‹ Les tirailleurs au Mexique le capitaine Mayne ReidChapitre 28 sur 47 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Voyage à l'aveuglette.

Nous marchâmes toute la nuit; les bandeaux dont nos yeux étaient joti verts , s'ils ne nous permettaient de ries voir, avaient au moins ^'avantage de nuus préserver le visage de l’atteinte des épines des in «qui les au milieu desquels nous passions. Empêchés comme nous l'étions de faire aucun mouvement des mains, et dans l'impossibilité par suite d écarter les branches qm nous fnppsient la figura, mus eussions été sans nos bandeaux infailliblement aveuglés. Les certes qui nous attachaient noos faisaient horriblement souffrir. La trajet •effectuait au travers des bois, autant du moins que nous en pouvions juger par le bruit des feuilles que nos chevaux froissaient en passant.

A t approche du rnstiu, noos gravîmes une colline escarpée et qui non» parut d'un difficile arec* d'après la position et Icj efforts de nos monture*. Noua avions quitté les plaines et nous entrions dans U région qui tanche an pied des montagne», de ne m'a pense vea* d'encan mouvement au'our de moi; personne ne pnmaât d'avant «b amère ni

d’arrière en avant : d’où je con> lus que nous étions dans un sentier | étroit et que nous cheminions à la suite les un* de* autres.

Raoul me précédait immédiatement. Nous nous trouvions quelque» foii mrt rapprochés pour pouvoir causer ensemble.

— Que peiint-vous qu'ils aient l'intention de faire de nous? lui dis-je en lui parlant en français.

— Je crois qu’ils nous couduisent ï 1a demeure de Cenobio, je le désire du moins.

— Comment! vous le désires?

— Sans dou e ; car de la sorte nous avons peut-être encore quelque chiner de salut. Cenobio est un brave garçon.

— Vous le connaissez donc?

— Oui, capitaine, j'ai eu quelques rapports avec lui dans le commérer de la contrebande.

— E»t-ce que Cenobio est un contrebandier?

— - Ah 1 contrebandier! cela n'est peut-être pas le vrai mot, c’est négociant qu'il faut dire dans un pays nù le gouvernement lui- même fait un peu de ce genre de commrrce. Ces sorte» de spéculation» sont ici une conséquence presque inévitable de la mauvaise administration. Aussi Cenobio n'est pas, à proprement parler, un contrebandier, niais plutôt, je le répète, un négociant faisant la contrebande »ur une trè»-grande échelle.

— Ab! ah! Raoul! vous faits aussi h l’occasion de l'économie politique.

— Ah! bah! capitaine, il faut bien an besoin savoir défendre ta profession! répliqua mon camarade en riant.

— Et vous peusea que nous sommes entre les mains des gens de

Cenobio?

— Rirn de plus sûr, capitaine. Fichtre! si c’était la bande de Jarauta, il y a déjà longtemps que nous serions d.n» le ciel. Je parle de nos âmes, bien entendu ; car pour nos corps, ils serviraient d'ornements aux arbres de la plant mon de don Cosme. Que le bon Dieu nous préserve de Jarauta... Ce prêtre brigand n’accorde jamais que très-peu de temps pour ae confesser à ceux qui lui tombent sous la main; mais s'il tombe jamais sous la micone, vous le verrez pendu en moins de temps encore.

— Qui vous (an croire que c'est la gueTrilla de Cen"bio?

— Je connais ce Yaûex que nous avons va au ranchn, c’est un dea officiers de Ceuobie ; il est te chef de eette bande, qui n’e»t elle-même qu'un détachement. Ce qui m’étonne, c’est que Dubrosc étant avec lui on ne nous ait pas déjà fait notre affaire. Il faut qu’il y ail en notre faveur qurlque inÛuencc dont je ne me rends pas compte.

Cette observation me frappa et j'étais en train d’y réfléchir, quand la voix du Français se fit entendre de nouveau.

— Je ne me trompe pas, disait-il. Non , cette colline... c'est bien cela... La rivière San Juan doit couler au b»s.

