CHAPITRE XX
Rencontre avec de* guoTriBeros.
— Qo^y a-t-il donc, major? demandai-je k Rlosaom au moment oh il arrivait sur noua soufflant comme un marsouin.
— Ce qu’il y a? reprit-il avec une de tes imprécation* favorite*, ce qu’il y a? vous ne voulez pas, j’espère, que j'aille me faire massacrer dan . leurs ouvrages?
— Leur* ouvrages! répondis-je un peu surpris; qu’entendes- vous par Ik, major?
— Ce que i’entend* par leurs ouvrages? J'entends une palissade de dix pieds de haut, derrière laquelle il y a un tas.....
— Un las de quoi?
— Un tas d’ennemi*. Cest plein de ranchero*; j'ai va leur» vilaines faces jaunes; il y en avait au moins une douzaine, il* me regardaient par-dessus les pienx; et si j'eutae fait dix pas de plus, ils auraient tiré sur moi comme sur nne cible.
— Mai*, major, il n'y a lk que de paisible* rancheros et des troupeaux. rien de plus.
— De* troupeaux! Je vous dis, capitaine, que ces deux diable* jaune* qui couraient devant mol avaient une épée attachée k l’arçon de leur selle. Je l’ai parfaitement vue au moment oh j'étais le plu* prè* d'enx. Leur fuite n'était qu’un piège pour noua amener jusqu’au pied de la palissade, j’en jurerais snr ma têie.
— Bien, major, répondis je, mais ils sont maintenant assez loin du corral; et ce que nous avant de mieux k faire pendant leur absence, c’est de nous approcher de cette fameuse palissade et de voir s’il n’y a pas lk quelques mulet dont nous puissions nous emparer: car si tontes les mules sont dehors, il nous faudra retourner au camp lea mains vides.
Tout en parlant de la aorte je poussais en avant, tandis que le major se idnçtit prudemment sur les derrières de la troapc.
Pions eûmes bientôt atteint la fameuse palissade, qui, tout bien examiné, n'élait qu'un corral semblable k tous les pures de même espèce qu’on rencontre dans chacune des fermes k troupeaux de l’Amérique espagnole. Dans an des angles s'élevait une cabane construite en pieux et recouverte de feuille* de palmier. C'éuit lk qne lea vaquera* serraient leurs lassos, leurs alparejas, leurs selle* et tous leur* autres instruments. A la porte de cette cabane te tenait nn vieux Zamho décrépit, le aenl être d’eapèee humaine qui fût d*nt la place; c’était sa tête laineuse qui était apparue au ir..*jo' entre le» pieut de la palissade, et, semblable k un mirair a facéties, la peur avait reflété par douzaines la figure du pauvre nègre inoffensif dans l’imagination de notre quartier-maitre.
Après avoir examiné le corral, je trouvai qu’il était parfaitement disposé pour le projet que j’avaia formé chemin faisant d’y faire entrer les mules qui étaient dans la plaine. En conséquence ] en fis ouvrir les barrières, et nous nous mimes k la chasse du bétail.
Après avoir dépassé le troupeau, je déployai ma compignie en demi-cercle, de manière k former un cordon autour des bestiaux, puis les soldats, s’avançant lentement, se mirent k les pousser du côté du parc.
Nou* étions encore an peu novice* k cette manoeuvre; mal* k l’aide d’une grêle de petite* pierres que nous leur lancions, et des gaule* que nous agitions, les mules sc mirent bientôt en mouvement, et prirent la direction que nous désirions.
Le major. Doc et Jack, les seuls de la troupe qni fussent k cheval, nous rendirent dans cette occasion lea plus grands services, principalement maître Jack, auquel cette besogue plaisait beaucoup, et qui ne cessa de galoper constamment de droite et de gauche aur le dot de TwidgeL
Au moment oh les mules ne furent plus qu’k une petite distance des portes dit corral, les hommes qui formaient les deux pointa extrêmes du demi-cercle se rapprochèrent graduellement de chaque côté de la clôture.
Lea bêtes ne se trouvaient plus qu’à cinquaute pas du corral, les soldats étaient environ à deux cents derrière elles; tout allait donc au mieux, quand tout k coup nous semimes le soi ébranlé derrière nous sous lea pas de plusieurs chevaux. En même temps nous entendîmes retentir les accent* du clairon , auxquels sc mêlaient des cria sauvages semblables k ceux que Ici Indiens ont l'habitude de pousser en chargeant leun ennemis.
J ou* le* regards te portèrent vers le point d'oii partaient ce* cri», et ce ne fut pas sans une vive terreur que nous vîmes 1a plaine envahie par une nuée de cavaliers qui sortaient des trais et se dirigeaient à fond de train de notre côté.
Un seul coup d’ceil suffit pour me faire reconnaître les gutrrilUrii. Leur équipement, leurs armes, leurs bannières de plusieurs couleurs Houant au bout de leurs lances, ne permettaient pas de a’y méprendre lin seul instant.
flous demeurâmes quelques secondes immobiles comme si nous avions été frappés de la foudre, puis un grand ori os ht entendre sur toute la ligne.
J1 fallait prendre promptement un parti. J’ordonnai au trompette de sonner pour qu’on se ralliât su centre.
Le clairon retentit, puis, d'un mouvement spontané , toute la ligne le porta vers l'ouverture de l'encidture. Les mules, serrées de plus
S rès, se précipitèrent en avant et s'entassé renl pélc-mèle à l'entrée u porc.
