure que se multiplient les contacts, la sensibilité s'émousse et la confiance s'établit. Et ainsi, progressivement, la timidité s'en va, chassée par la volonté et par l'habitude.
En assimilant autrefois ' la timidité à la peur, je disais que « le timide a peur des hommes, comme chacun a peur dun gouffre, d'un animal sauvage, des dangers de tout genre. Au même titre que la peur, la timidité est une émotion naturelle : elle doit donc être soumise aux mêmes lois de progression et de décroissance que les émotions naturelles, et en particulier que la peur. Or, nous connaissons des individus qui parviennent à maîtriser certaines émotions et à s'afTranchir de leur empire. Tel est, par exemple, l'acrobate qui a vaincu son vertige et sa peur des espaces et qui évolue sûrement sous la coupole d'un cirque. Tel est encore le dompteur, qui affronte la férocité d'un fauve dans sa cage. Acrobate et dompteur ont maîtrisé leur émotion à force d'exercices répétés et d'entraînement assidu. Lorsqu'on voit sans cesse le danger, on se familiarise avec lui : les grands explorateurs, qui cent fois ont risqué leur vie, ne connaissent plus la peur. Eh bien! ce que ces hommes ont fait pour le péril vrai et la crainte justifiée, il faut que le timide le fasse pour le péril imaginaire et la crainte illusoire. Comme eux se sont familiarisés avec la peur des
1. Hartenberg, La Timidité {Revue de psychologie clin, et the'r. fév. 1899J.
choses, il faut que lui se familiarise avec la peur des hommes. C'est par des contacts répétés avec nos semblables que la timidité s'atténue. Son remède le plus habituel, on Ta constaté depuis longtemps, n'est autre que la familiarité. »
La familiarité, voilà donc l'attitude sociale que devront rechercher les timides. C'est elle que conseillait Vauvenargues :
« Ce n'est que par la familiarité qu'on guérit de la timidité; ce n'est que dans un commerce libre et ingénu qu'on peut bien connaître les hommes, qu'on se tâte, qu'on se démêle, et qu'on se mesure avec eux.
« Aimez la familiarité, mon cher ami : elle rend l'esprit souple, délié, modeste, maniable, déconcerte la vanité, et donne, sous un air de liberté et de franchise, une pru- , dence qui n'est pas fondée sur les illusions de l'esprit, mais sur les principes indubitables de l'expérience. Ceux qui ne sortent pas d'eux-mêmes sont tout d'une pièce; ils craignent les hommes qu'ils ne connaissent pas; ils les évitent, ils se cachent au monde et à eux-mêmes, et leur cœur est toujours serré. Donnez plus d'essor à votre
âme Vous saurez vous servir des hommes et vous en
détendre; vous les connaîtrez; enfin vous aurez la sagesse dont les gens timides ont voulu se revêtir avant le temps, et qui est avortée dans leur sein '. »
Tels sont les divers éléments de cette auto-thérapie que le timide adulte réalise chez lui-même : elle consiste, en
i. Conseils à un Jeune homme.
somme, en une domination de l'émolion par la volonté et en un épuisement de cette émotion par l'usage.
Aussi les timides qui parviennent à se dominer et à triompher dans la vie active, loin d'être des faibles de volonté, des abouliques, sont, au contraire, des hommes d'une énergie supérieure, plus haute que la normale, puisqu'on plus de l'obstacle extérieur que leur effort se propose de vaincre, il leur faut surmonter d'abord l'obstacle intérieur qui est en eux, la résistance de leur timidité. Ils doivent triompher à la fois de l'adversaire du dehors et de l'adversaire du dedans.
C'est pourquoi les timides qui ont surmonté leur timidité sont peut-être les plus énergiques des hommes. Et parmi ceux qui se distinguent dans l'histoire par leurs paroles et par leurs actes, ceux qui surent tenir un rôle sous les yeux du monde, ceux dont nous admirons le plus la carrière de volonté et d'audace, peut-être trouverionsnous, si nous en faisions la revue, que les plus grands et les plus glorieux furent originellement des timides.
