‹ Les tirailleurs au Mexique le capitaine Mayne ReidChapitre 24 sur 47 · CHAPITRE XXVIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIL

Je Mi» seul dans me chambre. Vai«-fe dormir? Non. Pourtant voici ne lit qui invite an sommeil. Un dais le surmonte; de Mjrco rideaux l'entourent; les drapa, eu toile de damas, sont d'une blancheur éclatante; tout iovitc au repo», jusqu'à ce tableau qui replé- •ente le dieu du sommeil couché sur un Ut de »aes au milieu d'un 1 groupe d» nymphe* graeiniei.

Je tire le» couvertures, l’aspect delà courbe est encore plug engageant. Sur le chevet sont entassés des oreiller» si Mânes et ai dans , qu’on les dirait préparés pour reposer la têts d'une jeune mariée. Quelle bonne fortune pour un botnme qui depuis drus mois n’a p->* dormi dans ton lit et qui a’est constamment couché au hasard, uii jour sur le pont d'un navire, le lendemain sur le sol de Lobo» au milieu des araignées et des scorpions, plus tard dans son manteau sur le sable mouvant de ht rive mesura me!

Cependant je «eus que le soin a» cil fuit ms paupière. L'espoir, I» crsinle, les souvenirs m'agitent tour à tour. Ma tête travaille. Je repaie dans mon rsprit le* étranges événement» de U journée. Quelques-uns me semblent couverts d'un mystère que je cherche a approfondir. En un mot mon système nerveux est «gîté, U m'est impossible de dormir.

Mon esprit et mon corps ne demeurent pas seuls éveillé», mon ccrur est plus agité encore. De» cordes longtemps silencieuses y ont vibré de nouveau, l’amour y règne en mettre.

Cri amour D'est pas ma première passion, aussi j'en reconnais facilement les symptômes. La jalousie que j'éprouve ne me permet pas de me tromper — ce don Santiago!...

J aperçus deux miniatures accrochées an mur de chaque côté d'une grande glace en lace de laquelle je me trouvais.

Je m'approchai pour en examiuer une, celle qui se trouvait à ma droite. Avec quelle émotion je la contemplai, c'était le portiait de Guitil.iitpc !

— Cependant, me disais-je, le peintre ne l’a pas flattée; il l’a faite de dii ans plus âgée : stupide artiste!

Je m’approchai de l’autre peinture C’est sa jolie soeur mus

doute.

— Dieu du ciel! en croirai-je mes yeux!... Quoi! cette chevelure noire, c«s sourcils arqués, cette lèvre sarcastique... Dubrosc!

Une angoisse mortelle s’empara de mou caur. Je regardai da nouveau le portrait, j'y revins encore , je ne pouvais croire à ce que je voyais. Mais plus j'examinais, plus j'étais forcé de m'avouer que je ne m'étais pas trompé. Le doute ne m’était plu» permis; abattu par ce coup imprévu, je me laissai tomber sur uoe chaise oh je demeurai plongé dans l'abîme de ma douleur.

Pendant quelque temps je liu incapable de penrer, encore moins d'agir. — Que pouvait signifier ceci? Etait-ce bien ce misérable démon, ce fléau de mou eiiAcuce, Cet homme que je rencontrais toujours sur ma route? Devait-il m'être fatal jusqu'au bout?

En effet, il y avait cotre cet homme et moi d'étranges rapporta. Notre première rivalité, les événement» de Lobos, l'apparition de Dubrosc sur La colline de sable, la manière mystérieuse dont il avait traversé nos ligues, sa présence parmi les guerrilleros, tout s'offrait à la fois à mon esprit et me glaçait d'une vague terreur. — Devais je je rencontrer encore ici?

