‹ Les tirailleurs au Mexique le capitaine Mayne ReidChapitre 29 sur 47 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

La quartier géoàrsl de la gosrnUa.

Lee miennes n’étaient guère agréables. J'étais à la fois intrigué et

ch’grin, chagrin surtout de voir que celle qui m'était plus chère que la vie était ainsi exposée s mille dangers.

(/était sa sœur qui occupait l'autre hamac.

— Ü«mt elles seule*? me disais-je. Som-elle» prisonnières dans les mains de ces brigands? I. ho-pitalué qu'elles noua oq| donnée est-elle cause de leur proscription? Toute cette famille infortunée n’tst-elle point conduite devant quelque tribunal Peut-être se sont-elles mise* tout simplement tous la protection de cette bande pour sc préserver des attaques des autres brigands encore moins scrupuleux qui infe»ient la contrée.

11 n'cal pas rare, eu effet , sur la Rio-Graude , de voir de riche* familles voyager auus la conduite de pareilles escortes; cela m'éclairait sur...

— Mais je vous dis que j’ai entendu un coup de feu, et, sur mon âme ! c'est la carabine du sergent, ou bien j'ai tant à fait perdu l'esprit I

— De quoi ■‘agit-il? demandai -je prenant part à la conversation de mes compagnons.

— G ht ne prétend avoir entendu un coup de feu et eoutient que cetl ia carabine de Lincoln, répondit Clt y ley.

— Son arme a un mu tout particulier, capitaine, dit l’irlandais en s'adressant à moi. Il diffère entière ment de celui d'un tromblon mexicain, et ne ressemble même pas à celai de nos carabines. Cela tient h U manière dont le sergent charge.

— Bien. Et «nantie ?

— Raoul me diMit qu’une de ce* penut jaunes a demandé qui avait tiré, et moi j’ai répondu que j’avais entendu ttn coup de feu, car mob oreille sa trouvait alors tout près de la porte. Quoique ce ne fût pas très-distinct, je n’en jurerai* pas moins que c'est la carabine du «efgent, et pas d'autre.

— C'est très-étrange, murmurai-je à demi-voix, car j’avais, de moto côté fait ia même observation.

— J’ai vu l'enfant, capitaine, dit Raoul , Je l’ai aperçu qui ttvhK- •ail ai moment oh on ouvrait la porte.

— L'enfant ! quel enfant ?

— Celui que nou» avons é'é tirer de la ville.

— Ab ! Narcisse ! Vous l'avex vu ?

— Oui; et si je ne me trompe pas, j'ai aperçu antsi la mule blanche sur laquelle le vieux gentilhomme est venu au camp. Je pense que toute la famille se trouve avec la g ierrilla, et que c'est pour cctxe raison que nous sommes encore en vie.

Ce fut un trait de lumière. Pendant les terribles viogt-qu»tre heures qui venaient de s'écouler, je n'avais pas encore pensé a Narcisto. La présence de l’enfant m'expliquait tout. Le Z«»bo tué par Lincoln, pauvre victime! était un ami qu'on nuu* rnvoyait pour nous avertir du danger. Le poignard de Narcisse trouvé sur lui, un signe de reconnais** ri ce, la douce vo>t qui m'avait parlé, la main qui avait p*»é tous le lapijo, tout cela c’éUit rncore Narcisse.

Le mystèrr qui m'environnait écait a la ha éclairci, mais *»n« que j’en fusse plus heureux. Au contraire, je soutirai» de l'iuiliffércnce qu'on me témoignait d’un autre côié.

— Elle doit, me d» sais je, savoir que nous sommes ici, puisque sou frère ne l’ignore pas. Nous sommes blessés, couverts de chaînes , et elle dort !.. Elle voyage à quelques pas de moi , et quand ie souffie Unt, elle ne m’adresse pas un mot de consolation! Non ! pendant que je suis lié comme un paquet sur ma mule, elle C't assise sur quelque soyeux coussin ou mollement balancée dans *a litière; peutêtre même se fait-elle escorter par ce miaérable Duhrosc! ils Causent Ousemble !... Peut-être aussi qu'ils vont jusju’à insulter au malheur de leur* prisonnier*. Lui, du moins, ne s’en fait pas faute; et elle, après avoir entendu cela, elle peut s'étendre dans son bamac et dormir du plus dous sommeil...

