‹ Les tirailleurs au Mexique le capitaine Mayne ReidChapitre 10 sur 47 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Battue da Chapparai.

Entre les côtes du Mexique et le pied da la grande chaîne des Andes se trouve une vaste étendue de basses terres. Dana certains endroit* cette ceinture u’a pas moins de cent milles de large, mais généralement elle n’en compte pas plus de cinquante. Le caractère brûlant de cette xone lui a fait douner dans le pays le nom de Titrra cuhenlt. Elle est presque partout couverte de forêts épaisses dans lesquelles on rencontre le palmier, l'acajou, l’aguscate, le bambou, la liane et autre* parasites gigantesque*. Parmi les plantes qui croissent à l'ombre de ce* grand* végétaux *e trouvent l’aloès épineux, la pila, et le mrxcal sauvage; des cactus de formes diverses et un grand nombre de fleurs à peiue connues des botanistes s’y rencontrent également à chaque pas. Dans les baa-fond» s'étendent des marais d'eau sUgn»nle, du hein desquels s'élèvent de hauts cyprès couronnés de guirlandes de mouiie. Ces marais sont des foyers de pestilence d’ob •’ë' happent de* misâmes putrides, qui vont porter au loin le ternbic vomilo. (Jette région malsaine est d'ailleurs peu habitée, et l'on n’y voit guère que quelques hommes issu* des races africaines qu’on ne rencontre point ailleurs. Dam la ville il existe bien, quoique en petit nombre, des Mulâtre* et de» quarterons aux longs et flottants cheveux noirs,' dmi» ce n’est que dans les établissements épars dans la campagne que vivent 1rs individus issus du croisement des uè^res avec les habitants primitifs du pays, on les uomme Zambos.

Le long de> côtes, dans l’intérieur du 5*ays, derrière Vera-Crut, cette population mène une vie pares*euse et moitié sauvage. Les homme» qui la composent sont de petits cultivateurs, des bergers, dei pêcheurs ou des chasseurs.

Eq^ravenaut les forêts , une clairière se présente de temps à autre aux yeux du voyageur; le terrain porte les traces d’une grossière culture. C'est un petit champ i ni parlai te ment défriché, eulouré d’une mauvaise palissade, et sur lequel croissent entremêlé* la patate, le chilé, le melon et la citrouille. A l’un des angles du champ s’élève ordinairement une misérable hutte construite en forme de hangar; quelques perches verticalement pUmécsen terre en soutiennent d'autres qui sont placées horizontalement : psr-drssua cet dernières s’é end un toit de feuilles de palmier, suffi.. m a peine pour mettre à l’abri des rayons du soleil. C'est là tout le bâtiment.

Sous ces pauvres «bris vit toute une famille humaine: homme, femme , enfants. Un mauvais moiccau de toile écrue, attaché autour des rems, forme tout le vêtement de ces malheureux. Le reste de leur cor p» est entièrement nu et présente à l'œil une peau bruue ou près* que noire. Leurs cheveux sont crépus et lainrux. J*' ' a. nègres m Indiens, ils soûl Zambos; c’e*t le mélange des deu* races. Leurs habits, quand il* en portcul, sont grossier*. Leurs trait» sont rude* et ditforuies, c'est a peiue si a quelque di»l*nce on peut reconnaître les scies. Un ail habitué les distingue cepcn tant a des signe* certains. Ceux qui sc balancent paresseusement dans les b*maca, ou drtnrnrenl couche» sur quelque lambeau de natte, sont le* hommes. Les f-nimes, au contraire, sont le plus souvent debout «l occupées des «pins de leur pauvre ménage. Üc tcinp» en temps Ici premiers stimulent par quelque* coups de fouet l'activité drx drMièrest c’est à peu près la seule manière dont l'homme constate sa i>ipcnorilé sur la frmiuc.