Traitement médical. — C'est chez les sujets anormaux ■seulement, entachés de tares névropalhiques ou dégénératives, et incapables de se rendre maître par leurs propres forces de leur timidité, que le traitement médical aura à intervenir.
Le traitement variera selon la forme de la timidité morbide, selon que celle-ci consistera seulement en une «impie exagération de l'émotivité spécilique, ou selon
qu'elle sera compliquée de phobies et d'obsessions systématisées.
Dans le premier cas, il faut s'adresser tout d'abord au fond névropalhique du malade. On prescrira donc les recommandations ordinaires, relatives à l'hygiène, à l'alimentation, etc.
Hygiène. — Vie simple, régulière, sans fatigue, sans excès. Promenades au grand air, distractions calmes, en évitant les plaisirs énervants ou fatigants. Activité physique proportionnée à la résistance du sujet. Repos et sommeil suffisants. Hygiène sexuelle.
Régime alimentaire. — Nourriture saine et substantielle. Viandes rôties ou grillées. Œufs. Laitages. Légumes verts. Compotes, fruits. Abstention d'aliments fermentes , excitants et toxiques, tels que fromages, conserves, mets épicés, poissons de mer, etc. Gomme boisson, eau rougie de peu de vin, ou même eau pure ou lait, si l'estomac le tolère. Ni vin pur, ni alcools, ni thé, ni café, etc. Les repas doivent être pris à heure fixe; ne pas manger trop vite et bien mastiquer les aliments. Des soins spéciaux seront prescrits, si quelque organe était atteint de troubles chroniques.
L'émotivité fondamentale sera combattu parles sédatifs du système nerveux : bromures, opium, codéine, chloral, valériane, véronal, etc.
Les agents physiques, qui exercent une action si favorable sur les échanges nutritifs et la prospérité organique, sont hautement indiqués. On conseillera donc, avec les
précautions commandées par la prudence, l'hydrothérapie (bains, douches, lotions), Taérothérapie, le massage (massage musculaire et massage profond des organes), la gymnastique active, l'électrolhérapie (franklinisation, faradisation généralisée), etc. Un des eflets à rechercher par ces cures, qui est de première importance pour les timides, c'est l'augmentation du tonus musculaire. Les sensations musculaires sont un des éléments essentiels de la cénesthésie, et ce sont surtout elles qui fournissent à la conscience le sentiment subjectif de l'énergie et de l'effort. Chez le sujet aboulique, où ce sentiment fait défaut, j'ai toujours constaté une diminution très nette de la tonicité musculaire, une certaine paresse des muscles à se contracter sous l'influence des excitations nerveuses. Il y a donc une indication toute spéciale à relever chez ces malades le tonus musculaire. C'est lui qui donnera aux timides ce sentiment d'énergie, cette assurance musculaire, cette confiance en soi dont ils ont tant besoin. Dans ce but agiront principalement le massage, la faradisation des masses musculaires, la gymnastique active. On pourra y joindre l'action de la strychnine prise à l'intérieur.
Le second point du traitement consiste dans l'éducation de la motililé volontaire. D'abord par des mouvements méthodiquement réglés, on exercera les fonctions des centres moteurs du névraxe, en priant le sujet de fixer toute son attention sur les mouvements exécutés. On s'appliquera spécialement à favoriser les mouvements
d'extension et d'abduction qui sont toujours limités chez les sujets déprimés et abouliques. (Expérience de Mûnsterberg.)
