‹ Les tirailleurs au Mexique le capitaine Mayne ReidChapitre 16 sur 47 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Le Norté.

Noos nous précipitâmes sur les pas de don Cosme, mes compagnons ignora ut aussi bien que moi quel jKmvait être le sujet de cette nouvelle terreur.

Lorsque nous fûmes au haut de l’escalier, une scène d’uue sublime borreur s'offrit tout à coup à nos yeux. La ciel et 1a terre avaient été métamorphosé, comme par un coup de baguette magique. L'aspect de la nature, nn moment auparavant si gai et si ruoi, était subitement devenu aussi sombre que terrible. Le ciel était passé du bleu le plus pnr I une couleur noire du plus sinistre présage.

Dans tout le nord-ouest, au-dessus des pitons de la Sierra-Madre, roulaient dea masses de sombres vapeurs ; de leurs flancs déchirés sortaient de temps à autre des groupes de nuages plus légers qui se dispersaient sous la voûte céleste en affectant les formes les plus bicarrés et les plus fantastiques. On eût dit une réunion de démons qui tenaient conseil avant de faire éclater leur colère sur la terre qu'ils dominaient.

Au-dessus du cône neigeux d'Orixava planait un grand nuage pareil h un itntueuse vautour menaçant dans sou vol une victime endormie.

Mais c’était surtout sur U bierra-Madre que s'étaieot rassemblés les nuages les plut épais. De temps s autre de brillants éclairs tiUuonaieut celte sombre masse, puis disparaissaient dans le ciel avec une vélocité effrayante; semblables à de rapides courriers chargés d'annoncer d’un bout a l'autre de l’univers la colère du Maître du cieux.

Du côté de l’orient se dressaient des tourbillons de sable jaunâtre, immenses colonnes qui semblaient soutenir la voûte du ciel et que In vent mettait eu mouvement.

Cependant, l'orage n'avait point encore atteint le rsncho. Autour de nous aucun souffle ne ae faisait sentir, et les feuilles des arbres demeuraient sans aucun mouvement. A ces signes précurseurs de U tempête se mêlaient encore d'autres présages non moins alarmant*. Les oiseaux poussaient des cris de frayeur, les cygnes se plaignaient au milieu de l'eau i on entendait résonner des notes discordantes de la pie-hibou , les perroquets venaient chercher on abri dans le massif d'oliviers. En un mot, tous les animaux épouvantés semblaient dans l’attente de quelque terrible convulsion de la nature.

Bientôt la pluie commmp à tomber en larges gouttes. Nous entendîmes le brait mat qu’elle produisait en frappant sur les larges feuilles des arbres. De temps a autre une rafale venait secouer le tronc ries palmiers, dont le* touilles se beui talent avec des frôlements plaintifs. Puis le calme renaissait, et les branche» accidentellement agitées reprenaient de nouveau leur immubilité nn instant troublée-

Du côté du non! grondait uu bruit sourd semblable au murmure de 1a mer ou à celui d’une cascade lointaine. De temps à autre , on entendait aussi retentir au fond des bois les hurlements des cojoues et les gémissements des singes effrayés.

— - Tapa la e Mal lapa la casai (Couvres 1a maison I couvres la maison ! ) cria don Coame aussitôt que sa tête partit au-dessus dm sol.

— Anda ! anda ! cuti lot tnacaUel (Vnel vite! les cordes ')

Obéissant a scs ordres, les domestiques eurent bientôt apporté de grands rouleaux de nattes de palmier qu'ils se mirent à déployer et b étendre sur la maison de manière a meure le toit de (euiiles et les mars de bambou à l’abri dea venta et de ‘s pluie sous une aorte dm vmiraaae impénétrable.

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Ces premiers soins accomplis, on attacha les nattes avec de fartes cordes au tronc des erhrea voisins. En cinq minutes, tout était ter* miné. La cage élégante dans laquelle noua avioaa dîné était IraoJoamér en uoe maisou dont les murailles étaient tout enUéxca de jaunes pétales. Qt , j

— Maintenant, seriores, tout est à l’abri, noua dit don Cosme, nous pouvons retourner au salon.