Quelques itutrumenU grossiers jonchent le sol: un meta'J, dans lequel on broie le mais destiné à faire le* turlilla i; de* olias ou vases en terre rouge, quelques assiettes en calebasae , une ou deux haches grossières, une mac/tele, quelque* gourdes qui servent de bouteilles , une grosse selle, une bride, un lasso, quelques gousses de piment suspendues en liasse à une ]*crchc , un sac de mai* dans un coin, voila le mobilier et les ;i;'provimaam*ments.

Un maigre chien dormant devant la case, un mustang eManqué attaché au pied d'un arbre, une couple d'ânes et parfois une misérable mule à moitié pou»*ive puissant dans une enclôlurc voisine. Voilà toute la richesse du Zambo,

D’ordinaire le Zambo savoure 1rs douceurs du far nimU tandis que an lemme M livre au travail. Encore oc travail , qui su Oit au couple, est-il bien peu de chose. La paresse et l'absadom semblent régner

en maître* absolus sur la demeure et «es dépendance*. Le* paiatea douce* , le* melon*, le* chiléa, à moitié carbrsdana le* tieibes du jardin , |pou«»ehl presque s- ns culture, et c'rst la chaleur bienfaisante du toleil, bien plu» que le* «ouu du propriétaire, qui conduit ces fruit» jusqu'à leur maturité.

Une nouvelle clairière s'ouvre , un tableau d’un autre genre vient frapper l'oeil de l'observateur. Ici tout porte lea trace* d'une culture plu* avancée, bien qu'on y remarque encore l'indolence et la négligence du cultivateur. G'eit rétablissement du rancbo (petit fermier), ou bien celui du vaquera (éleveur de troupeau*). La demeure de ceux-ci est presque une maison ordinaire avec de* pignon* et un toit en pente; le* murs seuls sont d'une construction particulière: il* sont formés de gigantesiiura bambous, ou façonné» avre les perche» élancées du fouquiera niltndrn». Ces pieux sont réunit entre eux par des cordes d'aloès pila, le tout foimant une espèce de claire-voie qui laisse hlirement circuler l'air. Ces constructions ont pour but de préserver non pas du froid, mais de la chaleur. Le toit, formé de feuillet de palmier, est garni tout autour de grands bambous creux et fendu* en drux qui servent de ehenal pour recueillir l'eau de la pluie, cette chose précieuse et ai rare sou* les tropiques.

Cette construction en quelque sorte sérienoe a un caractère plus pittoresque encore que le* gracieux chalets de la 8'iiise. Le mobilier qui La garnit est des plus simples. On n’v voit poiat de table, seulement quelques cbaisr* formées d'un châssis grossier supportant un fond en Jonc natté. Quelques lits de bambous, un moulin à broyer le mais, des nattes de palmier, des paniers de même matière, un petit foyer élevé au milieu du plancher comme un autel, une mandoline suspendue «il mur, une selle en cuit imprimé, couverte d'ornements d’argent et de plaques de cuivre, une bride en crin avec son mors I la mameluk, une escopette et une épée nommée nvacheie, un grand nombre de vases couvett* de peintures, des tasses, des coupes, voilà les meubles d’un rancbo de la Tierra caliente. Les couteaux , le» fourchettes et lea cuillers y sont un luxe inconnu.

Si le ranchero n’est pas sur le seuil de sa porte, c'est qu’il est à rôder quelque part sur son cheval, vif et infatigable animal dont il fait son compagnon inséparable. Le ranchero est ordinairement ou un Espagnol pur sang ou un meiiîso (métis). Rarement c'est un pur sang indien. Ceux de cette race sont plus communément désignés sous le nom de ptons ou laboureurs; le leime de ranchero s'applique principalement à ceci qui ont dans les veines du »*ng européen.