Peu de temps après, nous traversions un cours d'eau, Raoul ajouta :

— Oui , c*trst bien le San Juan , je reconnais ce lit pierreux , c’est bien aussi la profondeur que l’eau doit y avoir dans cette saison.

Nus mules avaient plongé dans un couraut rapide dent la poussière humide avait rejailli jusque sur nos visages, l'eau atteignait les panneaux de n»»s selles, n-ms U srotions froide comme la glace, et cependant nou* voyagions sou» le tropiq .e, contradiction apparente qui s'explique par celle circonsUore que le courant que uous traversions est alimenté par les neigr» de l'Oriuva.

Comme nous sortions de l’eau, Raoul ajouta t

— Mamietiant je suis certain de la rouie, je reconnais très-bien cette nve. Les mules glissent. Voyez, capitaine!

— Quoi? demandai-je avec une certaine anucté.

— Je crois, répondit Raoul en riant, que je perds la raison, je vont invite à regarder comme si vous pouviez vous être à vous-même de quelque utilité en cas d’acciileut!

acl accident? demandai-je pressentant quelque danger, ou» pouvons tomber, voilà! Il y a ici un précipice qu’on re* garde avec raiaon comme trè»-|térilleux. Si nos mules bronchaient, la première chose à laquelle il nous serait possible de nous raccrochel aérait >a cime des arbres qui croissent à cinq cents pieds au-deuoui de nous.

— Grand Dieu! fis-Jé.

— Ah! ne craignez rien, capitaine, le danger est moins grand qu’il ne paraît, les mules ont le pied sûr, elles ne tomberont probablement pas; quant à leur charge, ajouta i il eu riant, elle est trop biett attachée pour qu'il J ait risque de ee côté.

Je n’étsis guère en train de rire et de partager la gaielé de mn camarade. L’idée de voir ma mule gli«ser et rouler dans le précipi. ■£ pendant que nous formions à nous deux un véritable centaure n’.-vait rien de t«és-réeré«tif. J'avais entendu raconter des accidents <'e cette nature; et ce» récits, qui me revenaient à l’e«prit f ne coniiibujient point à me rassurer. Aussi ne pus-je m’empêcher de murmurer entre mes dents :

— Ce garçon avait bien besoin de m’avertir du danger que nous

«murons!

Tout en faisant cette réflexion, je m’assurai de mon mieux sur ma Mlle et serrai les jambe» de manière à saisir facilement tous les mou-

«amen is de l'animal et à être averti du moindre accident qui vica-

Je me cru* lancé dans l'éternité. Mais non : U mule se retrouve ■nr »« pieds . elle galope sur une route plane. Je edi» Mové.

Mais de nouveau tna mule s'élance . les courroies qui m’st'arhent W tendent avec unt de force qu'elles m'entrent comme des couieaut dans les cbsirs. la mule retombe, elle vient de plonger, je me trouve «H* *u milieu de la rivière, 1 eau me monte jinqu'a mi-jambe. A peine dans le torrent, l'animal s'arrête court. Aussitôt que je pus reprendre baleine, j’appelai le Français de toute la force de mes poumons.

— Me voiei. capitaine! répondit une vois près de moi; mais cette voix avait un singulier accent, on eût dit le glouglou d'une bouteille.

— Etes- vous blessé, Raoul? demandai-je.

— Bleisé? non, capitaine.

— Que vouliet-vcos me dire ?

— Ab! je voulais vous avertir, mais je n*’y suis pris trop tard. J’avais compris à l’allure de nos mules que nous approchions de l’eau, car les pauvres bêtes

n'ont pas été mieux traitées que noua. Ecoutes comme elles boivent maintenant.

— Bon Dieu ! j'étrangle,

m'écriai-je en entendant le 3

bru«t de l'eau qui filtrait à I il 7 [ f

travers lesdeoudema mule. A •yfr-j'* J I yC rfV ry il \ h

— Faites comme moi, ca- 1 1 '•jrvX—

pitaine! dit Raoul avec une ** **'- |

jroix qui semblait sortir du xy

ses l’eau entrer dans votre

Le son extraordinaire de PgBy '

Uvoix de R«oul venait do ^ ^

ront pas une goutte, conti- ~r l

nua-t-il, c’est le seul moyen ;

repris-je après de vains e* forts pour abaisser ma bou-

die jusqu'au niveau de l’eau. Nj^m- - c -

— Pourquoi f dcm*nda mon camarade.

