CHAPITRE XXL
Un des Travaux d’Hereulo.
Toute cette escarmouche n’avait pas duré plus de deux minutes, et n’avait été, comme presque toutes les charges de ls cavalerie mexicaine, qu’un choc rapide accompagné de cris sauvsget, de quelques désarçonnemenu, et surtout suivi d’une prompte retraite.
Les guerrilleros avaient pris la fuite aussitôt qu'ils avaient vu que noua avions gagné une bonne position et qu’ils avaient entendu siffler b leurs oreilles lu balles de nos carabines, que noua avions eu le temps de recharger. Dubrosc seul, emporté par ion impétuosité, s'élait avancé jusqu'b une petite distance du parc, et ce n'était, comine je l'ai déjà dit, qu'en te voyant seul, et snpereevant de l'inutilité de sa bravade, qu’il s'était décidé, quoiqu'b regret, b aller rejoindre le gros des Mexicains groupé» hors de la portée de nos armes b feu autour de leurs camarades blessés. Quelques-uns continuaient cependant encore b galoper de cdié et d'autre en poussant du cris furieux.
J'rntrsi dans le corral , oh la plupart de mes hommes étaient déjà parvenus b trouver un abri derrière les palissades. Le potit Jack, fièrement campé sur le doa de Twidgel, rechargeait sa carabine en s'efforçant de demeurer insensible «ux louanges dont on l'aceahltil de toutes parts; mais un compliment de Lincoln vint déconcerter sa gravité, et l'enfant ne put s'empêcher de laisser paraître sur tes traits un sourire de satisfaction
— Je vous remercie, Jack, dis-je en passant près de loi, je vois que vous tavex vous servir d'une carabine b l'occasion.
Jack baissa la tête, et , sans dire un mot, parut de plus belle concentrer son attention sur son arme.
Lincoln avait dans cette escarmouche reçu un coup de lance, mais ce n’était qu’une égratqJUure dont il s’était promis de tirer vengeance; et en homme de parole il n'avait pas été iongteaipa b acquitter sa dette, car il avait enfoncé sa baïonnette dans le bras de son adversaire et l’avait renvoyé complètement estropié de ce membre. Mais cela ne suffisait pas au chasseur, et je le voyais dans l’encldture montrer le poing aux Metieains en murmurant :
— Maudit brigand ! que je te rencontre jamais, tu verras qu'il t'en euira !
Gravenitx, Prussien , avait aussi reçu nn roup ne lanee. Plusieurs autres avaient également été blessés, mais légèrement. L’Altenai>d était le seul qui eût trouvé la mort dans cette rencontre. Ce malheureux gisait encore dans la prairie, b la place oh il était tombé, avec la lance lui traversant le corps. A dix pas de lui ac trouvait te cadavre de son meurtrier, dont le pittoresque équipement brillait aux rayons dn soleil.
L’autre guerrillero avait dans sa chute embarrassé une de ms jambes dans le lasso qui pendait b la selle de son mustang. L'animal effrayé avait pris le mors au dents et traînait son maître sur le sol de la prairie. A chaque secousse que le cheval Imprimait au l*«*o . le eoept rebondissait comme une balle élastique ju»qo’à ta distance de vingt pieds, puis demeurait quelque temps sans mouvement, jusqu’au moment ou nne autre secousse venait lui imprimer un nouvel élan.
Nos yeux , qu'attirait cet hor ible spectacle, découvrirent en même temps plusieurs guerrilleros lancé» b la poursuite du mustang effrayé. Plus loin , cinq nu six autres Mexicains couraient b cheval eu ae dirigeant vers le derrière du corral.
Nous regardâmes de ce cêié. Un grand cheval rouge dont la «elle était vide arpentait la orairie au grand galop. Un instant nous suffit pour le reconnaître : cVtait Hercule.
— Grand Dieu ! le major?
— Oh ! il est en sûreté quelque part , mais oû diable peut-U être f reprit Clayley. Ce qu'il y a de sûr, c'est que ce n’est pas dus li prairie qu'il a été mis hors de combat, car ou ne le découvrait pus k dix milles b la ronde. Ab ! ah ! voyez donc !
Et Clayley riant de tout son cour m indiquait un de* angles du rteeho.
Malgré les scènes tragiques qoe j'avais sous les yeux j'avoue que j’eus beaucoup de peine a m'empêcher de faire chorus avec Clayley, car l'objet qu'il me désignait du doigt n'était autre que le major luimême suspendu A un des pieux du corral par Ife ceinturon de aon
sabre. Dans cette poaition, le pauvre homme m débattait en lançant
une seule goutte d'eau dans le corral. La soif, qui suit toujours la fatigue d'un combat, avait épuisé nos gourdes, et nous a’avions plus rien à boire. De plus, la chaleur était excessive.
Pendant que je pesais dans mon esprit les chances de notre situation mes regards tombèrent sur Lincoln , qui se tenait près de moi, la carabine au pied, 1a main gauche placée sur la poitrine, dans la position d'un soldat qui attend les ordres de son chef.
— Eh bien ! sergent, qu’y a-t-il ? lui dis-je.
— Il y a, capitaine, que je demande la permission de prendre deux hommes avec moi pour aller chercher le corps de l'Allemand. 11 ne serait pas mal de jeter un peu de terre sur le pauvre diable avant que les loups se soient emparés de son cadavre.
— Sans doute, mais n’est- ce point vous exposer? Le corps gît à quelque distance de la palisaade.
, — Oh! je ne pense pas que ces drôles-Ik veuillent recommencer ••tôt ; ils ont asset de la première danse. Toutefois, si voui le voules bien, j'emmènerai deux ou trois camarades avec leurs carabine* pour nous protéger en cas de besoin.
