‹ Les tirailleurs au Mexique le capitaine Mayne ReidChapitre 30 sur 47 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

OalaaWrie de Chine.

Le plat fut vidé en moins d’un saut d’écureuil, comme le fit observer fort judicieusement Clayley.

— Sur ma foi, ça se laisse manger, tout noir que cela est! dit Chine en regardant tristement le plat vide, l'ab.ence est encore pire que b couleur. Ditcs-moi, mon cher garçon, continua-t-il en s’adressant k José, n'y aurait-il pas moyen de nous en donner encore un peu?

— No entiende . répondit le Mexicain eu branlant la téie.

— In ten day$/ (En dix jours!) s’écria Chane, qui, se méprenant aur la valeur des mots No entiende, prenait, vu la similitude de prononciation, la réponse du Mexicain pour un fragment de pbrase anglaise. Dans dix jours!... Mais avant ce temps-lk Murtagh Chsne sera depuis longtemps k manger, soit dans le purgatoire, soit ailleurs, quelque chose de meilleur que votre cuisine.

— No entiende, répétait toujours le Mexicain.

— Ten dayt 1 mère de Dieu! nous serons tous morts de faim avant l’expiration de la moitié de ce délai, et noua n'aurons plus besoin de toutes vos drogues.

— No entiende , senorf reprit de nouveau le guerrillero.

— Va-t'en au diable ! lui ena Chane, dont la patience était k bout.

— Que quiere? demanda le Mesicain en s’adressant k Raoul, qui, pendant tout ce quiproquo, se tenait les côtés de rire.

— Que vous dil-il , Raoul ? demanda Chine avec aigreur.

— Il dit qu'il ne vous comprend pas.

— Paries-lui vous-même, Raoul; dites-lui qu'il nous faudrait encore quelques fèves et un peu de ces galette*, si cela ne le contrarie pas...

Raoul transmit la requête de Chane.

— No hay, répondit le Mesicaio en se mettant l'index sur le nés.

— Mais ce n’est pas cela , mon cher, nous vous demandons s'il n’y a pas moyen de nous apporter quelque chose k manger?

— No entiende, dit alors le Mexicain en répétant le même signe «1e tête.

— Ah! vous voilk encore avec vos Ten daytl Mais, mon cher, c« n’est pas l’usage de faire attendre si longtemps une si mince régalade.

— Il vous dit qu'il n’y en a plus, reprit RaouL

— Oh! le traître Judas! mais il y eu a au moins cinq cents mesure i dans 1a cour, regardez! Plus de fèves! Ah! l’infâme menteur!

— FrijoUs no hay, répondit le Mexicain quand l'observation de Chane lui eût été traduite.

— Fray holeysl (Saints du paradis!) répéta Chane abusé de nouveao par la prononciation espagnole du mot frijolet (fèves); et qu'est ce que les saints ont k faire ici maintenant? C'est bien le momeul, ut foi, de parler de sainteté!

Raoul, Clayley et moi étouffions k force de rire. Il n’y avait qu l’Irlandais qui tint «or. jerieux.

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— j’étrangle, dit ce dernier «près une pause. Demandez- lui de l'ean, Raoul. J'espère qu’il ne peur» pas dire qu'il n'y en a pas quand à deux pas de nous il coule une fontaine qui en donne en abondance et d'aussi pure que la liqueur d’Eonishowen.

Raoul demanda, en effet, de l’eau, dont noua avions tous le plus grand besoin; nos gosiers étaient aussi enflammés qu’un charbon. A cette demande, José fit un signe de tête à une femme, qui, peu d’inatanu après, arriva près de nous avec une jarre pleine d'eau.

— Offrei-la d'abord au capitaine, madame, dit Chane en me désignant. vous en donoeres à tout le monde, mais il faut savoir respecter ! les grades.

La femme comprit ce signe et vint me présenter la cruche. Après avoir bu copieusement, je la passai à mes cama rades Clayley et Raoul. Chane la prit le dernier; mais au lieu de boire immédiatement, comme on pouvait le supposer, il plaça le vase entre ses genoux et se mit à regarder la femme avec affectation.

— Je dis, ma petite amie, fit-il en clignant de l'œil et lui touchant doucement U taille, ma petite Moochacha... n'est-ce pas ainsi qu'on dit, Raoul?...

— Aluchacha? Oui.

— Bien. Ma jolie petite Moochacha, ne pourriez-vous pas... Ah! c'est bien peu de chose ce que j'ai à vous demander... ne pourriezvous pas me donner une gorgée de quelque chose de moius fade que cette eau? Vous seriez si gentille si vous le faisiex !

— iVo entiendel répondit la femme en souriant de la pantomime comique de Chane.