Le ranchero est un personnage pittoresque. La singularité de son costume contribue beaucoup à lui donner ce caractère. Son teint est basané, ses cheveux sont noirs comme le jais, ses dents, au contraire, blanches comme l’ivoire. La plupart du temps il porte des moustaches, mais ce n’est que par exception qu'il trouve le temps de les peigner et de leur donner un pli convenable. Comme ses moustaches, ses favoris sont ordinairement épais et croissent sans ordre comme dea broussailles Ses culottes, qu'il nomme colsoneros, «ont eu velours de couleur verte ou brune, ouvertes de chaque côté, l'intérieur et te fond en est doublé de basane pour protéger les jambes contre la piqûre des Cactus et autres plante* épineuse» qui peuplent le chapparal. Une rangée de boutons en forme de c’orbelle» , le plus souvent en argent, sert • fermer le ctliunero lor-que la terne rai lire exige cette iirtcugion. Ucnou* les ca tameroa le ranebero i-orte sur la pe»u un large vêtement de line toile de coton nomme ealumcittot, dont les amples boudant» s'échappent par 1rs crevés de la culotte de velours et tranchent agréablement »ur la sombre couleur de ee vêtement. Une ceinture de soie, le plus souvent de couleur écarlate, entoure la taille ; ses bouts frangés retombent avec grâce snr les b ncbes; un couteau de ebatte est bouclé par dessus cette ceinture; la partie supérieure du corps est couverte d'une petite veste ou jaquette de velours couverte de boutons de métal et de broderies brillantes. Sir sa poitrine une Une chemise de batiste blanche travaillée et pig ce avec soin ; as tète est couverte d'un grand chapeau à larges ht rds connu sous le nom de sombrero, orné de ganses d'argent et é'aiguilletles qui pendent de chaque côté des oreilles; ses pied* sont ebatissé* de grandes bottes de cuir éern auxquelles sont attachés J énormes éperons ornés de petites sonnettes. On ne le voit jamais sans son sérapé. grande mante qui lui sert à la fois de lit, de manteau, de couverture et de parasol.

La femme du ranchero n'est pas moins remarquable que son mari. Son costume consiste en une jupe ou chemise de couleur brillante qui destine »a taille bien prise; ses jambes sont nues, et l'on peut admirer dans toute leur grâce ses pieds espagnols, dont la petitesse est proverbiale; les bras, te cou et une partie du sein sont également nu», mais en partie cachés par nne écharpe d'un gris bleuâtre nommée r»ào*o, qui couvre également la tête et te visage.

Le i mehero mène une vie insouciante et libre que peu de soucis viennent troubler. Ceat le meilleur cav*iier du monde, aussi ne quitte-t-il tou cheval que rarement. Comme l'Arabe, c’est à cheval et la carabine au poing qu'il pousse ses troupeaux devant lui dans U plaine ou sur la montagne. Quand il te décide à m» reber à pied, ce b'est que pour des courses uns importance. Se» délassements conftistcal à chanter, en s'accompagnant de la mandoline, quelques

vieilles romance» d'And .Inuaiei ses passion» «ont le ebingarito (eaudr vir de «escale) et le fandango.

Tel eut te ranchero de la Tierra caliente autour de Veri-Cros, tel on le trouve encore aur tou» 1rs norot» du Mexique depuis scs limites les plus se Mien thon «les jusqu'à l’isthme.

Sur la Tierra caliente, oa trouve encore le riche planteur de coton, de canne a sucre ou de cacao, ainsi que celui qui spécule sur la culture de la vanille. Sa maison est la hacienda, demeure plus animée et plus opulente que eelle du ranrbero. Elle est entourée par dea champs enclos et cultivés dans lesquels des canaux d'irrigation amènent l’eau de quelque ruisseau voi-on. C'est là que s’élève lè cacaotier, là aussi que du sol humide sort le bmamer majestueux dont lea immenses feuiltes s'étendent comme de vastes psrssols. aébre tutti agréable qu'utile. Il est par sa beauté l'un des plus gracient ornements des pays tropicaux , en même temps que son fruit à la pulpe savoureuse fournit un des mets les plus agréables de ces brûlantes contrées.