Puis on réalisera une véritable gymnastique cérébrale par des exercices d'attitudes musculaires. Depuis longtemps les observateurs ont remarqué que la manifestation extérieure, l'expression d'un état affectif, réalisée artificiellement, ne tarde pas à provoquer l'état affectif luimême auquel elle correspond. Ainsi le rire, même simulé, finit par produire la joie; les larmes appellent la tristesse, etc. En conséquence, il sera possible, en faisant réaliser sur commande aux timides l'attitude et l'allure de la décision et de l'énergie, de développer en eux ces sentiments véritables. Les sujets se tiennent en général dans une attitude humble, la tête fléchie, parlant à voix basse, ébauchant des gestes indécis et embarrassés, baissant le regard, etc. Il convient alors, par des exercices systématiques, de les inciter à redresser la tête et le buste, à regarder franchement et hardiment le visage de leur interlocuteur, à exécuter des gestes fermes et décidés, à parler d'une voix sonore et forte, etc. C'est du reste la méthode employée dans les casernes par les sergents instructeurs pour habituer les jeunes soldats à répondre convenablement. On parvient ainsi, au bout d'un certain temps, à créer chez les timides des attitudes cérébrales correspondantes aux attitudes musculaires et à développer la décision, la confiance en soi, l'énergie volontaire.
Dans ce même but, les sports, et en particulier l'es-
crime, pourraient fournir des adjuvants utiles. L'escrime, en effet, développe celte assurance de la tenue, cette exactitude du geste, cette promptitude du jugement, qui sont les bonnes conditions d'une volonté agissante. Sur la planche, le tireur apprend à regarder son adversaire en face, à ne pas cligner des yeux devant la pointe de sa lame, à jouer de finesse et de rapidité, en même temps qu'il s'échauffe par l'ardeur de l'engagement, s'excite par les appels et les chocs du fer, soutenu, entraîné par les mêmes sentiments d'émulation, d'orgueil, d'amourpropre qui sont les stimulants habituels de la concurrence vitale. Au besoin, le médecin expliquerait au maître d'armes la vraie portée de cet exercice, qui ne vise pas ici à la recherche d'un jeu correct et classique, mais avant tout à l'éducation de la motilité volontaire. A cet égard, le jeu de l'épée, plus brutal et plus énergique, serait peut-être préférable au jeu plus délicat du fleuret. Enfin le médecin fera un emploi judicieux de la suggestion verbale. Par des discours habiles, inspirés par la personnalité, la situation, la vie passée et présente du malade, il cherchera à éveiller et à stimuler en lui ce sentiment fondamental de la sphère affective, qui est à la base de toute volonté et qui, suivant les cas, sera l'orgueil, l'ambition, la vanité, l'amour, etc. On lui présentera mille motifs d'agir, mille raisons excellentes pour surmonter les obstacles de la timidité. On l'encouragera, le réconfortera, lui donnera confiance en lui-même et espoir dans l'avenir.
Telles sont, brièvement indiquées, les grandes lignes de la thérapeutique à appliquer chez ces sujets timides. Il est impossible de préciser davantage, car on comprend sans peine que le détail de ces applications varie, dans une large mesure, avec l'individualité des malades. On devine aussi le rôle primordial que joue dans ces traitements la personnalité du médecin qui les dirige. Sans insister sur la nécessité de poser d'abord un bon diagnostic, physique et psychique, de gagner la confiance du malade, d'obtenir sa docilité, il est indispensable en outre que tous ces exercices soient commandés par le médecin lui-même, pour en obtenir tous les avantages désirables. Sans doute, un traitement par les agents physiques, poursuivi dans un établissement spécial, pourra peut-être rendre de grands services, en fournissant au patient une quantité d'énergie vitale qui lui faisait défaut. Mais ce qui importe surtout, dans ces afTections psychiques, c'est que l'énergie, fournie par des sources matérielles, soit canalisée et utilisée par l'activité psychique. Or, c'est la gymnastique cérébrale seule, l'éducation de la volonté, dirigée par le médecin, qui pourra accomplir cette œuvre. Et, si l'on se souvient de la délicatesse et de la complexité de l'organe cérébral et du mécanisme psychique, on comprendra ce qu'il faut d'habileté, de diplomatie, de patience, de persévérance, et aussi de connaissances spéciales en psychologie, pour mener à bonne fin cette tâche. C'est le spécialiste seul, familiarisé avec les méthodes de la psychologie thérapeutique, qui
pourra appliquer un traitement de ce genre, avec les garanties suffisantes et les plus grandes chances de succès.