— Je serais bien aise de juger par moi-même du premier effet de l'orage, répondis-je; car j'étais fort peu désireu* de me retrouver au milieu de la scène de douleur que nôus avions laissée en bai,

— Soit, capitaine, mais alors mettes -vous b l'abri sous celte galerie.

— il Dit chaud comme dans un fonr, dit le major en gonflant «es grosses joues pour respirer plut amplement.

— Avant cinq minutes, teAor coronel , vous aeres glacé. L'atmosphère est maintenant brûlante, parce que l'air y est comprimé j lu«u, patience, ce » va bientôt se dissiper.

— Combien durera l'orage ? demandai-je,

— Pur Ihot, srAor ! il est im|K>s*ible de dire combien de tempe

sévira le norté. Quelquefois il dure des jours entiers, souvent aussi il a ce»sé au bout de quelques heures. Cependant je juge a I'-|.pa» rcnce du temps que nous «lion» avoir uns huracana, S'il en est an»*i ce sera fort court, suais les effet* n’eu seront pas moins temples». Carra mào ! -. ,

Un souffle de vent glacé pana sur noua en sifflant comme une flèche. Un seconde bouffée suivit la première, puis une troisième, puis enfin un bruit retentiu-siit éclata à Lie oreilles : c’était le vont du nord, le terrible norté, qui «ifflait dam toute sa fureur, enlevant les feuilles, brisant les branches, tordant .'es troncs d'arbre et cU**t tant devant lui une nuée de pauvres oiseaux effrayés qui criaient en cherchant un refuge.

Sous l'effort du redoutable fléau, les oliviers craquaient , le sol était jonché de leurs débria, tandis que les psrimier* se courbaient en fléchissant, puis se relevaient, pour fléchir encore, en agitant leurs têtes touffues semblables à des bannières déployées. Les larges feuille» des bananiers, agitées convulsivement par la brise, frappaient l'air comme autant de coups de fouet, mais résistaient, per la flesibili|4 de leurs tiges, è la fureur du vent déchaîné. En peu d'instant-., un grand nuage accouru des limites de l’borixon nous enveloppa cou» me un jm vi lion de deuil. Tout l'espace fut rempli d’une noire vapeu*r l’air devint épais et lourd, des odeurs sulfureuses rgndireut la respiration difficile, et pendant un moment le jour fut changé en un* nuit obscure.

Puis tout à coup l’air s'embrasa de mille jeU de flamms, la forêt parut en fsu , mais re ne fut que pour un moment, «près quoi tout retomba dans les ténèbres, bientôt vinrent d'autres écUirs, suivis des grondement* du tonnerre -, is foudre roulait au-dessus de no* tétas, et pendu ni quelque temps sa voix majestueuse domina tous les autre* bruits de la nature.

Uu coup n'attendait pas l'autre; les grands nuages étaient sans cesse déchirés p»r des milliers de fuser* brillante»; l'eau et le feu se mêlaient; les éclairs étaient accompagnés de lurrcut* de pluie qui lonriMient sur la terre avec un fracas épouvantable.

(lien ne saurait peindre la sombre majesté d'un pareil cataclysme. Mais l'orage était tropxriolent pour durer longtemps. Le sombre nu.ge qui nous enveloppait eut bientôt dupera d*ns le sud, p«p»*é par Iq vent, dont U froide haleine commençait è le faire sentir plus vive» nu nt, amsi que l’avait prédit notre hôte,

-— Tamos a bajar, senorts (Iledescendons maintenant, messieurs), dit don Cosme eu nous ramenant vers l’escalier.

CJayley et le major me regardèrent de côté avec un air qui teisn blait dire : Irons-nous?

11 y avait en effet pour mes compagnon* et pour moi plusieurs raisons qui nous éloignaient de retourner au salon. Un# scène d «fflio* tion domestique est toujours très-pénible peur uu étranger, et celle qui se passait dans cet appartement était d'autant plus tri.te pour nous que I* «lou eur de cette lanuiie était l'muvre de nos compatriotes et en pertie de nous- mêmes; pus*» hésitâmes- nous un instant sur le seuil. Enfin je pris mon parti et j'entrai en disant è mes amis qu'il était dans la bienséance de rentrer au moins |K)nr un moment et de tâcher d’offrir quelques consolations aux personnes peur lesaueiles nous avions été des messagers de mauvaise nouvelle.

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