CHAPITRE XIX
Moyen de dompter un taureau. *
Nous eûmes bientôt rejoint le guide sur l'éminence. De ce iiulaffi J un magnifique tableau se déroula sous no* yeux. La tempête étaïl tout à lait calmée ; le soleil du tropique, débarrassé de tous lea nuages qui l'avaient quelque temps obscurci, brillait de tout sou éclat et faisait resplendir de mille fenx U surface de la prairie encore bta* mide des gouttes de pluie suspendues aux tiges des longues herbe* comme autant de diamants étiocelants.
fions étions encore loin du déclin du jour, cependant l'orbe brillant du soleil avait commencé à descendre du côté du pilon neigeux d'Orixava et ses rayons avaient pru cet éclat rougeâtre qui caractérise le crépuscule dans les pays intertropicaux. Le vent avait balayé tous les nuages, le ciel s'arrondissait au-dessus de nos têtes cm*' me un superbe pavillon bleu sans tache; les sombres masses emportées vers le sud, au delà des limites de l’borison, étaient maintenant suspendues sur les forêts d’Honduras et de Tabaseo.
A nos pieds s'étendait la prairie semblable à un vaste tapis vert bordé dans le lointain d’une ligne de grands arbres. Des bouquets de bois qui s’élevaient çà et là du milieu de* herbes comme des îles au *eîn de la mer ajoutaient encore au charme du paysage.
À peu près vers le centre de 1a plaine on voyait un petit ranebo entouré de tous côtés d’un parc en palissades : c’était le corroi dont doua avait parlé don Cosme.
Non loin de ce parc, des milliers de bœufs paissaient eu paix dana les grandes herbes. Leurs flancs tachetés et leurs longues cornes droites révélaient l’origine de ces animaux; Us descendaient de la race si fameuse de* amuiaux d'Espagne. Quelques bêtes écartée* du leur troupeau erraient à travers les motte* ou demenraient paisible meut à l'écart étendues sous l’ombre de quelque palmier isolé. Lut clochettes faisaient entendre de tous côtés leurs tintement* aigus eft monotones.
Les bêles à cornes n'étaient pas les seuls hôtes de ces pâturages, des centaines de chevaux et de mules paissaient au milieu d'elle*} tous ces troupeaux paraissaient confiés à la garde de déni seuls vaqueras, qui, vêtus d'habits de cuir et montés sur des mustangs, parcouraient incessamment la prairie dans tous les sens.
Au moment oh nous atteignions le sommet de l'éminence, ces bergers étaient lancés à la poursuite d’un taureau qui venait de s'échauper du corral.
Les vaqueras, les mustangs et le taureau couraient dans la prairio avec la rapidité du vent. Le taureau beuglait de rage et de terreur, tandis que les bergers le suivaient à quelques pas en faisant siffler leur long* lasso*.
Celle course avait pour nous, par son étrange caractère, un intérêt de curiosité, et nous nous arrêtâmes un moment pour en attendre Ib résultat. Qu'on se figure en effet des hommes lancés sur des chevaux au galop avec de long* cheveux noirs flottant au vent, des visage* b.sané* comme ceux de» Arabes, de grands chapeaux espagnols, des calxoneros en cuir ronge boutonné* tout le long de 1* cuiase, do grandes bottes, d'énormes éperons, de bsutes sebe* couvertes d'ornements bisarres, et l'on comprendra quel attrait devait avoir pour noua un pareil spectacle, d’autant plu* que ces hommes manœuvraient leurs chevaux avec une habileté remarquable. C'était beau comme les courses de taureaux, dont les Espagnols tout ai avides.
Le taureau passa en courant à peine à cinquante pat devant noua. Il mugissait avec rage en frappant l’air de tes cornes. Lea bergers le suivaient à quelque distance. Au moment oh ils étaieot en face de nous, un des vaqueras lança son lasso; la courroie décrivit une courbe gracieuse et vint en sifflant s'enrouler autour d'uae des cornes. Aussitôt le vaquera dirigea son cheval de côté de manière à faire tendre U courroie; mata le nœud , mai formé, glissa sur la corne polie, et le taureau, libre de toute entrave, s’enfuit avec une nouvelle rapidité : c’était un coup manqué.
Presque aussitôt le second vaquera jeu son laaio à son tour, mais avec plus de succès. Cette fois la courroie vint s'abattre avec la vélocité d’une flèche autoor des deux cornes de l'animal. Aussi prompt que la pensée, le vaquera fit faire demi-tour à son cheval, lui enfonça les éperons dans le ventre, et partit au grand galop dana une direction opposée. Le taureau continuait sa course, de aorte qu'en un clin d'œil la courroie fut tendue avec force. La secousse la ht vibrer comme une corde d'arc, et l’animal s'abattit sur la prairie. La force du coup avait été telle, que le mustang de son côté fléchit et tomba presque sur le flanc.
Le taurean demeura nn instant sans remuer à la place où il éuit tombé, puia, faisant un effort, il se releva et jeta tout autour de lui des regards égarés. U n’éuit pas encore dompté scajq^oa flammé»
LES TIRAILLEURS ÀtJ MEXIQUE.
de rage, cherchaient partent «et» adversaire, quand tout h coup, •percevant U courroie qui portait de sei cornes pour aller •'attacher è la selle, il baiaaa soudain U tète et «‘élança avec un mugissement furieux a la poursuite du va <UMP*-
Celui-ci, qui avait prévu rifnque, enfonça l’éperon dans les fl* ne* du mustang et partit au galop à travers la prairie. Le taureau suivit le cavalier; tantôt la distatee qui les séparait I un de l’autre se rapprochait assez pour que la courroie devînt lâche, tantôt aussi cette courroie se tendait avec asaex de violence pour donner une forte secousse k la tète du taureau.