— A quelle profondeur

mains libres. Non, non, évidemment non... C’était certainement la vois d'uoe femme, la main *a«si. Quelle autre qu'e/b pouvait faire une pareille démonstration ? CéUH la te» e personne de son sexe que je «oonu-te dans le p»y«, ce ne pouvait ètrr qu elle.

J'.vais beau analyser les unes sp^ès les autre* toute* «es probabilités, j’arrivais toujours an même rVaul'ai. Cetie conviction avait son bon et son mauvais cité, car a’il é*ait doui de penser qu’elle était près de moi, veillsnl comme un ange à ma conservation, d’uo autre c&ié il était bien triste de la savoir entre les mains de cet infime Dubrosr.

— Cependant, pensais-je encore, le coup de Lincoln nous u peut-être délivrés pour toujours de l’odieux créole, car ju u'en ni point entendu parler depuis.

En pensant a cet homme, un dé«ir homicide avait envahi mon ceaur.

— Que puis-je avoir entre Ira lèvres? Un pspier plié! Pourquoi l’avoir mis la plutôt que de le gü>aer dans mon sein ou dans une du

mes poches?... Ab! U J U dans cet acte plus de prévoyance que je ne er»*y«is.

É Comment, eu elle t, lié com-

me je suis, aurais-je pu m'emparer de ce papier?

Peut-être d'ailleurs qu’il contient des choses de nature k meure en danger U

jeune , si innocente et ‘si...

Je pressai le papier contre le tapajn en le couvrant avec mrs lèvrrs de manière qu’il fût caché dans le cas oh l'on viendrait à enlever notre

— Nous sommes arrêtée

voici dans les ruines du vieux couvent de Sanla-Ber-

qu'ns ont fait |a-b«s n’était

caiosde la (terra cotante ne

chaleur. Ils vont sans doute demeurer ici jusqu'à ce qun le frais du soir soit arrivé.

— Je suppose qu'ils nous ferontauisi lafaveurde noos descendre, dit Clayley. Dieu seul sait si nous avons besoin de repos! Je donnerais trois mois de paye rien que pour avoir le droit de m étendre librement pendant une heure sur le lit de camp d'une salle de police.

— lis nous descendront probablement, non par intérêt pour nous, mais par considération pour U* mules. Les pauvres bêtes ne sont pour rien dans tout cela.

Cette dernière conjecture de Raoul se vérifia bientôt. On nous enleva de dessus nos selles et on nous transporta, sans desserrer nos liens, dans une grande salle sombre, où nous fûmes déposés sur le sol comme des paquets de marchandise. Après quoi ceux qui nous avaient apportés là se retirèrent en fermant à double tour une lourde porte, derrière laquelle on eotendait le pas régulier d’une sentinelle. Depuis notre captivité c'était 1a première fois que nous nous trouvions seuls, particularité dont mes camarades s’assurèrent en se roulant dans tous les coins de 1s prison. C'éuit uns doute une bien petite liberté; mais enfin nous pouvions causer ensemble , et dans noue position c'éuit quelque chose.

— Parbleu! dit le Fran- L'animal demeura complètement immobile pendait quelque» ta» Un ta.

Ç#i«, j’avais oublié cette circonsUnce.

Heureusement que, soit

désir de m’obliger, soit plutôt besoin de rafiaiehir ses flancs poudreux, ma mule plongea et gagna un endroit plus creux.

A force de me ployer le corps, je parvins fc plonger ms tête dans l’ean. Dans cette position pénible, tout ce que je pus faire fut d’avaler quelques gorgées du bienfaisant liquide; encore en pris-je bien davanuge per le nés et les oreilles que par la bouche.

Clayley et Chase suivirent notre exemple, et ce ne fut pas sans

Clayley et Chase suivirent notre exemi

jurer que le pauvre Irlandais envoya à ton* les diables les brigands qui forçaient les chrétiens à boire h la manière des chevaux.