Au milieu de ces champs couverts d’une végétation abondsnte tt dre<*«e un bâtiment su joyeux aspect. De» mur» peu élevés, bLncsou d'une couleur vive, en dessinent Irl contours, un petit clocher le domine; c’eat la hacienda du planteur, le rico ou se gneur de Tierra caliente, c’est là son ebâtrau et sa chapelle.

En approchant de son habitation, des tableaux d’industrie champêtre se déroulent aux yeux. Ce sont des peans vêtus de coton blanc et de toile éerue qui travaillent dans les caiinps; leur tète est couverte de grands chapeaux tressés avec la tige du palmier, leurs jambes sont nues et leurs pieds sont chaussés de grossières sandales qui s’attachent a la Jambe avec des courroies de cuir; c es sandales se nomment guarachSt. Leur peau est brune uni être noire, leur» yeux •ont brillants et sauvages, leurs regards graves et solennels, leur chevelure épaisse et noire comme l'aile du corbeau. Quand ils marchent, leurs pieds se tournent an peu en dedans, ce sont les mêmes hommes que l’on rencontre dans les ville* j apportant l'eau et le bois nécessaires à la consommation, ce sont les Indiens civilisés, Indios montas , véritables esclaves qui n'ont de libre que le nom. bien que leur indépendance cependant soit écrite dans le* loia du Mexique. Ces pénns ou laboureurs sont les serfs du pays, les descendants de la race conquise, de ceux qui jadis ont possédé l'Anahuac.

Telle est en résumé la population que l'on rencontre sur la Titrra caliente dn Mexique, dans les environs de Sania-Crut. Cette population diffère peu de celle des hautes plaines. Ce sont lea mêmes costumes, le» mêmes mœurs et les mêmes habitudes. En fait, ces hommes sont de la même race que tous eeut qui peuplent l’Amérique espagnole. La différence des climats a seule produit les caractères particuliers qui distinguent les uns dea autres ces enfants d’une même patrie.

Le lendemain de mon entrevue avec le major jureor, le jour ne paraissait paa encore qu’un homme se montra à l'entrée de ma tente; c'était le sergent Roh Lincoln.

— Les homme* sont sou* les armes, capitaine.

— T ès hn n , di* je en a.uunl a bas de mon lit et me mettant en devoir de ni'Cqoiper.

Je regardai dehors; la lune brillait encore de tout son éclat, cl j'aperçus à I» lumr de ses rayons un certain nombre d'homme* en uniforme qui se tenaient, comme pour la parade, sur une double file. Ju-te en face de ma tente se trouvait un jeune drôle et un petit cheval. L'enfant, c'était le petit Jack, comme Ici soldais l'appelaient; le cheval, c'était le mustang du peut Jack, nommé Twidget.

Jack était vêtu d’une courte jaquette de couleur verte, ornée d'une

a*e jaune et houlnnore sur la poitrine, et d'un pantalon vert ebur

bande» et moitié collant. Si tête était couverte d'un bonnet de police de dessous b quel sortait une profusion de cheveua boucles. Un sabre de dix-huit a vingt pouces de long et une paire de longs éperons mexicains complétaient «on costume.

Ainsi arme et équipé, le petit Jack présentait es miniature le portrait assez exact des tirailleurs.

Twidget avait aussi ses particularités. C’était un peut et vif animal, assez efflanqué, mais qui avait une qualité inappréciable, celle de pouvoir vivre un temps indéfini avec de» fève» de mexquilea et des feuilles de cactus. Cette précieuse frugalité eut souvent l'occasion d'être mite à l'épreuve. Plut tard, enire autres, peodant le» batailles qui eurent lieu dans la vallée du Mexique, Jack et Twidget « trouvèrent séparés, et ce dernier dut passer quatre jours dans le cellier d'un couvent en ruine uns avoir à u portée autre chose que des pierres et du mortier.

D'oïl lui venait ce nom de Twidget ? Personne ne l’a jamais au. C’était sans doute pure fantaisie de son cavalier.