Le bruit de la porte qui s'onvrait de nouveau mit hn à mes amères reflétions. Six guerrillero* entrèrent, noua remirent nos bandeaux, et nous reportèrent sur nos mules.

Peu d instants après, le clairon te fit entendre, et la troupe reprit sa marche.

Nous suivions le lit d'un torrent, espèce de ravine ou canada. Noua pouvions juger, à la fraîcheur de l'ombre et au bruit des échos, que nous cheminions dans de grands boit. La voix du torrent, qui grondait sourdeintnt à ooa oreilles, n'éuil pas sans quelque charme. Deux ou trois fuis MU* traversâmes le cours d'eau à gué, autant de fois à peu près nou» nous en éloignâmes pour y revenir encore. Celte marche sinueuse avait pour but d'eviier les c*Aon*. Au bout d’un certain temps, nous gravîmes une longue colline, et à peine arrivés à son sommet, nous nous mimes à descendre le versant opposé.

— Je reconnais parfaitement cette roule , me dit Raoul ; elle conduit à la hacieoda de Ccoebio.

— Pardieu I continua -t-il, je dois connaître celte colline!

— Pour quelle raison ?

— D abord, capitaine, parce que j'y ai porté plus d'une caisse de cochenille et plus d'une balle de Ubac de contrebande. Ah I j'avais les yeux libres à cette époque-là, et c'était, ma foi 1 le cas de s’en servir.

— Je suppose que vos contrabandisla* avaient Min de choisir pour leurs rspétlioons les nuits le» plus sombres.

— San* doute; mais il ornwail p-rfatt que le gouvernement prenait *c* lunettes, rt, nt« foi 1 la contrebande devenait dangereuse ■lois 1 Nous avons eu pins d sur esCatnioucbc avec les douanier*. Fichtre ! oui, j'ai mes raisons de mr r#pp«ler celle «oiltne. Il ne s'en est pas fallu de l'épaisseur d'un cheveu que je ne sautasse d'ici dams le purgatoire.

— Ah ! et comment cela ?

— Cenobio avait acheté une forte partie de cochenille d’un nué marchand d’Oaxaca ; on l'avait cachée dan* la coUsne, à dent lieues de la hacienda. On attendait, pour l'expédier, un navire qui devait venir la piendre à l'embouchure du Med cl lin.

Une partie de 1a bande fut chargée de transporter celle cargaison •ur le rivage, et comme I* choie était d'une valeur très- considérable, nou* fûmes armés jusqu’aux dents , avec ordre du patron de 1a défendre jusqu'à la dernière extrémité. Cenobio avait en soin de choisir de* gaillards capables de résister vigoureusement. Le gouverneur, qui , par hasard on autrement, avait en vent de la choae, expédia de Vers-Cru* un détachement peur nous prendre. Nous reacoutràmes la troupe de l'autre côté de cette colline, près da la route qui conduit à Medeilia.

— Tiès-bien ! Qu'est-ce qui arrive P

— Il arriva une bataille qui dura presque uue heure, et après avoir perdu une ditaloe de leur* meilleur* homme*, le* vaillant* L ancien retournèrent à Ver» -G ru s un pen plan vite qu’ila n'eu étaient venus.

— Et le» contrebandier*?

— Il* conduisirent les marchandise* à burd. Trois d'eutr* eux, pauvres diables ! doivent être encore tout près d'ici. Peu s'en fallut que je n'euase le même sort. J'*vs» reçu à travers la cuis** un cuap de lance qui me fait encore souffrir en ee moment, fichtre !

Raoul venait de prononcer ces dernier* mou, quand j'entendis des chiens aboyer au-dessous dé nous. D'autres hrnnttxeinenls leur répondirent : c'étaient leurs camarades qui paimaient dams un champ voisin.