Phobie de la rougeur. — Avant de faire appel aux ressources médicales, il est habituel que les éreutophobes cherchent d'abord à combattre ou à dissimuler leur infirmité, par diverses manœuvres qu'on a appelées les « moyens de défense* » des phobiques et des obsédés. Pitres et Régis en donnent d'intéressants exemples.
« Ce qu'il y a de vraiment curieux, ce sont les artifices auxquels ont recours les éreutophobes soit pour empêcher, soit pour dissimuler leurs crises de rougeur.
« S'empêcher de rougir est pour eux chose des plus difficiles, car pour faire effort dans ce but il faut y penser, et penser à la rougeur, c'est incontestablement le meilleur moyen de la provoquer. Ils n'ont donc qu'un seul procédé un peu efficace, c'est dépenser à autre chose. Beaucoup en usent et au moment oii ils sentent venir la rougeur ils essaient de tourner leur esprit, de « s'attentionner ailleurs », comme ils disent, soit en lisant un journal, soit en causant avec quelqu'un, soit en parlant touA seuls à haute voix, soit en s'occupant à regarder, a sentir, à manipuler, à mâcher, à faire quelque chose : comme celui de nos sujets, un ouvrier, qui se plaçait une règle sur l'épaule et la balançait doucement, à la fois pour se captiver et pour se donner une contenance dans la rue.
1. Cf. Marcel Bellet, jVoyens de défense et psychothérapie dans les obses ito«s,Thèse de Bordeaii.\, 1898.
Cela réussit quelquefois, mais pas toujours, et il est en somme assez rare que les obsédés de la rougeur puissent s'opposer à leur crise.
« En revanche, ils ont mille moyens, plus ingénieux les uns que les autres, de la dissimuler lorsqu'elle survient. Parmi ces moyens, certains leur sont pour ainsi dire communs et tous y ont naturellement recours. Ils consistent à se cacher la figure dans un journal en faisant semblant de lire, à se couvrir le visage avec les mains ou avec un mouchoir en simulant de se moucher, de s'essuyer la figure, de calmer un mal de dents, etc., etc La plupart ont des procédés particuliers. L'un enfonce son chapeau sur les yeux et prend l'attitude d'un homme harassé, qui n'en peut plus; un autre se couvre de son parapluie ou fait semblant de lire des affiches; un autre, si on lui adresse brusquement la parole quand il est à son travail, se baisse et a l'air de chercher quelque chose sous un meuble, etc. Mais le moyen employé le plus volontiers par les malades à la fois pour empêcher et pour cacher la rougeur, c'est de boire. Cinq de nos sujets sur huit hommes se livraient à la boisson dans ce but. Boire pour eux réalise un double avantage. En premier lieu, cela leur donne plus d'assurance, leur permet d' affronter les regards, de parler et d'agir comme tout le monde; en second lieu, la boisson colore leur visage et cette coloration rend, pensent-ils, leur rougeur émotive beaucoup moins visible; pure illusion d'ailleurs, car nous en connaissons un, devenu un ivrogne rubicond, chez
lequel les bouffées de roug-eur sont restées tout aussi apparentes. Les boissons auxquelles ils ont recours de préférence, sont les plus fortes, Teau-de-vie, le rhum, l'absinthe. Deux de nos malades ont fini par présenter à la longue des symptômes physiques et psychiques d'alcoolisme, et cependant la boisson leur répugnait et ils n'y avaient recours que par les temps ou dans les circonstances où ils redoutaient de rougir. L'un d'eux s'étant aperçu à vingt et un ans que quand il avait bu, il avait du toupet comme les autres, se mit à boire de temps en temps de l'alcool et de l'absinthe, comme préservatif de sa rougeur. Et comme il avait remarqué que l'excitant mettait environ vingt minutes à faire son œuvre, il avait soin de boire une petite demi-heure avant d'accomplir les actes qui coûtaient le plus à sa timidité. A ce moment, un peu étourdi, il aurait parlé, joué la comédie, bravé le monde entier.