Quand je parut à l’entrée de ma teute, Jack, qttl m’aperçut, s'élança à bas de sa selle mexicaine, et vint aussitôt à moi pour me servir à déjeuner. Mon repas expédié , je pris en silence avec ma troupe à travers le camp encore plongé d.ius te sommeil. Peu de temps aprèi, nous fûmes rejoint* par le major monté sur un grand cheval efflanqué et suivi d'un domestique appelé Doc qui portait avec

lui on mc de mît pour le cheval et on grand panier contenant des provisions de bouche pour le mailrr. Crue précieuse bourriche ne quittait jamais le major. C'était son vadt mecum.

Nous fûmes bientôt sur la route d'Onsava. Le major et Jack tenaient la tèle de la colonne , et je ne pus m'empêcher de sourire du contraste que formaient entre eux ces deux cavaliers. Le premier, sur Sun grand cheval maigre, semblait, sou» les rayon» d'un jour entore douteux, un de ces gigatitCAques centaures dont nous parle la able . tandis que Jack et Twidget présentaient naturellement à l'esprit l'idée de deux habitants de Lilliput.

En tournant un angle de la forêt, nom aperçûmes un cavalier sur * roule, à quelque distance devant nous. Soudain le major ralentit •a marche pour attendre la colonne, au milieu de laquelle il se plaça. Cette manœuvre fut exécutée par lui avec un naturel parfait; mais je n'en demeurai pas moins convaincu que 1a vue du Mexicain à cheval avait causé à noue commandant une certaine frayeur»

Le cavalier se trouva être un Z»nil»o » la poursuite d'un troupeau qui s'était échappé dans le corrai voisin. Je le questionnai sur ce qui faisait l'objet priucipa! de notre expédition. Le Zatnbo m'indiqua le sud, en me disant en esp-gnol que nous trouverions dans cette direction une grande quantité de mules.

— Hay machos, murhissinio* /(Il y en a beaucoup! ) dit-il en montrant du doigt un»: toute qui traversait les bois situés à notre gauche.

Conformément à celte indication, nous primes le chemin en question. qui bientôt ne se trouva plus être qu'un sentier très-étroit. Noos fume» obliges de marcher à lu file, ce qu’on appelle dans le pays s’avauccr à l’indienne Le entier que nous parcourions était trè*-*ombre, ob»curci qu'il était par de grands arbres qui se recourbaient en voûte au-dessus de nos tètes.

De temps à autre, les branches des arbres, unies entre elles par les piaules parasites, se rapprochaient tellement du sol que le major était obligé, pour les éviter, de courber son grand corps jusque sur le pommrau de sa selle. Il fut même furcé, s deux ou trois reprises difféienles. de descendre de cheval et de marcher à pied au milieu di s broussailles d’acacia, dont les épines lui déchiraient les joues : ce qu’il ne fit pas sans jurer, comme on peut le croire.

Cependant, nous continuions s nous avancer sans bruit, et le silence n'était guère trouldé que par les imprécations du major, encore pourtant ne le» prononçaii-it qu'à voix ba>se, car nous étions dans les bois, Cl cette circonstance le rendait très-circonspect.

Après avoir marché assex longtemps de la sorte, la route s’élargit enfin, et nous nous trou vîmes dans une petite prairie ou clairière au bout de laquelle s'élevait une butle couverte de brousMilles.

Laissant la troupe au pied de cette éminence, je grimpai au sommet pour prendre connaissance du pays environnant. Il faisait alors grand jour, et un solril magnifique se réfléchissait dans les eaui transparentes du golfe. Ses rayons, en frappant les vagues, donnaient à la surface liquide des reflets métalliques qui m'cbloûirent d'abord et ne me permirent qu'au bout de quelques instants de distinguer les n*A»s de. vaisseaux et les tours de la ville.

Au sud et à l'ouest s’étendait une vaste campagne découverte, parée de tout le luxe de la végétation tropicale. C'étaient des champs de verdure, des forêts d’un vert plus sombre entremêlé de larges places on les feoillrs des arbres avaient des reflets jaunes et couleur de broute. D'espace en espace on voyait briller comme un ruban d’argent ; c’éiait le reflet de quelque lac paisible ou de quelque cours d'eau silencieux. En un mot, j'avais à mes pieds un spectacle trop magnifique futur que j’ose essayer de le décrire.