— Très- bien comme cela: faites.
Lincoln retourna vers la compagnie et choisit quatre hommes des plus déterminés, avec lesquels il sortit hors du rempart de pieux.
J'ordonnai aux soldats de se porter de ce côté de l'encldtnre, et de sc tenir prêts k soutenir leurs camarades en cas d'attaque. Cette mesure de prudence était superflue. Les Mexicains firent bien un mouvement en voyant Lincoln se diriger du côté du cadavre; mais comme ils étaient trop loin pour y arriver avant lui, ils jugèrent prudent de rester hors de la portée des carabines américaines : cette démonstration de leur part ■'eut pas d’autre suite.
Le corps du soldat allemand fui doQC apporté dans l’enelôture et enterré avec tout le cérémonial possible en pareille circonstance, bien que personne n'ignorit qu'avant peu d'heures cette sépulture guerrière serait sans doute violée et que le cadavre, tiré de sa fosse, deviendrait la proie des eeyotoes et des vautours.
Les os de notre camarades étaient évidemment destinés h blanchir sur la prairie, et qui de noua pouvait dire que ce ne ffit pas U le destin qui lui était réservé dans quelque* heures ?
— Messieurs, dis- je aux ofiders après les avoir réunis autour de moi, connaissez-vous un moyen de sortir d'ici?
— La seule chose que nous ayons à faire, à mon avia, répondit Qayley, c’est de combattre les ennemis à cette place même. Il ne faut pas penser à les attaquer, ils sont quatre contre un.
— Je ne vois rien autre chose nos plus, dit Oakes avec un hochement de tête.
— Mais, messieurs, leur intention n'est point d’en venir aux maint. Ils veulent nous prendre par la famine. Voyea! Us ont attaché leurs chevaux et paraissent déterminés à attendre, pour nous attaquer, que la fin M la soif nous chassent de cette en clôture.
— Si nous sortions eu bataillon carré ?
— Mais que peut faire un bataillon carré de cinquante hommes contre deux cents cavaliers armés de lances et de lassos? Il n’y faut pas songer; nous Ferions rompus h la première charge. Notre seul espoir est de tenir dans ces remparts jurqu’k ce qu'on se soit décidé à envoyer du camp un détachement k noire secours.
— Et pourquoi n' enverrait-on pas avertir au camp? dit le major, qu’on n'avait guère appelé au conseil que pour la forme, mais dont l'imagination sc trouvait excitée dans celle circonstance par le sentiment de sa propre conservation.
— Oui, pourquoi ne demanderioms-aous pas un ou deux régiments?
— Sans doute, mais qui envoyer, major? demanda Qayley ton! prêt k rire malgré la gravité des arçons lances. Avez-vous dans votre poche un pigeon voyageur?
— Comment! comment! mais n’avona-nous pas Hercule, qui court comme un lièvre ! Mettex-lui an homme sur le dos, et je vous garanti* qu'avant une heure il sera au camp.
— Vous avex raison, major, dis-je en répondant k sa proposition, votre idée est excellente , et si l’on peut seulement gagner les hoés... Ce moyen ne me convient guère, mais c’est notre seule chance... ajoutai-je comme me parlant k moi-même.
— Qu’est-ce qui ne vous convient guère, capitaine ? reprit le major. Qu'avez vous k m'objecter?
— Vous ne pour ri ex pas comprendre mes raisons, major.
Je pensais au désagrément de réussir si mal dans la première expédition dont j'étais chargé.
— - Un homme de bonne volonté pour aller k cheval au eamp 1 fis-je *
côté des soldats.
Vingt militaires se présentèrent k la foi*.
— Qui de voua ae rappelle assex bien la reete noue pouvoir la aoivre au püepf demandai-je.
Le Français Raoul sortit des rangs, et portant la mata à sa tête :
— J'en connais une plus courte, capitaine, dit-il, pur Mata-Corder*.
Je me rappelai que net homme noua avait rejoints seulement a Saerificiot après le débarquement des trompes. Il avait vécu dana le pays avant notre arrivée, et en avait une M »"‘inmt parfaite.
— Etes- voua bon cavalier f
— J’ai servi six ans dame ta cavalerie.
— Très-bien.
— Pentes -voua pouvoir échapper aux ennemis? Ils ••mu presque sur votre route.
— Oui, si je prenais la route que nous avons survie p»"»r venir ici. Mais pas ccl e que je connais, je laissa cclie butte k ma gauche.
— Tant mieux, cela voue, fera gagner du temps. No vous arrêtes pas un mesaent une fois que vousaerea parti.
Ca r s* ils viennent k ae de de votre projet, ils • couperont la route.
— Oh! avec le
Nous parcourûmes ose longue avenue d'arbres on fleurs tout earters à notre «meur.
cheval ronge, il n’y a pus de danger, capitaine!
— Laisses votre carabine, et prencs ces pistolets. Ah i voua en aveu une paire dans les onles. Voyes s'ils sont chargés. Chausses ces éperons. Bien. Débarrassez vous de toutes ces choses pesantes et inutiles , qui sont sur la ■elle. Laisses aussi ce manteau, il ne faut rien qui puisse veus gêner. Quand vous seres près du camp, vous laisserez votre cheval dans le cnapparal ; et vous donneras ceci an colonel C***.
Je venais d'écrire les mots suivants sur une feuille de papier :
«Cnn en Lo * il,
• C’est assez de deux cenls hommes ; qu'ils partent, s’il est tts— ibis, à 1s euit. De la sorte, ttjul ira bien; noos tiendrons jusque-là.
» Votre ami,