‹ Les tirailleurs au Mexique le capitaine Mayne ReidChapitre 31 sur 47 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

La danse da la tagarot*.

La nuit vint; des fagot* furent allumes, et le feu éclaira le patio de ses fauves lueurs. Tous les objets et personnages divers, déjà ai singuliers et pittoresques par eux-mêmes, qui encombraient la cour, prirent aux reflets rougeâtres de la flamme de pin un aspect plus fantastique encore. Les guerrilleroi, leurs larges chapeaux ornés pour la plupart de plumes, leurs yeux noirs flamboyants, leurs dents aiguë* et blanches, l'expression à demi sauvage de leurs visages, leurs costumes aux couleurs brillantes, tout cela formait un ensemble qui ne laissait pas de nous impressionner vivement.

Les males, les mustangs, les chiens, les péons, les toits plats, les fenêtres grillées en fer, ïrs orangers placés près de la fontaine, les palmiers dominant les mars, les cocuyos brillant daus l'ombre, tout en nn mot formait pour nous le plus étrange spectacle.

Nos oreilles étaient aussi étonnées que nos yeux; la plupart dei bruits que noiu entendions nous éuieut étrangers, la voix de l'homme elle-même y avait des accents inconnus. Ce langage bâtard , moitié espagnol, moitié indien, dans lequel les guerrillcros criaient, «hantaient et parlaient, différait plus qu'on ne saurait le dire de laccent saxon. D’autres bruits d’ailleurs se mêlaient à ceux-ci. C'étaient des chiens qui faisaient entendre les notes vibrantes de leurs longs aboiements, des mules, des chevaux qui hennissaient, des sabres qui résonnaient, des éperons qui faisaient tinter leurs clocbeltrs sonores, des poblanas qui faisaient entendre dei chanta mélancolique* empruntés aux Indiens et s'accompagnaient de leur mandoliue.

Autour d’un brasier près duquel nou« sommes assis, des guerrilleroi avec leurs femmes se livrent au plaisir de la danse. Ils exécutent U tagarota, espèce de fandango. Pour être plus légers, les homiuei se sont débarrassés de leurs grands chapeaux et de leurs manteaux, quclques-unz ont déboutonné lei jambes de leurs calzoocros et les ont relevée* dans leur ceinture à la mode bédouine; les femmes ont quitté leur* rebozos, retroussé le* manches de leurs chemise*, leur sein est à peine couvert, tandis que leurs jupons courts, agités par les mouvements de la danse, laissent voir presque à nu les formes de leurs jambes.

Deus homme* assis sur de mauvais taboarets de cuir font résonner leurs mandolines, tandis qu'nn troisième gratte de toutes ses force* les corde* d’une vieille guitare; tous trois mêlent au son de lenrs instrumenta les note* aiguës <L> trun voix stridente* et désagrë ■!

Le* danseurs se sont forme* i r parallélogramme, les parte a. Los sont placé* en vis-à-vis, on eu j<di un tnouvrraeul perpétuel, tous les danseurs étant constamment occupés a battre la mesure de la tête, des pieds et des mrins, les maint surtout jouent un grand rôle; on s’en frappe tantôt les joues, tantôt les cuisse*, par iustams aussi on les fait claquer l'une contre l’autre.

Après quelques passes, l’un de* danseurs se détache et vient en faisant le bossu se placer en sautant au milieu de la figure; il cherche à attirer sa partenaire à l'aide de bouffonneries répétée». La femme résiste un instant, puis elle vient joindre son danseur, et tous deux se livrent aux contorsions les plus bizarres et aux poses le* plus grotesque* jusqu'à ce qu'un autre couple les remplace.

Les uns dissimulent leurs bras, les autres leurs jambes, eeui-a marchent sur leur* talons, ceux-là sur leurs genoux, eu un mot u* s’efforce d'imiter toutes le* infirmités les plus ridicules et les plut dégoûtantes. La tagarota consiste en une série de figure» grotesques et iudeuse*, celui qui parvient à it faire te plu* I «id est considéré comme le plus habile danseur. Le guernllero que nous vîmes Je plus applaudi dansait sur le ventre sans remuer ni les pieds ni le» mains. Nous ne pûmes nous empêcher de retrouver là une certaine analogie avec les etercices auxquels nous avious été obligés de nous livrer nous-mêmes quelque temps auparavant.

— Ma foi, nous en savons là-dessus presque autant qu’eux! dit Giane, qui paraiuait s'amuser beaucoup de la tagarota et qui sc livrait à de nombre»* "**<uiueuWirM au sujet de cette danse.

Pis* dégoûté «fus récréé ptr ce spectacle , je tournai mes regards vers la galerie et cherchai à reconnaître ce qui ae passait derrière les rideaui à moitié tirés.

— Quelle étrange chose, me disais-je, je n'entends plus parler d'eux. Nous auraient-ils quittés pour prendre uae autre route? Non, il* doivent être ici puisque Narcisso nous a promis pour cette nuit même... l.ui au moins se trouve donc ici; mais elle! Peut-être estslle dans cette anaison. gaie, heureuse, indifférente...

Cette pensée ravivait toutes les plaies de mon cœur.

Tout à coup les ridraut s'ouvrirent entièrement, découvrant à mes yeus un brillant tableau. Hélas! c'était pour moi ce que doit être pour le damné la vue des joies du psrsdis. Il y avait là des officiers en superbes uniformes parmi lesquels je reconnus l'élégante personne de Dubrosc; des femmes richement parées, et an milieu d'elles... Sa sœur s'y trouvait également avec doAa Joaquina, et cinq ou six autres dsmes vêtues de soie et éclatantes de diamants.

Plusieurs des cavaliers, jeuoes officiers de la troupe, portaient le costume pittoresque des guerrilleroa.

Des quadrilles s'étaient formés.

— Capitaine, s’écria Clayley , voyex, c’est don Cosme et toute sa famille!

— Oui, mais ue me touches pas, ne me parles pas...

L'émotion avait été si forte que ma respiration t’était presque arrêtée. Mon cœur cessa de battre pendant quelques minutes, ma gorge était devenue aride, une tueur froide perlait sur mon front.

— |l «‘approche d'elle 11 la prie à danger,., elle consent!... Non, ♦Me refuse... Hrave enfant! E'Ie se retire du œrcle des danseurs... Kl le regarde par-dessus la balustrade, elle est triste... Elle soupire... l'riirqiiol donc son sein est-il si agité?... Il l’approche de nouveau... Elle sourit... Il touche sa main!

— O rage! femme perfide! m'écriai-je en cherchant h m'élancer vent eus. J'étais transporté par la passion; mais mes pied* étaient liés, et me* effort» insensés n’aboutirent qu'à me faire tomber lourdement la face contre terre.

Au même moment no* gardiens me ssialreut et me lièrent les mains, met camarades furent aussi attaché* de nonveait, et l'on nous transporta dans une petite chambre située dans un angle du patio.

La porte se ferma, la clef jons dans l« serrure, le* verrous furent tirés, et nous noua trouvâmes encore une fois abandonnés à nousmêmes.

Page 1