< Au b«s même de la colline se trouvait une vaste forêt. Au delà de ses limites, que déterminaient des palmiers au feuillage élégant, s'étendait une grande prairie, au milieu de laquelle paissaient de nombreux troupeaux. La distance ne mc permettait pas de déterminer au juste l’espèce de ces bestiaux, mais certaines formes particulières me faisaient espérer cependant que nous trouverions dans celte direction 1rs objets de nos recherches.

Ce fut donc vers celte prairie qne nous nous dirigeâmes.

Pour y arriver il fallait traverser la forêt dont je viens de parler, et ce fnt dans ce but que nous nous engageâmes dans un sentier qui paraissait devoir aboutir à 1a prairie en question.

A mesure que nous avancions, le bois s'épaississait, et le sentier paraissait de moins en moins tracé. A quelque distance, nous rencontrâmes un petit ruisseau ; là, le sentier s'effaça complètement. Aucun ligne de chemin ne se trouvait sur la rive opposée. Le sol était couvert de broussailles , de vigne sauvage et de grandes herbes avec des fleurs rouges, le tout présentant une sorte de muraille infranchissable.

Cela était étrange. Evidemment le sentier conduisait jusque-là : comment ne poursuivait -il fias plus loin? Plusieurs hommes se mirent à la recherche d’un passage. Après quelques minutes, une exclamation poussé par Lincoln nous avertit du succès de se» démarches. Je m'av.nçai du côté du chssseur, et je le trouvai occupé a tirer à lui un fouillis de broussailles et de liane» derrière lequel je pus apercevoir un sentier étroit, mais pnrfaitemrnt tracé, qui conduisait dans l'intérieur de U forêt. Les branchages enlevés par Lincoln avaient tellement obstrué l'entrée, qu'on eût pu croire que la main do l'homme

les avait placés là à dessein. Des empreintes de pieds de chevaux étaient encore visibles sur le sol sablonneux de cet étroit sentier.

On y pénétra à la fie les ans des autres. Le major Blossom seul éprouva quelque difficulté à cause de sa grande taille et des gigantesques pioportiwns de son cheval. Ce léger inconvénient à part, nous avançâmes assex facilement sous l'ombrage touffu des srbres.

Nous gardions toujours le silence le plus complet. Après une marche de plusieurs milles, pendant laquelle nous rencontrâmes quelques nmseaux et fûmes obligés de nous ouvrir une route « travers les touffes de nopals et de cactus, noos vîmes s'ouvrir devant nous un grand espace libre. Des traces de culture se distinguaient encore sur ce terrain, quoiqu’il parût avoir été négligé depuis plusieurs années. Des fleurs de toutes couleurs avaient poussé pêle-mêle avec les broussailles. Des bosquets de rosiers fleuris, des ma *ifs d’hélianthes jaunes, des bouquets de cocotier» mêlés à des banani-'-rs sauvages, formaient dans ce lieu un contraste aussi agréable que pittoresque. Sur l'un des côtés, à la lisière de la forêt, a'élevait un toit à moitié caché dans le feuillage. Ce fut vers ce bot qne nous nous dirigeâmes à travers un sentier bordé de deux guarda rayas d'orangers, dont les branches se rejoignaient sur notre tête en formant une voûte odoriférante.

Les rayons du soleil perçaient à travers ce toit fleuri, d'oh s'échappaient des parfums qui embaumaient l'air.

Le chant des oiseaux formait autour de nous un concert délicieux, et le charme de cette scène était encore rehaussé par l'aspect négligé et presque sauvage du paysage.

Arrivés près de la maison, nous fîmes halte. Pour moi, ayant ordonné à mes hommes de se tenir en silence, je m’avançai seul pour faire une reconnaissance.

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