Nos gardiens firent bientôt sortir les mules de l'eau. Au moment où nous grimpions sur la rive quelqu'un me toucha légèrement le b*sa , et an même instant une voix murmura à mon oreille :

— Courage , capitaine I

Je tressaillis, c’était une voix de femme. J’allaia répondre , lorsqu’une main petite et douce pesas sous le tapajo et me mit quelque chose entre Ica lèvres. Presque aussitôt la main se retira et j’entendis b voix qni m’avait parlé exciter nn cheval.

Le brait de quelqu'un uni passait an galop prèa de moi me fit comprendre qne mon mystérieux protecteur était parti, et je demeurai sans rien dire.

— Qni pouvait s’intéresser à moi? Jack? Non. Jack a la voix douée, b main uetitf ; mais quelle probabilité qu’il se trouve ici et avec Ica

' ÛAPITBB XXXVL

fiin nlière manière ds lire ses lettre.

— Quelqu’un de vous a-t-il entendu parler de Dubrosc pendant la route ? demandai-je à mes camarades.

— Non. On ne soit rien depuis b fuite de Lincoln.

— Pour ma part, capitaine, ajouta l'Irlandais, je croie que M. Dm-

LES TIRAILLEURS AO MEXIQUE, ti

ÀU bout de quelque temps, l'animal balança mollement ta tète de droite et rie gauche en laissant échapper de aa gueule enlr’ouverle un léger sifflement. Les cornes dont sa tète était armée rendaient son aspect plus horrible encore. De temps à autre il dardait sa Uugue fourchue, qui brillait au soleil comme un rubis.

Il paraissait jeter sur sa victime ces regards qui charment et donnent la mort. Je croyais même déjà voir les lèvres de la jeune bile s’agiter et sa tète se balancer d'avant en arrière en suivant les oscillations du reptile.

J'assistais à cet aErrut spectacle sans pouvoir y rien changer. Mon Ame se trouvait enchaînée aussi bien que mon corps, et, d ailleurs, quand j'aurais été libre, je n'aurais pu lui porter aucun secours. Je suvài* que la seule chance de salut était dans le ûlence, rt que le serpent ne mord que quand il est troublé «u irrité; niais nèlait-il pas occupé en ce moment à distiller sur ses lèvres quelque affreux cl mortel poison?

— O ciel ! m'écriai-je dsna U violence de ma terreur, c'est le démon lui-mème ! Elle se remue... maintenant il va s'élancer !... uoa, pas encore... elle est calme. Malheur! elle ircuthlr... Ir hamac remue... U voici qui s'agite eu proie à cetie fascination fatale... Ah !

Un co* p de feu venait de partir... Au même instant, je vis le serpent rej w ,er sa tête en arrière, ses nœuds se détendirent, et il tomba par terre en se tordant de douleur.

Les dormeuses s'éveillèrent, poussèrent un cri et s’élancèrent hors de leur hamac.

Puis, sa prenant par la main, elles disparurent bientôt.

Plusieurs hommes, arrivés au bruit du coup, avaient déjà tiré leurs sabres, et en avaient frappé le serpent. L'un d’eux s'était baissé, cl examinant le cadavre du reptile, il s'écria t

— Carat / il a un trou à la tète, c'est une balle.

Un instant après, cinq ou six guerroieras ouvrirent la porte et entrèrent dans notre prison en criant I

— Quîeit tira ? (Qui a tiré ?1

— Que dites-vous? répondit brusquement Raoul, qui était de trèsmauvaise humeur depuis que le guerrillero lui avait refusé à boire.

— Je vous demande qui a tiré ce coup de feu ? reprit le Mexicain.

— Qui a tiré ce coup de feu? répéta Raoul, qui ne connaissait rien de ce qui s'était passé dehors.

— Commrnt diable voulci-vous que nous tirions un coup de feu ? £i j’avais cette faculté, mon très-cher, le premier usage que j'en ferais serait de loger une balle dan* votre vilaine tète.

— Sanlùima/ t’écria le Meiicain au comble de l 'étonnement, ce ne ;*eut être aucun de ces gens-là, ils sont tous attachés.

Là-dessus, nos visiteurs sortirent en noua laissant à dm réflexions.

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