A ce moment les guerrilleros arrivaient sur nous en poussent leurs cris sauvages, la bannière an vent et 1a lanee en arrêt.
— Andela! andeJa ! mueranlos Yankees! (En avant! en avant! mort •nx Yankees ! )
Ceux de nos soldats qui étaient en avant, gêné* dans leur marche par la foule des mules, se mirent à les piquer avec leurs baïonnettes afin de se faire jour au milieu du troupeau; maia cette façon d’agir faillit nous être fatale, car les animaux ruaient et bondissaient de tous côtés de manière à mettre le désordre dans nos rangs.
— Volte-face, et feu! commandai -je alors.
Au même instant une décharge irrégulière, mais bien dirigée, abattit une demi douzaine de cavaliers. Les assaillants s'arrêtèrent un moment; mais, hientét et avant que nos hommes eussent eu le temps de recharger, les guerrilleros sautant par-dessus les cadavres de leurs camarades, se précipitèrent contra nous avec des cris de vengcince.
Une douzaine des plus braves arriva jusque sur nous et déchargea à petite distance ses escopettes et ses pistolets.
La position devenait très-critique. D'un télé les mules continuaient à encombrer l'entrée do corral et nous empêchaient de nous mettre à l'abri derrière les palissades. De l'autre, l’ennemi s'avançait toujours et menaçait de nous percer de ses lances avant que nous eussions eu le temps de recharger nos armes.
Je vis le danger, et tirant par le bras le domestique du major, je le jetai à bas de son cheval, sur lequel je sautai rapidement pour me porter immédiatement sur nos derrières. Cinq ou six de mes plus braves soldais, parmi lesquels Lincoln, Chane et le Français llaoul, te rallièrent autour de mon cheval, et ae mirent en position de recevoir la charge de la cavalerie sur la pointe de leurs baïonnettes, leurs carabines étant vides.
Au même moment, j'aperçus un soldat allemand, brave mais peu leste, qui se trouvait b une vingtaine de pas en amère de ses camarades et faisait se* efforts pour les rejoindre. Deux guerrilleros fondirent sur lui la lance en avant; je galopai pour aller à son secours, mais j’arrivai trop tard. Un de* Mexicains venait de le traverser de part en part. Le coup avait élé porté avec tant de violence, que le fer et la flamme de la lance sortaient de l’autre cûié du corps. Le pauvre Allemand était tombé sur le coup, et le cavalier poursuivant sa course l’avait traîné b quelques pas au bout de son arme.
Leguerrillero s'efforçait de retirer sa lance engagée dans le cadavre, mais avant qu'il eût pu y parvenir l’épée de Victoria lui avait traversé le crzur.
Son camarade se'prédpita sur moi avec un cri de vengeance; mon épée se trouvait encore engagée, et 1a lanee de mon adversaire n'était plus qu'b trois pieds de ma poitrine, lorsqu'un coup de feo partit derrière moi. Le lancier étendit les bras par un mouvement convulsif et se coucha en arrière de sa selle... il était mort.
— Très- bien, Jack! très-bien, mille tonnerres! Qui vous a montré ce coup? Bravo ! hourra !
Jç. reconnus la voix de Lincoln , dont les puissants accents dominaient tous le* autres bruits.
Un guerrillero s'avançait vers nous au grand galop d’un superbe mustang noir. Comme presque tous ses camarades, cet homme était •rmé d'un sabre qu’il maniait avec beaucoup d'habileté. Au moment Mi 11 arrivait sur moi, je vis un sourire féroce découvrir scs dents blanches; et je l'entendis qui s'écriait ;
— Ah! monsieur le capitaine, c’est encore vous! Je croyais en itoir fini avec votre personne à Lobot ; mais il est encore temps.
Je reconnus le déserteur Dubrosc.
— Misérable! m’écriai-je trop furieux pour trouver autre chose à )td répondre.
Nous étions lancés à toute vitesse l’un contre l'autre; mais j'avais
un cheval peu maniable, et ce fut b peine si je parvins à éviier le* Coups de mon adversaire. Nous nous étions dé|»aa»és sans nous atteindre. Nous nous retournâmes et revînmes l'un sur l’autie pleins «le haine et de rage. Mon cheval, qui é>«it fort ombrageux, fut eff rayé par l’éclat du sabre que Dubrosc agitait dans sa main, et, sans que t’eusse pu le prévenir, m'emporta malgré moi du c6té du eorral. lorsque je fus parvenu b l’arrêter et que Je voulu* revenir unetroi
, sième fois b la charge, je vis que le déserteur et moi étions séparés par une fouie d'objeu noir*. C'éuit une partie des mules qui avaient | «auié par-dessus les portes du corral et s'enfuyaient b travers le prairie. Malgré I* distance, nous continuions b nons menacer du re- «sré, et nous allions essuyer d'en venir 4e nouveau aux maint, quand les balles de mes hommes commencèrent b siffler du cêté de la palissade. La partie devenait trop dangereuse pour Dubrosc; et celui ci, après m'avoir adressé un dernier geste de fureur, se décida enfin i partir au galop pour rejoindre ses camarades, qui s’étaient retirés hort de ls portée de nos carabinrs et ae marnaient sur D prairie en poussant dm cria de désappointement et de rage.