,9aàprè» um course d’une centaine de pas, le vaquero tourna brusquement son cheval et galopa en suivant une ligne qui formait angle droit avec la direction qu’il avait d'abord suivie. Avant que le taurean eût pu se tourner lui- même, la courroie a'était de nouveau tend ne avec Unt de force, que l'animal tomba sur le flanc; mais, te mlmnt une seconde fois, U continua de nouveau k suivre le cheval il le cavalier.
Sur ces entrefaites survint l'autre vaqnera.qul, au moment oü k taureau pansait k ta portée, loi lança le lasso de manière qu’une des jambes fut presque entièrement couverte per les spirales de la courroie.
Cetie troisième attaque fut décisive. Le taureuu tomba nne troisième fois k terre, et ie choc fut si rude, qu'il demeura comme mort. Alors un des vaqueras s’approcha doucement de lui et, se penchant sur sa «elle, détacha les deux courroies, et rendit la liberté k l'animal récalcitrant.
Le taureau se releva lentement, jeta autour de lui des regards étonnés, cl, tout honteux de as défaite, regagna paisiblement le eorral >ou« la conduite de sea deux vainqueurs.
La c Imite était finie, noua noua remîmes en marche en nous dirigeant vers la plaine. A la vue de noa uniformes, les vaqueras arrêtèrent brusquement leurs chevaux. Il était évident que l'arrivée de ■aire troupe était peur eus un sujet de frayeur. Ce sentiment «e eompn naît d’autant mieui de leur part que la vue de notre major •'avait rien de ravaurant, et que, sur le versant de la colline, lui et •on grand cheval de bataille •« devinaient sur le bleu du ciel comi .e deux énormes calottes. Les Mexicains n'avairnt jamais va sans doute de chevaux plos grands que leur» mustangs, et l'apparition de notre gigaute.qoe commandant, SUIVI d'une troupe de soldats, n’était pas faite pour les rassurer.
— Ce* gaiiUni -là vont décamper, eapitiine! me dit Lincoln en portant reapectueuaemrnt la main S son front.
— Vousavei raison, sergent, lui répondis-je, et pourtant uns le secours de leurs ta»aos il noos serait aussi facile de prendre le vent que d’aitraper ce* mules k moitié sauvages.
— Si vous Voulet me permettre d’envoyer une balle k l'un de ces mustangs, je Vous garantis d'arrêter la loue da cavalier.
— Ce serait dommage , sergent, répondis- je, il vaut mieux, continuai je en «n'adressant autant k moi-même qn'k Lincoln, envoyer devant le guide. M*it non! nous somme* convenus qu'il fallait j»laiire employer la violence. Major, voudriez- vous avoir la bonlé de piquer en avant ei de couper la fuite i ces gent-là?
— Seigneur! capitaine' dit le major ave*: un regard de terreur, voua ne penses pas a ce que vous dites. Moi! attraper de tels arabe-. ! Mais Hercule n’est pas vigoureux, il ne marche pas mieux qu'un crabe.
C'était une défaite, et je le savais, car Hercule, ainai se nommait te grand Bueépbale do major, était aussi rapide que le vent.
— Alors, major, vous permette* k M. Clayley d’essayer la chose? impliquai je. Mata il est k pied, et si nous laissons échapper ces Mexicain* nota* ne pourrons pas prendre une seule mole.
Le major, voyant que tout les yeux étaient fixés sur lui, se re- Jrcisa sur ses étriers, et d’un air de bravoure et d’importance déclara qne la eboae était trop grave pour en charger personne autre foe lui-même. Et en effet appelant Doc, ton serviteur, il lui ordonna le le suivre, enfonça bravement les éperons dam k ventre d'Heriule et partit au galop.
L'événr mr nt prouva que j’avais trouvé 1e meilleur moyen d'effrayer es vaqneras , car le major leur inspirait k lui aeul plus de terreur jue tout le reste de la troupe. Aussi, en le voyant se diriger de leur côté, ils firent leun dispositions pour noos tourner les talons, et bien |ue je leur criasse que nous étions des amis, lea Mexicains avaient piqué des dent et galopaient dans 1a direction du corral avec une vitrée telle qu’on eût dit que leur vie dépendait de la rapidité de leur eaurse.
Le major les snivsit au galop; Doc venait derrière loi. Le panier que ce dernier portait tous son bras, trop rudement secoué par la rapidité de la eourte, commença k laisser échapper les trésors qu'il contenait. Tranches de pâté, aile* de voisine et autres victuailles touchèrent bientôt le aol. Heureusement que la généreuse hospitalité de don Costne avait rendu ces provisions k peu près inutiles.
Au bout d'un demi-mille. Hercule gagnait sensiblement sur les mustang»; tandis que Doc, au contraire, demeurait tout è fait en arrière. Les Mexicains étaient k peu près à deux cents pas du rancho st le major k cent p as derrière «ta, quand tout d’un coup je vis ec |
dernier appuyer fortement aur les rênes et, par une brusque secousse, changeant U direction d Hercule, revenir sur uom de toute la v : ‘rs*e des jambes du pauvre animai en tournant la tête k chaque iWjbi pour regarder par-des»n« son épaule du côté du porc.
Le* v-querot ne s'arrêtèrent point au corral, comme nous *%«** J étions attendus, mais continuèrent leur courte k travers la prairie , et disparurent bientôt derrière les arbres qui la bordaient de 1 titre côté.
— Quel vertigo a pris k ce pauvre Blossom de revenir quand il gagnait à chique pas aur ce* drôles? demanda Clayley. Ce gros bo ifll aura eu apparemment un coup de sang.