— Nous approchons de le naît, dis-je k Raoul.

— Je croîs que nous sommes à peu près au coucher du soleil , reprit celui-ci , on sent la nuit.

Je ne pus m’empêcher de sourire à la réponse de mon camarade, qui, k défaut de ses yeux, se servait de son nex,

Les aboiements des chiens avaient cessé, et nous entendions des voit d'hommes qui souhaitaient la bienvenue sus guerrilleroi.

Le pied de nos mules frappait sur des dalles, et le bruit se prolongeait comme s’il eût été répété par les échos d'uuc voûte.

Nos montures s'arrêtèrent ; nous fûmes dépaquetés et jetés rudement sur les dalles comme des ballots de marchandises non fragiles.

Pendant quelques instants, nous entendimes autour de nous un brouhaha assourdissant. Les chevaux hennissaient, les chiens aboyaient et hurlaient, des boeufs mugissaient, les arrieros criaient et juraient en déchargeant leurs mules, les sabres résonnaient aur le pavé, les éperons tintaient , des vois d'hommes et de femmes mêlaient leurs bruyants éclats; c'était étourdissant.

lieux hommes s’étaient approchés de nous et causaient entre eux.

— Ils sont de la troupe qui nous a échappé à la Virgen, disait l’un, deux d’entre eux sont officiers.

— Chïngaro! répondit l'autre, j’v étais, à la Virgen! Il y avait

Ï uelque diablerie dans leurs balles. J'espère que le patrons fera penre tou« ccs sauvages d'Yankees.

— Quien sabe ? ( Qui sait ? J répliqua le premier interlocuteur. Pinson a été pris ce matin k Puenta Moreno avec plusieurs autres. Ils ont eu un fandango avec les dragons yankees. Tu sais ce que le vieux pense dr Pinxon : il aimerait mieux se séparer de sa femme que de lui. — Alors, tu crois qu'on lea échangera ?

— C’est probable.

— Vois tu , nous aurions été pris toi et moi qn'il ne s’en serait guère inquiété; il nous aurait laissé pendre comme des chiens.

— C'est vrai, mais que veux tu ?

Je commence à être fatigué de lui. Par la Vierge ! José, j’ai bonne envie, à la première occasion, de joindre le Padr s /

— Jarauta ?

— Oui. Il est dn côté de Bridge, avec un bon nombre de Jarochos. Quelques uns de nos anciens camarades de Rio-Grande sont avec eux. Ils vivent en coorint les grandes routes. J’ai entendu dire qu'ils passaient de bon temps. Si Jar. nia avait pris ces Yankees, le xopiloté aurait diué aux dépens de leurs carcasses.

— C'est vrai, reprit l'autre. Mais , allons , ôtooa le bandeau de ces diables, et donnons-leur ces fèves. Dieu veuille que ce soient les dernières qu’ils mangent !

Après ce charitable souhait, José se mit à délmucler nos tapajos. Nous fûmes encore une fois rendus à la lumière. Le jour noos éblouit à tel point, que pendant quelques instants nous oe pûmes rien voir de ce qui se trouvait autour de nous.

On nous avait traînés dans nn coin dn patio, «aste cour entourée par d’énormes manilles et par des bttiineuts s toits plats.

Ces constructions étaient peu élevées et assex grossières à l'exception pourtant du corps de logis principal , qui servait à l'habitation. Le reste consistait en étables, en granges et en logements destinés aux domestiques et aux guerrilleras. Une galerie régnait tout le long du grand corps de bâtiment. De besux vases remplis de fleurs en ornaient la balustrade. Cette galerie était défendue contre lea rayons du soleil par d’amples rideaux en drap de couleur écarlate. Ces rideaux, à moitié tirés, nous permettaient d’entrevoir l’ameublement, qui paraissait fort somptuenx.

Au centre du patio s’élevait une grande fontaine dont l’eau retombait dans un grand réservoir en pierres de taille. Près de ce bassin croissait un bosquet d'orangers dont les branches chargées de fleurs et de fruits retombaient presque jusque dans l'eau.