— Au diable! voici encore celle-là avec ses Ttn days. Parlea-lui, Raoul, expliquez-lui ce que je demande.

Raoul transmit 1a requête de son camarade.

— Ditea-lui, Raoul, que je n'ai pas d'argent à lui donner, parce que nous avons été dépouillés, mais que je lui ferai cadeau de ces images de saints en échange de la moiodre goutte d'eau-de-vie.

Et en parlant ainsi l’Irlandais sortait ses images de la poche de son habit.

La femme, eu apercevant toutes ces saintetés, se pencha avec curiosité en poussaut une granle exclamation de surprise; puis, ayant bien vite reconnu que c’était un crucifix, U Vierge et uu saint, elle se mit à genoux et murmura dévoiement quelques urauoos dans un langage moitié e«pagnol, moitié aztèque.

Sa prière terminée, elle se leva et jeta sur Chain: un regard de commisération en murmurant doucement : Rutno colviico! Puis, rejetant son rebozo par-dessus son épaule gauche, elle a’éloigua et traversa précipitamment la cour.

— Croyez-vous, Raoul, qu’elle soit allée chercher la liqueur?

— Sans aucun doute, répondit le Français.

Quelques minutes après la femme revint, apportant, en effet, une bouteille à moitié cachée tous les plis de son rebozo. Ôte la présenta à Chane.

L’Irlandais n'eut rien de plus pressé que de dénouer le cordon qui attachait ses reliques.

— Laquelle piéférei-vous, madame? dit-il : le aaint, ou la bonne Vierge? les voulez-vous tous deux? Murtagh voua les donnera avec plaisir.

La femme, après s'être assurée d'un coup d'œil qu'elle n'était pas observée, se pencha sur Chane et lui dit d'un ton ému :

— No, senor, su proteccion necrssecita V,

— Que dit-elle, Raoul f

— Elle vous dit de garder ces images, que leur protection vous est encore plus nécessaire qu’à elle.

— Sur mon âme, elle a raison! J'eo ai plus besoin que jamais dans la position où je suis. Il est grand temps, d’ailleurs, que ces saints p.trons fassent quelque chose pour moi. Voilà dix ans que je porte leurs image*, et cette petite bouteille est la seule faveur que j'aie jamais reçue d’eux. Tenez, capitaine, essayez-cn, cela ne vous fera pas de mal.

Je pris la bouteille et je me mis à boire. C’était du chingarito, esi>èce de mauvaise eau-de-vie qu'on lire de l'aluè* sauvage. Cela me brûlait comme du feu. Après en avoir bu une gorgée, je passai la bouteille à Clayley, qui en usa plus amplement. Vint le tour de Raoul, après quoi la bouteille retourna entre les ma n* de l’Irlandais.

— A votre santé, dit te galant Chine en se tournant vers la femme mexicaine, puissiez v»ui vivre iusqu’à ce que vous désiriez mourir!

— No enliende, répondit la femme en souriant.

— Ah! vous tenez a vos Ttn days, mais nous ne nous chicanerons tas l*~dessu*... Vous ête» une brave créature, continua-t-il en l« regardant, et quoique votre jupon soit trop court et que vos bas soient en mauvais état, vous n'en avez pas moins U jambe bien faite et un ;rès-joli petit pied.

— Que dice? demanda la Mexicaine en s’adressant à Raoul.

— Il vous complimente sur U délicatesse de votre pied.

Crue flatterie parut plaire à 1a dame, qui, en effet, cachait un trèspetit pied dans un soulier de satin fané.

— Mite»- moi, ma chère, êtes-vous mariée? continua Chane.

— Que dice?

— li s'informe si vous êtes mariée.

La femme plaça en souriant son doigt sur le bout de son nez, ce que Raoul traduisit à l’Irlandais comme une réponae négative.

— Eh bien! sur mon âme. si vous voulez m'épouser et retourner au pays avec moi, je suis votre homme, à la condition, bien entendu, que je me tirerai d'ici. Dites-lui cela, Raoul.

Celui-ci fit part à la belle des intentions de son camarade, mais la Mexicaine sc contenta de rire zans rien répondre.

— Qui ne dit mot consent. Mais dites-lui encore, Raoul, que je n’ai pas un sou dans ma poche, et que la première chose à faire (fri! de me tirer des gnffes de tous ces gaillards-là. Dites-lui cela.

— El senor esta muy allegrel (Ce gentilhomme est très-plaisant répondit la femme, puis elle reprit sa cruche et s'éloigna.

— Eh bien, Raoul, consent elle?

— Elle n'a pat encore fait toutes scs réflexions.

— Ah! par le saint vêlement, le pauvre Murtagh file un vilain coton, les saints ne le sauveront pas. En attendant, prenons encore uns goutte.

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