Tout en pensant à cela je pris la lampe et je retournai au portrait,

— Non. m'écriai-je, je ne me suis pas trompé', c'est bien lui, c'est bien elle! Tous deux ici! l’on formant le pendant de l'autre!..,,. Pourquoi? Quel lien les unit? Peut-être sont-ils Lancés?... Et ce don Limita, cc( Américain qui lui a enseigné l’anglais; c'est lui, sans doute, car il s'appelle Emile, 1a voit qui lui parlait à l'ilc Lobos n'a-t-eile pas crié ce nom! Ce ne peut être un autre que lui. Ce misé' a b le ! il aura abusé de sa beauté pour tromper cel*c milbeurcuse enfant. Que ne auis-je venu plus toi ici! ils aant foncés, mariés peut-être. Peut-être!... 6 torture!...

Je rejetai la lampe sur la table et retombai avre accablement sur ma chaise. Je ne lais depuis cou. bien de temps j'étais ainsi eu proie aux plus pénibles pensées, quand won Attention fut distraite par la sonnerie d'une horloge encadrée dans uu grand tableau. Je ne comptai pas le* heures, nuis 1a musique qui suivit me tira malgré moi de ipa torpeur. C’était un air triste et dont, eu harmonie avec mes sentiment*. Uu peu rendu à moi même par cet événement extérieur, je me levai, et j'aliai me jeter tout habillé sur 1c lit, bien résolu à tout oublier et à ne pas penser à elle plus que si je ne 1 cuise jamais

— Je partirai de grand matin, ne disais- ie, et retournerai au cauip MAS l'avoir revue. L’agitation de la vie militaire et les devoirs de ina profession auront bientôt rLcé sou image de mon cœur; d'ailleurs tout cela est uu songe qui s évanouira aux accents de U trompette et

an bruit du canon. Ce n'mt qu’un sentiment fogiüf, une foüucin*tion d'un moment dent je saurai prendre le de wf e. ,

Tout en pariant 4e la sorte, j'svaia posé su tête sur !'•»«#[%* H froid de la toile, en rafrsichtMant me joue, calme mon a gi utica , pL je me trouvai pin» tranquille. - T - ~tr i ~t nlfnt.1 . , • .1

Mais bientôt ma pensée revint avec acharnement à l'idée que j'e^ rayai* en vain de chasser. Comment, me demandais- je, ce crème ge la Nouvelle Orléans a-l-il pu venir ici? Qui m'expliquera ce mystère?

Puis je m'efforçais de nouveau d'éloigner cette pensée importune. J'essayai» d'appliquer mon esprit à mille choses di ver>e* ; à la floue, su débarquement, à l'armée, aux so'dats, à leur* boulons d'uniforme; à leur* épaulettes, à tout ce que je pouvais imaginer, mais en vain. Mon esprit revenait Malgré moi sur ce pénible »ujet, et de nouveau mou cœur battait avec violence, ma tête brûlait, je »ènb»U en une fièvre ardente.

Pendant une heure matière je me tournai sur ma couche, paie l'horloge sonna de nouveau. L'air doux et mélancolique recommept®* et vint apporter, comme la première foia, un peu de calme » ma douleur. D'ailleurs, comme toute chose en ce monde, le désespoir a se* moments de répit, mon corps était accablé de fatigue, mon ime brisée de douleur, et, sous le poids de ce double accablement, j« finis enfin pur m'imdarmirv

CHAP1TR* XXtni. t

U Uunièra après l'ombra. >M A

Quand je me réveillai tout était encore plongé dan» l'obscurité. J'ouvris mes ridesux de damai, pas un rayon de lumière ne pénétrait dans la chambre. Je me trouvai reposé et sans savoir au juste l’heure qu’il était, j’en conjecturai que j'avais dormi longtemps- J« sautai à bas du lit et j'interrogeai ma montre à «.pétition. Elle ne sonna qu'on coup, «'était une demi -heure.

— Qwftfr'un! appelai- je. .>•<*.

La porte s’ouvrit et un flot de lumière entre dans l’appartement, c’était un domestique avec une lampe à le main

— Quelle heure est- il > demandai-je.

— Neuf heures, mon maitrt, répondit le domestique.

Puis posant U lampe sur 1a table, U sonJrt %n instant après. An même moment arriva un second domestique porteur d’un plateau et d’une tasse en or.

— Qu’est-ce que cela?

— Chocolaté, aeftor, que délia Joaqnjna vous envoie.