Cette cour était en outre un véritable arsenal. Des armes de toute jspèce étaient appendues aux murailles; des fusils, des pistolets, des sabres. Deux pièces de canon avec lents caissons et leur* affûts se trouvaient également dans un angle du patio. Nous reconnûmes dans ccs pièces nos deux vieilles connaissances de la Virgeo.

Le patio contenait aua*i une grande auge qu’entourait un double rang de mules et de mustangs occupés k manger avidement le maïs dont on l’avait remplie. Les traces de la selle encore imprimées sur le flanc de ces animaux indiquaient assex que c’éuient Ik les compagnons de notre fatigant voyage.

De gros chiens couchés sur les dalles brûlantes grognaient chaque fois que quelque bruit se faisait k la porte d’entrée. Leurs larges mâchoires et leur poil fauve dénotaient la race espagnole; évidemruent ils descendaient en ligue directe de cea terribles dogues avec lesquels Cortcs donnait la chasse aux malheureux naturels du Nouveau Monde.

Les guerTilleros, suis et groupés autour des feux allumés, faisaient rôtir des morceaux de boeuf embrochés k la pointe de leur sabre. Quelques-uns raccommodaient leurs selles ou fourbissaient quelque vieille carabine ou quelque informe iromblon. D’autres se promenaient majestueusement (Uns la cour en étal nt leur brillante wanga, ou en drapa nt sur leurs épaules leur pittoresque se râpé.

La grand nouibru de femmes æ trou*' -sent mêlée* aux hommes.

La télé couverte du reboto, elles vaquaient k différents travaux; les | unes venaient avec de grandes cruches puiser de l’eau k la fonta-ne;

les autres, agenouillées devant des pierres plates, pétrissaient les tor- | tillaa; d'autres préparaieut le ehilé et le chocolat dans des ollss de terre ou faisaient cuire des fnjolea. Toutes ces occupations ne les absorbaient pat assex cependant pour les empêcher de rire et de causer avec le» hommes qui lea entouraient.

De temps k autre quelque officier, reconnaissable k la coupe de ses vêtements, paraissait sous la galerie pour donner des ordres au} guerrilleros, puis rentrait bientôt dans l’intérieur de la maison.

De gros ballots de marchandises étaient entassés dans un coin de la cour. Autour de ces ballots circulaient des arrieros vêtus de cair occupés k mettre leur chargement en sûreté pour La nuit ou k pendre leurs alparejat aux cloua plantés k cet effet dans la muraille.

Par-dessus les toits opposés noos voyions, de la positioo élevée qu nous occupions, se déployer de vastes champs bordés par de haute forêts. A I horizon te dessinaient le Cofre de Peroté et la ligne si nueute des Andes. Au-dessus de tout ce paysage et dans un vagm lointain s’élevait le pic blanc d'Orixava, immense pyramide de neigi dont l’éclat tranchait admirablement sur le bien du ciel.

Ce magnifique tableau, si calme et si pur, portait avec lui une telle idée de grandeur et de sublimité, que pendant un moment j'oubliai ma captivité. Hélas! mon illusion ne fui pas longue. La voix de José la fit bientôt évanouir. Ce guerrillero arrivait suivi d'une couple de péons porteurs d’un grand plat de terre contenant notre sonper.

Ce festin consistait en fèves noires, accompagnées d'une demidouzaine de tortillai. C'était peu somptueux, mau nous étions k moitié morts de faim, et nous ne nous arrêtâmes pas k discuter la qualité des mets. Le plat fut posé au milieu de nous. Nos bras furent enfin déliés pour la première fois depuis que nous étions captifs. On oc nous donna ni couteaux, ni fourchettes, ni cuillers, mais Raoul nous montra la manière mexicaine d’avaler sa cuiller. A son eiemple . nous nous servîmes des tortillas pour puiser dans le plat; et nous eûmes bientôt fait disparaître toutes les fèves, avec les tortillas qui nous avaient servi de couverts*

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