« Mais ce ne sont là que des palliatifs. Ce que voudraient surtout ces malheureux, c'est ne plus rougir, ou masquer leur rougeur d'une façon constante. Ils conçoivent à cet égard toutes sortes de combinaisons étranges, qu'ils viennent proposer au médecin. L'un voudrait se poudrer la figure avec une poudre imperceptible, comme les femmes. Un autre demande à être délivré de son obsession par la suggestion. Un troisième, dans une lettre à l'un de nous, s'exprime ainsi : « Ne pourrait-on pas empêcher les gens de rougir malgré eux? N'existe-t-il pas une teinture imitant le rouge naturel qui pourrait
donner au teint une nuance feu permanente, de façon à avoir toujours le visage coloré? Ou bien ne pourrait-on pas infiltrer entre la première et la deuxième peau un liquide quelconque, absolument comme on fait pour un tatouage; seulement au lieu d'être bleu, ce serait rouge? » L'histoire la plus curieuse, à cet égard, est celle de A..., l'un de nos malades. Désireux de guérir à tout prix, il entre à l'hôpital, dans le service de M. le professeur Pitres, et réclame des sangsues. On lui applique quatre sangsues à la région mastoïdienne et on laisse couler le sang assez abondamment. Le lendemain, le malade se sent mieux, mais il demande déjà une saignée plus forte, et peu de jours après, mécontent du résultat, il réclame une opération plus radicale, la ligature des deux carotides. On se décide à lui donner un semblant de satisfaction et à pousser l'essai de psychothérapie à ses dernières limites. M. le professeur Démons, après avoir endormi A..., lui fait une longue incision sur le trajet de la carotide droite. La plaie est refermée à l'aide de plusieurs points de 5uture et recouverte d'un pansement complet. Sur la pan^ carte on inscrit : « Ligature de la carotide droite ». Tout d'abord, le malade se trouve soulagé; il se regarde constamment à la glace. Le dixième jour on enlève les points de suture et on continue le pansement. Depuis plusieurs jours déjà, A... est inquiet, il trouve que l'effet produit laisse à désirer et demande la ligature de l'autre côté. Il redevient obsédé, irascible, violent. Il est renvoyé de l'hôpital après une algarade. Depuis, il est plus obsédé
que jamais et ne cesse de réclamer une opération nouvelle. (< La carotide, dit-il, a réussi dans un genre parce que le sang monte moins : mais le cerveau est toujours très faible. C'est là qu'il faudrait travailler, prendre le mal dans sa racine. Pour moi ce qu'il faudrait, ce serait un changement de cerveau. Que voulez-vous? Mourir pour mourir'... »
Quant au traitement curatif de la phobie de la rougeur, il sera tout différent de celui de la timidité simple.
Il ne s'agit plus ici seulement de calmer l'émotivité et de fortifier la volonté, mais de combattre la prédisposition qu'ont les sujets à rougir d'une façon excessive. Cette prédisposition qui est le point de départ de l'éreuthophobie est représentée par certaines particularités physiologiques constituant ce que j'ai nommé « la base organique de l'éreuthophobie' ». Ce sont : i" Un certain degré d'éréthisme cardiaque existant d'une façon habituelle, en dehors de toute émotion, 2° Une augmentation du calibre artériel intéressant à la fois les carotides qui sont grosses et animées de battements énergiques, et les artères de la tête qu'on voit sous la peau gonflées et pulsatiles. 3° Une tendance aux bouffées congestives de la tète, même pourdes causes non émotionnelles. 4° Du dermographisme accusé.
En conséquence, au lieu de chercher vainement par