J’avalai le bienfaisant brenwge «i jeta? préparai à U hâte. Tout en me livrant aux soins de ma toilette, je m'interrogeais pour savoir ai je ne retournerais pas an eamp sans prendre oeogé de b> famille de mon bête: mais le sommeil avau va peu cieatrM ma blessure, d'ailleurs j’ai toujours vti le retour du malin apporter u» peu 4e soulagement à toutes douleurs physiques il morales. U semble que ce soit une loi de la nature , do moine ©a propre eipéiiooce ui'a appris à en juger ainsi. L'air frais et eibb .tu mé du matin exerce tuf nous une bienfaisante influence, et le soleil nous ramené avec la lumière la joie et l'espérance. Si l'on ne me croit pas, qu’eu interroge le malade et il dira a«ee quelle impatience il attend sur ion lit de douleur le retour de l'astre du jour.

Quoi qu'il en soit, je n’osais m'approcher de la glace. Non, me disais-je, je ne reverrai pas le virage «doté à «été du visage détesté. N ou, je retournerai au camp sans Je» voir; je vcm oublie/.,,.. Mon ami est -il levé ?

— Oui, maître, depuis quatre heures.

•- Ah! où est-il?

— Dans le jardin, maître. ,

-s**i? ... vi „ . ,, ; t ; "

— Non, maître, avec les niflas.

Heureux GUjley , murmurai-je, U n’est pas comme moi, torturé

par la jalousie. . .. . . .

J'avais remarqué que l’aimable blonde et mon «ai avaient absoturlurnt le wéiiie caractère. C étaient deux natures »|mp*(Jiiqqes qqi □ < Vaicut «u besoin que de se rencontrer pour sc couvrait rt w coiqpr en lire. La dsuae, lu chant, 1rs plaisirs, telle était pour eut ta vqi^ qui devait les conduire au mariage. Mais qu'un accident vînt »c jeter a la traverse, il* pouvaiaul se dire adieu et se séparer, »«as qu '\\J eût da cœur brisé ni d'une part aï de l'autre. Naturel* heureux pour lesquels l’amour *e compote d'un échange de billets dom, de aoorwçs et d'espérances. Aussi, comme je leur portais envie 1 Mau cecafdÿpe était si différent! , 1 V - • k # *io

, — Dites à mon ami de rentrer à lu maison, j'ai besoin de je .voie.

— Oui, «..lire

Le domestique » inclina et quitta 1 appariement. ^

Au bout de quelques instant» Qlaylcy entra gai comme un pinson.

— Je vois, mon cher lieutenant, que vous ave» bien employé voifi

— Ah! je vous en répond». Quelle délicieuse promenade! Hjdjei.

,ÿ«ticrw4'‘l . - . . . i

, — »«*-.«» dMW 44? . ....

Un bruit de pas de chevaux se fit entendre.

C’était Clayley avec notre eacorte. Tout le monde était en selle et ■ attendait. Don Corme était impatient, dont Joaquina partageait ce aentiment; je ne pouvaia leur en vouloir, la cauae en était trop légitime. r

~~ Aile» devant, je voua rejoint à l'in «Uni.

. L** cavalier» sortirent de l’enclôture aoua la conduite du lieutenant, a cdté duquel marchait don Coame monté aur une mule blanche.

— Voua reviendret bientôt, Henrique ?

— Crojtj que je nuirai le première ecceeiou de tou* nir. Mu* le ** in P*> J* craina, me paraîtra plut long qu’à voua.

— Oh ! non, non.

— Ob ! ai, Lupiu. Ditea-moi que voua m’aime rex toujoara...

Ooerrilleroi mmeaioa.

— Tonjoura, toujours ! Tuya , tuya , haita la mutrtt ! (A voua juaqu’à la mort ! }

Cette queation fut faite bien dea foia, et toujours j’obtins la même réponse. Mais il fallait te séparer. Je montai à cheval. Un regard en partant, un autre à quelque distance, un signe de la main, puis, un instant a pré* , j'étais lancé au plop dans une grande avenue de pai-

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